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Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:

Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, Jean de Pardaillan et son père Honoré vont permettre à Loïse et à sa mère Jeanne de Piennes de retrouver François de Montmorency après 17 ans de séparation. Catherine de Médicis, ayant persuadé son fils Charles IX de déclencher le massacre des huguenots, Paris se retrouve à feu et à sang. Nos héros vont alors tout tenter pour traverser la ville et fuir la vengeance de Henry de Montmorency, maréchal de Damville et frère de François…
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C’était une de ces scènes qui, par l’épouvante qu’elles dégagent, dépassent l’imagination, et devant lesquelles la plume du romancier hésite et tremble.

Il faut pourtant que nous la racontions, puisque deux héros de ce récit en furent les acteurs.

Mais pour la présenter au lecteur dans son exorbitante horreur, pour lui faire comprendre ce qu’il y avait de tragiquement exceptionnel, de monstrueux, de délirant, dans la situation où se trouvaient placés les Pardaillan, nous devons, pour quelques moments, nous attacher aux faits et gestes d’un personnage sur lequel nous concentrons toute notre attention.

Ce personnage, c’était l’astrologue de la reine: Ruggieri.

Ruggieri était sans doute l’homme le plus convaincu de la cour de France. Il avait la foi. Il croyait, d’une croyance profonde et sincère, à la possibilité de l’Absolu. Était-ce un fou? C’est possible, sans que ce soit certain. Quel homme, d’ailleurs, n’a été tenté par l’Absolu? De nos jours, Ruggieri eût été un de ces paisibles savants qui se passionne pour la découverte des secrets naturels. Et après tout, nul ne peut préjuger des limites qui séparent le possible de l’impossible. Il y a seulement trente ans, la recherche de la liquéfaction de certains gaz, de l’air, par exemple, était considéré comme une folle tentative en chimie: pourtant, l’air a été liquéfié.

Ruggieri portait en lui le mystère du Moyen Age agonisant. Né à Florence, il était peut-être le fils de quelque magicienne syriaque ou égyptienne, qui lui avait transmis l’amour des études ésotériques.

L’alchimie et l’astrologie étaient la double et incessante préoccupation de cet homme. Et cet esprit ténébreux, ondoyant, insaisissable, quand il se transportait dans le domaine des réalités vivantes, devenait d’une fermeté, d’une lucidité extraordinaires quand il abordait les spéculations où tant de génies ont sombré, depuis les mages de la Chaldée jusqu’à Lulle, Nicolas Flamel jusqu’à Paracelse, jusqu’à Leibnitz, jusqu’à Spinoza.

En cherchant la pierre philosophale, en manipulant et en combinant des corps chimiques, Ruggieri avait trouvé des poisons redoutables; il avait trouvé des parfums charmants; il avait trouvé des cosmétiques merveilleux: découvertes insignifiantes pour lui.

Par l’astrologie, il cherchait:

Sur le front des étoiles,

Ce que la nuit des temps renferme dans ses voiles,

pour citer une parole somptueuse vraiment du glorieux et admirable La Fontaine.

Mais il faut noter que, pour Ruggieri, la pierre philosophale et la connaissance de l’avenir par les astres n’étaient que deux formes de l’Absolu. Ses études ésotériques comprenaient une troisième forme, qui était la recherche de l’immortalité de l’homme.

Ainsi donc: la toute-puissance par la richesse infinie, la science absolue par la connaissance de l’avenir; la parfaite jouissance de la vie par l’immortalité, voilà le rêve fabuleux qui hantait ce cerveau.

Cet homme qui tremblait devant Catherine, laquelle n’était après tout que son élève, cet homme, gauche et timide devant les grands, cet homme qui s’était ravalé à d’abominables besognes pour complaire à la vieille reine, devenait dans son laboratoire une sorte de géant; alors, soit que l’orgueil de ses précédents travaux l’aveuglât, soit que l’excès même du travail l’eût conduit aux portes de la folie, son esprit déployait des ailes d’une envergure démesurée, et il se lançait dans les abîmes de l’insondable.

Quand il était fatigué de regarder au ciel, il redescendait à la chimie; quand il était fatigué de se pencher sur ses creusets, il se colletait avec la mort…

Et, courbé sur le cadavre de quelque supplicié qu’il avait acheté au bourreau, il cherchait, oui, il cherchait le moyen de faire revivre ce cadavre!…

«Qu’est-ce que le cœur? songeait-iclass="underline" un balancier. Qu’est-ce que le sang? Le charroi de la vie. Voici un corps. Le sang y est toujours, c’est-à-dire le moyen de véhiculer la vie. Le cœur y est toujours, c’est-à-dire le régulateur nécessaire aux mouvements de la vie. Nerfs, muscles, chair, cerveau, tout y est. Or, ce corps, tel qu’il est maintenant, vivait ce matin. Il a suffi qu’une corde l’ait serré au cou pour qu’il devienne cadavre. Et cependant, il est tel qu’il était avant la pendaison. Que manque-t-il à ce corps de matière? Évidemment le corps astral qui mettait en mouvement le balancier et charriait de la vie à travers les veines. Ce que j’appelle mort n’est que la séparation du corps astral et du corps matériel. Voici le corps matériel inerte, prêt à se décomposer. Mais le corps astral qui l’a quitté vit par là, quelque part, tout près d’ici, sans aucun doute. De quoi s’agit-il donc, en somme? D’obliger ce corps astral à se réincarner en ce corps matériel. Voilà tout. Si je trouve le charme ou l’incantation qui forcera le corps astral à rentrer dans cette enveloppe, cet homme sera donc ressuscité… Et lorsque j’aurai trouvé cela, ne trouverai-je donc pas du même coup le moyen d’obliger le corps astral à ne jamais quitter le corps matériel… c’est-à-dire l’immortalité!»

Quand il avait bien ainsi rêvé, Ruggieri modelait une statuette de cire qui représentait à ses yeux le corps astral du cadavre. Et sur ce simulacre, il essayait ses incantations…

Quelquefois, il lui avait semblé voir le cadavre tressaillir comme prêt à se réveiller. Mais l’illusion s’envolait bientôt.

À force de triturer le problème sous toutes ses faces, un jour, il se frappa le front:

– Quelle erreur! murmura-t-il. Je dis que le sang est dans le cadavre. Oui, il y est. Mais il n’y est plus à l’état liquide. Il est coagulé. Il ne peut plus charrier la vie. Il faudra donc au prochain cadavre que j’achèterai, il faudra qu’avant toute incantation, je lui transfuse un sang vivant!…

Or, maintenant que nous avons complété le portrait de Ruggieri, maintenant qu’une lumière livide, mais nécessaire, a été projeté sur cette monstrueuse silhouette, nous prierons le lecteur de se transporter de cinq jours en arrière, jusqu’au moment où le groupe d’hommes que nous avons signalé en temps et lieu, pénétra dans l’église Saint-Germain-l’Auxerrois et enleva le cadavre de Marillac.

Catherine s’était montrée généreuse: à Panigarola, elle laissait le cadavre d’Alice; à Ruggieri, elle envoyait celui de son fils. Ruggieri attendait, en effet, hors l’église. Quand il vit les hommes qui emportaient Marillac mort, il s’approcha et prononça quelques paroles, sans doute un mot de reconnaissance.

Alors, il fit un signe, et les funèbres porteurs se mirent à le suivre.

Arrivé rue de la Hache, Ruggieri s’arrêta non loin de la maison qu’avait habitée Alice de Lux, et ayant fait déposer le cadavre à terre, il renvoya les porteurs. Quand il fut bien sûr que ces gens étaient partis et ne l’épiaient pas pour savoir où il entrait, il alla ouvrir une petite porte basse qui avait été pratiquée exprès pour lui près de la tour et par où il entrait d’habitude dans les jardins du nouvel hôtel de la reine.

Alors, il revint au cadavre; à grand-peine, il le souleva et le transporta ou plutôt le traîna jusque dans les jardins. Et il referma la petite porte. Puis à nouveau, il chargea sur ses épaules le lugubre fardeau et parvint enfin jusqu’à la petite maison si coquette que nous avons décrite et où se trouvaient ses laboratoires.

Lorsque le corps se trouva étendu sur une grande table de marbre, lorsque Ruggieri l’eut déshabillé et soigneusement lavé, sa première besogne fut de lui injecter des aromates destinés à empêcher toute décomposition pendant quelques jours au moins; et ceci n’était qu’un jeu pour ce redoutable créateur de poisons. Quand ces diverses manipulations furent accomplies, il s’aperçut qu’il faisait grand jour. Mais il n’éteignit pas les flambeaux qu’il avait allumés; il ferma hermétiquement les rideaux pour faire une nuit factice dans le laboratoire.

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