L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
Mais aucun bruit ne se fit entendre, la porte ne s’ouvrit pas, et les heures se passèrent ainsi. Que cette nuit parut longue au marin et à ses deux compagnons ! Seul, Harbert avait dormi pendant deux heures, car, à son âge, le sommeil est un besoin. Ils avaient hâte, tous les trois, de reprendre leur exploration de la veille et de fouiller cet îlot jusque dans ses coins les plus secrets ! Les conséquences déduites par Pencroff étaient absolument justes, et il était presque certain que, puisque la maison était abandonnée et que les outils, les ustensiles, les armes s’y trouvaient encore, c’est que son hôte avait succombé. Il convenait donc de chercher ses restes et de leur donner au moins une sépulture chrétienne.
Le jour parut. Pencroff et ses compagnons procédèrent immédiatement à l’examen de l’habitation.
Elle avait été bâtie, vraiment, dans une heureuse situation, au revers d’une petite colline que cinq ou six magnifiques gommiers abritaient. Devant sa façade et à travers les arbres, la hache avait ménagé une large éclaircie, qui permettait aux regards de s’étendre sur la mer. Une petite pelouse, entourée d’une barrière de bois qui tombait en ruines, conduisait au rivage, sur la gauche duquel s’ouvrait l’embouchure du ruisseau.
Cette habitation avait été construite en planches, et il était facile de voir que ces planches provenaient de la coque ou du pont d’un navire. Il était donc probable qu’un bâtiment désemparé avait été jeté à la côte sur l’île, que tout au moins un homme de l’équipage avait été sauvé, et qu’au moyen des débris du navire, cet homme, ayant des outils à sa disposition, avait construit cette demeure.
Et cela fut bien plus évident encore, quand Gédéon Spilett, après avoir tourné autour de l’habitation, vit sur une planche – probablement une de celles qui formaient les pavois du navire naufragé – ces lettres à demi effacées déjà : Br.tan.. a
« Britannia ! s’écria Pencroff, que le reporter avait appelé, c’est un nom commun à bien des navires, et je ne pourrais dire si celui-ci était anglais ou américain !
– Peu importe, Pencroff !
– Peu importe, en effet, répondit le marin, et le survivant de son équipage, s’il vit encore, nous le sauverons, à quelque pays qu’il appartienne ! Mais, avant de recommencer notre exploration, retournons d’abord au Bonadventure ! »
Une sorte d’inquiétude avait pris Pencroff au sujet de son embarcation. Si pourtant l’îlot était habité, et si quelque habitant s’était emparé… mais il haussa les épaules à cette invraisemblable supposition.
Toujours est-il que le marin n’était pas fâché d’aller déjeuner à bord. La route, toute tracée d’ailleurs, n’était pas longue, – un mille à peine.
On se remit donc en marche, tout en fouillant du regard les bois et les taillis, à travers lesquels chèvres et porcs s’enfuyaient par centaines.
Vingt minutes après avoir quitté l’habitation, Pencroff et ses compagnons revoyaient la côte orientale de l’île et le Bonadventure, maintenu par son ancre, qui mordait profondément le sable.
Pencroff ne put retenir un soupir de satisfaction.
Après tout, ce bateau, c’était son enfant, et le droit des pères est d’être souvent inquiet plus que de raison.
On remonta à bord, on déjeuna, de manière à n’avoir besoin de dîner que très tard ; puis, le repas terminé, l’exploration fut reprise et conduite avec le soin le plus minutieux.
En somme, il était très probable que l’unique habitant de l’îlot avait succombé. Aussi était-ce plutôt un mort qu’un vivant dont Pencroff et ses compagnons cherchaient à retrouver les traces ! Mais leurs recherches furent vaines, et, pendant la moitié de la journée, ils fouillèrent inutilement ces massifs d’arbres qui couvraient l’îlot. Il fallut bien admettre alors que, si le naufragé était mort, il ne restait plus maintenant aucune trace de son cadavre, et que quelque fauve, sans doute, l’avait dévoré jusqu’au dernier ossement.
« Nous repartirons demain au point du jour, dit Pencroff à ses deux compagnons, qui, vers deux heures après midi, se couchèrent à l’ombre d’un bouquet de pins, afin de se reposer quelques instants.
– Je crois que nous pouvons sans scrupule, ajouta Harbert, emporter les ustensiles qui ont appartenu au naufragé ?
– Je le crois aussi, répondit Gédéon Spilett, et ces armes, ces outils compléteront le matériel de Granite-House. Si je ne me trompe, la réserve de poudre et de plomb est importante.
– Oui, répondit Pencroff, mais n’oublions pas de capturer un ou deux couples de ces porcs, dont l’île Lincoln est dépourvue…
– Ni de récolter ces graines, ajouta Harbert, qui nous donneront tous les légumes de l’ancien et du nouveau continent.
– Il serait peut-être convenable alors, dit le reporter, de rester un jour de plus à l’île Tabor, afin d’y recueillir tout ce qui peut nous être utile.
– Non, Monsieur Spilett, répondit Pencroff, et je vous demanderai de partir dès demain, au point du jour. Le vent me paraît avoir une tendance à tourner dans l’ouest, et, après avoir eu bon vent pour venir, nous aurons bon vent pour nous en aller.
– Alors ne perdons pas de temps ! dit Harbert en se levant.
– Ne perdons pas de temps, répondit Pencroff. Vous, Harbert, occupez-vous de récolter ces graines, que vous connaissez mieux que nous. Pendant ce temps, M Spilett et moi, nous allons faire la chasse aux porcs, et, même en l’absence de Top, j’espère bien que nous réussirons à en capturer quelques-uns ! »
Harbert prit donc à travers le sentier qui devait le ramener vers la partie cultivée de l’îlot, tandis que le marin et le reporter rentraient directement dans la forêt.
Bien des échantillons de la race porcine s’enfuirent devant eux, et ces animaux, singulièrement agiles, ne paraissaient pas d’humeur à se laisser approcher.
Cependant, après une demi-heure de poursuites, les chasseurs étaient parvenus à s’emparer d’un couple qui s’était baugé dans un épais taillis, lorsque des cris retentirent à quelques centaines de pas dans le nord de l’îlot. À ces cris se mêlaient d’horribles rauquements qui n’avaient rien d’humain.
Pencroff et Gédéon Spilett se redressèrent, et les porcs profitèrent de ce mouvement pour s’enfuir, au moment où le marin préparait des cordes pour les lier.
« C’est la voix d’Harbert ! dit le reporter.
– Courons ! » s’écria Pencroff.
Et aussitôt le marin et Gédéon Spilett de se porter de toute la vitesse de leurs jambes vers l’endroit d’où partaient ces cris.
Ils firent bien de se hâter, car, au tournant du sentier, près d’une clairière, ils aperçurent le jeune garçon terrassé par un être sauvage, un gigantesque singe sans doute, qui allait lui faire un mauvais parti.
Se jeter sur ce monstre, le terrasser à son tour, lui arracher Harbert, puis le maintenir solidement, ce fut l’affaire d’un instant pour Pencroff et Gédéon Spilett. Le marin était d’une force herculéenne, le reporter très robuste aussi, et, malgré la résistance du monstre, il fut solidement attaché, de manière à ne plus pouvoir faire un mouvement.
« Tu n’as pas de mal, Harbert ? demanda Gédéon Spilett.
– Non ! Non !
– Ah ! S’il t’avait blessé, ce singe !… s’écria Pencroff.