Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
Elle marivauda, non sans grâce. Je lui offris du champagne, et j’en bus, ce qui me troubla les idées. Je sentis alors clairement que j’allais devenir entreprenant, et j’eus peur, peur de moi, peur d’elle, peur qu’elle ne fût aussi un peu émue et qu’elle ne succombât. Pour me calmer, je recommençai à lui parler de sa dot, qu’il faudrait établir d’une façon précise, car mon client était homme d’affaires.
Elle répondit avec gaieté :
— Oh ! Je sais. J’ai apporté toutes les preuves.
— Ici, à Rouen ?
— Oui, à Rouen.
— Vous les avez à l’hôtel ?
— Mais oui.
— Pouvez-vous me les montrer ?
— Mais oui.
— Ce soir ?
— Mais oui. Cela me sauvait de toutes les façons. Je payai l’addition, et nous voici rentrant chez elle. Elle avait, en effet, apporté tous ses titres. Je ne pouvais douter, je les tenais, je les palpais, je les lisais. Cela me mit une telle joie au cœur que je fus pris aussitôt d’un violent désir de l’embrasser. Je m’entends, d’un désir chaste, d’un désir d’homme content. Et je l’embrassai, ma foi. Une fois, deux fois, dix fois… si bien que… le champagne aidant… je succombai… ou plutôt… non… elle succomba.
Ah ! Monsieur, j’en fis une tête, après cela… et elle donc ! Elle pleurait comme une fontaine, en me suppliant de ne pas la trahir, de ne pas la perdre. Je promis tout ce qu’elle voulut, et je m’en allai dans un état d’esprit épouvantable.
Que faire ? J’avais abusé de ma cliente. Cela n’eût été rien si j’avais eu un client pour elle, mais je n’en avais pas. C’était moi, le client, le client naïf, le client trompé, trompé par lui-même. Quelle situation ! Je pouvais la lâcher, c’est vrai. Mais la dot, la belle dot, la bonne dot, palpable, sûre ! Et puis avais-je le droit de la lâcher, la pauvre fille, après l’avoir ainsi surprise ? Mais que d’inquiétudes plus tard !
Combien peu de sécurité avec une femme qui succombait ainsi !
Je passai une nuit terrible d’indécision, torturé de remords, ravagé de craintes, ballotté par tous les scrupules. Mais, au matin, ma raison s’éclaircit. Je m’habillai avec recherche et je me présentai, comme onze heures sonnaient, à l’hôtel qu’elle habitait.
En me voyant elle rougit jusqu’aux yeux.
Je lui dis :
— Mademoiselle, je n’ai plus qu’une chose à faire pour réparer mes torts. Je vous demande votre main.
Elle balbutia :
— Je vous la donne.
Je l’épousai.
Tout alla bien pendant six mois.
J’avais cédé mon étude, je vivais en rentier, et vraiment je n’avais pas un reproche, mais pas un seul à adresser à ma femme.
Cependant je remarquai peu à peu que, de temps en temps, elle faisait de longues sorties. Cela arrivait à jour fixe, une semaine le mardi, une semaine le vendredi. Je me crus trompé, je la suivis.
C’était un mardi. Elle sortit à pied vers une heure, descendit la rue de la République, tourna à droite, par la rue qui suit le palais archiépiscopal, puis la rue Grand-Pont jusqu’à la Seine, longea le quai jusqu’au pont de Pierre, traversa l’eau. À partir de ce moment, elle parut inquiète, se retournant souvent, épiant tous les passants.
Comme je m’étais costumé en charbonnier, elle ne me reconnut pas.
Enfin, elle entra dans la gare de la rive gauche ; je ne doutais plus, son amant allait arriver par le train d’une heure quarante-cinq.
Je me cachai derrière un camion et j’attendis. Un coup de sifflet… un flot de voyageurs… Elle s’avance, s’élance, saisit dans ses bras une petite fille de trois ans qu’une grosse paysanne accompagne, et l’embrasse avec passion. Puis elle se retourne, aperçoit un autre enfant, plus jeune, fille ou garçon, porté par une autre campagnarde, se jette dessus, l’étreint avec violence, et s’en va, escortée des deux mioches et des deux bonnes, vers la longue et sombre et déserte promenade du Cours-la-Reine.
Je rentrai effaré, l’esprit en détresse, comprenant et ne comprenant pas, n’osant point deviner.
Quand elle revint pour dîner, je me jetai vers elle, en hurlant :
— Quels sont ces enfants ?
— Quels enfants ?
— Ceux que vous attendiez au train de Saint-Sever ?
Elle poussa un grand cri et s’évanouit. Quand elle revint à elle, elle me confessa, dans un déluge de larmes, qu’elle en avait quatre. Oui, Monsieur, deux pour le mardi, deux filles, et deux pour le vendredi, deux garçons.
Et c’était là — quelle honte ! — c’était là l’origine de sa fortune. — Les quatre pères !.. Elle avait amassé sa dot.
— Maintenant, Monsieur, que me conseillez-vous de faire ?
L’avocat répondit avec gravité :
— Reconnaître vos enfants, Monsieur.
LA REVANCHE
M. DE GARELLE, seul, au fond d’un fauteuil.
Me voici à Cannes, en garçon, drôle de chose. Je suis garçon ! À Paris, je ne m’en apercevais guère. En voyage, c’est autre chose. Ma foi, je ne m’en plains pas.
Et ma femme est remariée !
Est-il heureux, lui, mon successeur, plus heureux que moi ? Quel imbécile ça doit être pour l’avoir épousée après moi ? Au fait, je n’étais pas moins sot pour l’avoir épousée le premier. Elle avait des qualités, pourtant, des qualités… physiques… considérables, mais aussi des tares morales importantes.
Quelle rouée, et quelle menteuse, et quelle coquette, et quelle charmeuse, pour ceux qui ne l’avaient point épousée ! Étais-je cocu ? Cristi ! Quelle torture de se demander cela du matin au soir sans obtenir de certitude !
En ai-je fait des marches et des démarches pour l’épier, sans rien savoir. Dans tous les cas, si j’étais cocu, je ne le suis plus, grâce à Naquet. Comme c’est facile tout de même, le divorce ! Ça m’a coûté une cravache de dix francs et une courbature dans le bras droit, sans compter le plaisir de taper à cœur que veux-tu sur une femme que je soupçonnais fortement de me tromper !
Quelle pile, quelle pile !..
(Il se lève en riant et fait quelques pas, puis se rassied.)
Il est vrai que le jugement a été prononcé à son bénéfice et à mon préjudice — mais quelle pile !
Maintenant, je vais passer l’hiver dans le Midi, en garçon ! Quelle chance ! N’est-ce pas charmant de voyager avec l’éternel espoir de l’amour qui rôde ? Que vais-je rencontrer, dans cet hôtel, tout à l’heure, ou sur la Croisette, ou dans la rue peut-être ? Où est-elle, celle qui m’aimera demain et que j’aimerai ? Comment seront ses yeux, ses lèvres, ses cheveux, son sourire ? Comment sera-t-elle, la première femme qui me tendra sa bouche et que j’envelopperai dans mes bras ? Brune ou blonde ? Grande ou petite ? Rieuse ou sévère ? Grasse ou ?… Elle sera grasse !
Oh ! Comme je plains ceux qui ne connaissent pas, qui ne connaissent plus le charme exquis de l’attente ? La vraie femme que j’aime moi, c’est l’Inconnue, l’Espérée, la Désirée, celle qui hante mon cœur sans que mes yeux aient vu sa forme, et dont la séduction s’accroît de toutes les perfections rêvées. Où est-elle ? Dans cet hôtel, derrière cette porte ? Dans une des chambres de cette maison, tout près, ou loin encore ? Qu’importe, pourvu que je la désire, pourvu que je sois certain de la rencontrer ! Et je la rencontrerai assurément aujourd’hui ou demain, cette semaine ou la suivante, tôt ou tard ; mais il faudra bien que je la trouve !