Terminus Elicius
- Автор: Giébel Karine
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Éditions Pocket
- ISBN: 978-2266223720
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Terminus Elicius». Краткое содержание книги:
Le train les secoua légèrement et se mit en branle. Allez, Jeanne ! C’est maintenant qu’il faut regarder.
Elle tourna la tête vers la vitre, glissa sa main sur le côté. L’enveloppe était là, effrayante et rassurante en même temps. Et s’il avait mis du poison dedans ? Non, il ne tue pas de cette manière. Quand il me tuera, je verrai son visage. Pourvu qu’il soit beau. Pourvu qu’il ressemble à Michel… Mais pourquoi je pense à Michel ? L’impression qu’une plaie béante s’était soudain ouverte au milieu de son ventre. Que ses entrailles allaient se déverser sur le siège. Elle ferma les yeux, les mains crispées sur le papier.
Ne pense pas à Michel, Jeanne. Pas ça. Pas maintenant. Elle rouvrit les yeux sur le réel : les murs, les tags et les immeubles derrière. Et, au-delà des façades sales et des rideaux tirés, des gens, sans doute. Essayer d’imaginer leurs visages pour ne pas revoir ce visage, ces yeux, ce sourire. Ces images qui font trop mal. Renvoyer la douleur au fond, la repousser. Finalement, Elicius allait la sauver de cet enfer, ce soir. Elle déchira l’enveloppe et y trouva une feuille noircie. Une seule feuille.
« Lundi, le 19 mai,
Jeanne,
Je ne sais pas trop comment vous dire à quel point je suis désolé. Désolé de m’être emporté de la sorte. J’étais tellement heureux hier en trouvant votre lettre. Tellement ému… Je vous ai jugée trop vite, je ne sais comment m’excuser. J’espère simplement que vous saurez me pardonner.
Si vous saviez comme vous écrire me fait du bien ! Vous êtes la seule personne en qui j’ai confiance. La seule avec qui j’ai envie de partager ce que je suis, ce que je ressens. Vous seule pouvez me comprendre, me faire oublier l’enfer que je côtoie chaque jour. Vous seule avez ce pouvoir.
J’ai encore tué, Jeanne. Encore donné la mort. C’était jeudi dernier. Mais vous êtes sans doute déjà au courant. Vous devez me prendre pour un monstre. Est-ce par peur que vous m’avez écrit ? J’espère que non. Et je ne suis pas un monstre, Jeanne. J’accomplis simplement ma mission sur cette terre.
Que pensez-vous de la cruauté humaine, Jeanne ? Elle ne connaît pas de limite, n’est-ce pas ? Je sais que vous la connaissez. Que, comme moi, vous avez eu à l’affronter.
Comme moi, vous savez les souffrances que peuvent infliger les autres. Ces blessures profondes, celles qui vous mettent à vif, qui vous arrachent le cœur. J’ai mal, Jeanne. Si mal, si souvent. Et, dans ce déluge de souffrance, votre visage est mon seul réconfort. Je ferme les yeux et je pense à vous. A votre silhouette fragile et gracieuse, à votre visage tout en douceur. A vos yeux que personne ne sait voir, à votre voix que personne ne sait entendre.
A votre corps que personne ne sait toucher.
A bientôt, Jeanne.