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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– En avant! rugit Pardaillan.

Et il s’élança vers le point de la Grève où il n’y avait plus personne, c’est-à-dire vers le fleuve, la foule ayant redouté d’être poussée à l’eau, et ayant fui surtout par les rues. Charles suivit… En quelques instants, ils eurent gagné la ligne des berges…

– Fuyez, dit Pardaillan. Gagnez votre hôtel et attendez-moi là…

– Et vous? haleta le jeune duc.

– On nous poursuit. Je vais tâcher de les entraîner. Si nous fuyons ensemble, on saura où nous sommes, et ce sera encore un siège après la jolie bagarre que nous venons d’avoir.

– Mais…

– Fuyez, par l’enfer!… Les voici!…

Pardaillan, levant sa rapière, cingla la croupe du cheval de Charles, qui partit à fond de train. Quant à lui, il demeura sur place, immobile, regardant d’un œil étrange la tunique blanche de Violetta qui s’envolait et bientôt disparut au loin… Charles était sauvé!… Violetta était sauvée!

Pardaillan poussa un profond soupir. Son regard s’embua… Que lui rappelait donc cette tunique blanche qui venait de disparaître?… Quels héroïques et charmants souvenirs se levaient dans l’âme du héros?… Un nom, tout bas, à peine murmuré, voltigea sur ses lèvres… Le nom de celle qui avait été sa bien-aimée, à lui…

À ce moment, tout près de lui, un long hurlement, venant de la place de Grève, retentit. Pardaillan tressaillit violemment, comme un homme arraché à un beau rêve, et avec une sorte d’étonnement plus héroïque peut-être que tout ce qu’il venait de faire, il se retourna et regarda.

Nous disons qu’il regarda avec étonnement, comme si ce hurlement ne l’eût pas menacé, comme si cette trombe de cavaliers qu’il voyait arriver ne se fût pas ruée à sa poursuite, à lui.

En effet, Pardaillan était une nature d’une excessive sensibilité. Sous ses dehors toujours un peu froids, sous ses attitudes à la fois théâtrales et ironiques, il cachait une imagination prodigieuse. Cette imagination, en cette minute, l’avait transporté de seize ans en arrière. Il oubliait la formidable aventure de la place de Grève.

Toute cette série d’événements, le combat avec Fausta, la lutte suprême pour arracher le duc d’Angoulême au suicide, la survenue de Croasse annonçant que Violetta était vivante, l’arrivée sur la Grève, les bûchers, la foule, les cris de mort, la ruée vers la condamnée, la chevauchée fabuleuse des quatre cents chevaux, la fuite, tout cela venait de transposer son esprit en des situations passées, et aboutissait à la vision de la femme qu’il avait aimée vivante, et dont, morte, il gardait au cœur l’ineffaçable souvenir.

Mais ni Guise, ni Fausta, ni Maineville, revenu de son étourdissement, ni Bussi-Leclerc, ni cent autres n’avaient aucune raison de l’oublier. Sur la place de Grève, balayée en tous sens par la fuite éperdue des chevaux, après les premières minutes d’effarement, tous ces gens enragés de fureur s’élancèrent.

Guise et Fausta demeurèrent seuls près de l’estrade.

Il n’était plus question de marche triomphale vers Notre-Dame et vers le Louvre!…

Cependant, en quelques minutes, une cinquantaine des chevaux furent arrêtés enfin. Une troupe se forma, qui s’élança à la poursuite de Pardaillan. Ils étaient presque sur lui au moment où leur cri de mort l’éveilla, pour ainsi dire. Violemment ramené du rêve à la réalité, Pardaillan piqua son cheval d’un furieux et double coup d’éperon. La bête hennit de douleur et bondit, enfilant une ruelle étroite dans laquelle se précipitèrent les poursuivants.

– Bon! grommela le chevalier, les voilà dépistés.

Il songeait à Violetta et à Charles. Il galopait furieusement, les quatre fers de son cheval jetaient des étincelles; derrière lui la rumeur de mort grondait: après une ruelle, une autre; il franchissait d’un bond la rue Saint-Antoine, renversait des gens; des clameurs saluaient au passage l’infernale cavalcade… et il songeait: «Pauvre petit duc! C’est qu’il voulait se tuer!… Comme ils s’aiment!… Allons, ils seront heureux et auront beaucoup d’enfants… C’est la grâce que je leur souhaite, à ces gentils amoureux…»

– Arrête! Arrête! hurlaient les poursuivants.

– À la hart! Au truand! vociféraient les bourgeois qui voyaient passer avec épouvante la fantastique chevauchée.

«Maintenant, ils sont en sûreté, songeait Pardaillan. Si le petit duc a deux liards d’esprit, dès ce soir, il ira trouver un prêtre qui bénira son union… puis il sortira de Paris et s’en ira à Orléans… – Madame ma mère j’étais parti pour chercher une vengeance, et je ramène l’amour… Je chasse de race, madame! Pourquoi m’avez-vous fait un cœur aussi tendre?… Il me semble que je l’entends!» acheva Pardaillan avec un sourire.

– À mort! À mort! grondait derrière lui la clameur.

Les premiers des poursuivants étaient sur lui; il entendait le souffle rauque des bêtes épuisées; il courait, labourant les flancs de son cheval quand il faiblissait et lui demandant un suprême effort… Où allait-il? L’instinct seul le guidait à ce moment… Il avait d’abord couru jusqu’à une porte et avait vu la porte fermée, les gardes rangés, la pique croisée…

– Les portes de Paris fermées, avait-il pensé en se jetant à gauche par une brusque volte.

Et il était rentré au cœur de Paris… Mais la meute avait volté, elle aussi. Plusieurs étaient tombés en route. Mais ils étaient encore une trentaine…

Que voulait Pardaillan? Espérait-il les épuiser, les semer en route, et se retournant à la fin, demander son salut à quelque tentative insensée?… Mais il voyait bien que dès qu’il s’arrêterait, la foule se ruerait sur lui… Dans les rues qu’il parcourait, un effroyable tumulte se déchaînait. Les imprécations, les malédictions éclataient contre cet homme qui était poursuivi…

Un homme poursuivi a toujours la foule contre lui: les vieux instincts de l’animal carnassier et chasseur se réveillent dès que quelqu’un est traqué; et si la bête tombe, chacun veut prendre part à la curée. Pardaillan le savait parfaitement. Il n’avait donc d’espoir que dans la vitesse et la force du cheval qu’il montait. Si les poursuivants étaient mieux montés que lui, il était perdu.

Il fallait pourtant que vînt la minute de la catastrophe. Pardaillan était pris dans Paris comme dans une vaste souricière. Il ne pouvait sortir. Partout où il apparaissait, les cris de mort s’élevaient, parce que derrière lui des gentilshommes hurlaient la mort.

Où aller?… Son cheval faiblissait; il rendait du sang par les naseaux; ses flancs ruisselaient de sang. Et lui-même, tout sanglant, tout déchiré, sa rapière nue en travers de la selle, ses yeux flamboyants, penché sur l’encolure écumante, il passait comme une foudroyante vision…

Nul ne tentait d’ailleurs de l’arrêter… Sur le passage de cette troupe exorbitante, les gens fuyaient, se collaient aux murs, se terraient sous les auvents, et il semblait que Paris tout entier hurlât à la mort contre un seul homme…

Où allait-il?… Où aboutirait-il?… Il ne savait pas!… Maintenant, la pensée même s’éteignait en lui. Il n’y avait plus de vivante au fond de son âme harassée que la haine… la haine qui seule lui avait donné le courage de vivre après la mort de l’adorée…

Mourir!… mourir sans avoir frappé Maurevert!…

Pardaillan jeta autour de lui des yeux hagards où pourtant, même en cette tragique seconde, il y avait encore une ironie… Il allait mourir! Et Maurevert pour qui il avait vécu, Maurevert qu’il avait poursuivi dans le monde, Maurevert qu’il traquait depuis quinze ans, Maurevert qu’il espérait tenir à Paris, Maurevert l’assassin de Loise…, oui, lui allait mourir, et Maurevert allait vivre désormais sans terreur! C’était bien là la malice du sort qui déjoue les projets des hommes! Et il y avait une terrible amertume dans l’ironie suprême du sourire de Pardaillan…

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