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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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— Vraiment ? fit-elle d’un air distant.

Le moment était venu de risquer le tout pour le tout. Il n’aurait su dire combien de fois il avait préparé dans son esprit ce qu’il s’apprêtait à dire. Les mots franchirent enfin ses lèvres, avec impétuosité.

— Si vous m’épousiez, princesse, cela pourrait contribuer à combler le fossé qui s’est creusé entre lord Korsibar et vous.

Dans la paume de sa main, Thismet avait disposé cinq bagues, chacune ornée d’une pierre différente : un rubis, une émeraude, un saphir, un diamant taillé à facettes et une chrysoprase vert doré ; en entendant les paroles de Farquanor, elle sursauta avec tant de violence que les bagues s’envolèrent en une gerbe étincelante avant de retomber sur le sol.

— Vous épouser ?

Plus possible de faire machine arrière. Farquanor résolut de ne pas dévier de son projet.

— Vous êtes sans époux. Il se murmure au Château que cet état est infiniment regrettable, compte tenu de votre grâce, de votre beauté et de votre haute naissance. On dit aussi que, depuis quelque temps, vous semblez partir à la dérive, comme si vous aviez rompu les amarres, sans objectif en vue et dans l’incapacité de vous en fixer un, maintenant que tout le pouvoir est dévolu à votre frère et que vous-même n’avez plus de position stable. Mais comment une femme sans mari, fût-elle la sœur du Coronal, pourrait-elle trouver à la cour la place qui lui revient ? Un beau mariage, voilà la réponse. Je m’offre à vous.

Elle parut sidérée ; mais il s’y attendait. Absolument rien ne l’avait préparée à cela. Il attendit, sans sourire, sans se renfrogner, regardant les émotions indéchiffrables se succéder impétueusement sur le visage ravissant, le rouge colorer les joues de-ci de-là, l’éclat changeant de ses yeux.

— Avez-vous réellement une si haute opinion de vous-même, Farquanor ? demanda-t-elle enfin. Croyez-vous qu’en vous épousant, j’élèverais ma position à la cour ?

— Je ne veux pas prendre en considération ma lointaine ascendance royale. Mais comme ces temps-ci, vous parlez très rarement avec votre frère, vous ignorez peut-être que je dois bientôt être nommé Haut Conseiller, dès que le vieux Oljebbin se sera résigné à prendre la retraite vers laquelle on le pousse.

— Mes plus sincères félicitations.

— Le Haut Conseiller – et son épouse – ne le cède qu’au Coronal dans la hiérarchie protocolaire du Château. De plus, en ma qualité de conseiller privilégié de votre frère, je serai dans une position idéale pour aplanir le différend qui porte atteinte à l’affection qui devrait avoir cours entre vous. Et ce n’est pas tout : le Haut Conseiller est en bonne place dans l’ordre de succession à la couronne. Si Confalume devait disparaître, je pourrais fort bien être nommé Coronal quand Korsibar gagnerait le Labyrinthe, ce qui améliorerait singulièrement votre position. Vous ne seriez plus seulement la sœur du Coronal, mais l’épouse du Coronal…

Thismet le considéra d’un air incrédule.

— Cela a assez duré, fit-elle en se penchant pour ramasser d’un geste rageur ses bijoux éparpillés sur le sol. Successeur de mon frère ? reprit-elle en le foudroyant du regard. Je ne voudrais pas de vous, même si on vous proclamait successeur du Divin.

Farquanor hoqueta de surprise.

— Princesse… princesse…

Et sa voix se perdit en un murmure inaudible.

— Jamais, depuis le jour déjà lointain où on m’a appris comment sont faits les enfants, reprit Thismet d’un ton chargé de cruauté moqueuse, rien ne m’a estomaqué comme cette demande. Vous épouser ? Vous ? Comment avez-vous pu imaginer une chose pareille ? Et pourquoi accepterais-je ? Croyez-vous que nous formerions un couple bien assorti ? Pensez-vous sincèrement être mon égal ? Comment pouvez-vous le croire ? Vous êtes un si petit homme, Farquanor !

— Pas aussi grand que votre frère, ou Navigorn, ou encore Mandiykarn, répliqua-t-il en se redressant de toute sa taille. Mais je ne suis pas un nabot, princesse. Nous aurions belle allure, vous et moi. Je me permets de vous rappeler que vous n’êtes pas si grande. Vous m’arrivez à peine à l’épaule, je pense.

— Croyez-vous donc que je parle de votre taille ? Eh bien, vous êtes aussi un imbécile. Partez, je vous en prie, partez ! poursuivit-elle en agitant impatiemment la main. Partez tout de suite. Avant de m’obliger à prononcer des mots vraiment cruels !

Une heure plus tard, quand la princesse Thismet demanda à le voir, Korsibar était dans son bureau. C’était leur premier tête-à-tête depuis très longtemps, depuis le jour où elle l’avait entretenu de l’horoscope que lui avait préparé Thalnap Zelifor. Ils n’en avaient jamais reparlé. À l’évidence, Korsibar ne satisferait pas à sa requête sans résister âprement et, sachant Prestimion en fuite et appelant à la rébellion, elle hésitait à aborder de nouveau le sujet. Mais elle n’avait pas renoncé.

À son entrée, il parut indécis et mal à l’aise, comme s’il redoutait qu’elle fût venue le relancer pour obtenir de lui son propre trône. Thismet soupçonnait qu’il eût préféré lui fermer totalement sa porte, mais qu’il ne tenait pas à faire peser sur sa propre sœur une interdiction si lourde. En tout état de cause, c’étaient des difficultés d’une autre sorte qu’elle comptait lui susciter cette fois.

Il avait plusieurs cartes étalées devant lui et une pile de rapports.

— Des nouvelles du front ? demanda-t-elle. Des détails sur la grande victoire ?

— Tu es au courant ?

— Le comte Farquanor a eu la gentillesse de m’en informer, il y a quelques minutes.

— Je parie que Prestimion aura retrouvé ses chaînes d’ici Merdi prochain. Puis commencera pour lui un apprentissage des règles de bonne conduite, auxquelles il se conformera pendant le reste de ses jours.

Il se replongea dans l’étude de ses cartes.

— Occupe-toi de moi, Korsibar, lança-t-elle après l’avoir observé un moment avec un agacement croissant.

— Que veux-tu, Thismet ? demanda-t-il sans lever la tête. J’espère que tu n’as pas choisi ce moment pour renouveler ta demande de…

— Non, ce qui m’amène n’a rien à voir. Je veux que tu te sépares de Farquanor et que tu le bannisses du Château.

Cette fois, il leva la tête et la regarda avec stupeur.

— Tu as toujours des surprises en réserve, ma sœur. Tu veux que je me sépare de…

— De Farquanor, oui. C’est ce que j’ai dit. Il ne mérite pas d’avoir une place à la cour.

Korsibar sembla incapable de trouver ses mots.

— Il ne mérite pas d’avoir une place ici ? répéta-t-il après un silence. Tout au contraire, Thismet. Farquanor n’est pas très sympathique, certes, mais il est fort utile et je compte l’utiliser. Oljebbin a enfin accepté de passer la main à la fin de l’année et Farquanor sera nommé Haut Conseiller. Je lui dois bien cela et je le réduis au silence en lui donnant ce dont il rêve depuis si longtemps.

— Pas totalement au silence, riposta Thismet. Il vient de passer me voir, Korsibar. Il m’a demandée en mariage.

— Quoi ?

Korsibar plissa les yeux en souriant, comme pour manifester un léger étonnement. Puis, en repassant les mots dans son esprit, il commença à en mesurer la portée. Le sourire se mua en un petit gloussement, puis en longs éclats d’un rire tonitruant, accompagnés de grandes claques sur la cuisse.

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