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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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– D’Espinosa? répéta le fou qui cherchait à se souvenir. D’Espinosa!… Je connais ce nom-là…

Et tout à coup, il parut avoir trouvé.

– Oh! s’écria-t-il, en donnant tous les signes d’une vive terreur. Oui, je me souviens!… D’Espinosa… c’est un méchant… prenez garde… il va nous battre!

– Ah! gronda d’Espinosa, tu commences à te souvenir. Oui, je suis d’Espinosa et toi tu es Pardaillan. Pardaillan, l’ami de Fausta.

– Fausta! dit le fou sans hésitation; j’ai connu une femme qui s’appelait ainsi. C’est une méchante femme!…

– C’est bien cela, sourit d’Espinosa. La mémoire te revient tout à fait.

Mais le dément avait une idée fixe et la suivait sans défaillir. Il se pencha sur d’Espinosa et, sur un ton confidentieclass="underline"

– Vous me plaisez, dit-il. Écoutez, je vais vous dire, il ne faut pas jouer avec d’Espinosa et Fausta. Ce sont des méchants… Ils nous feront du mal.

– Misérable fou! grinça d’Espinosa, impatienté. Je te dis que d’Espinosa c’est moi. Regarde-moi bien. Rappelle-toi!

Il l’avait pris par les deux mains et, penché sur lui, à deux pouces de son visage, il fixait sur lui son regard ardent comme s’il avait espéré lui communiquer ainsi un peu de cette intelligence qu’il s’était acharné à abolir. Et soit pur hasard, soit qu’il eût réussi à lui imposer sa volonté, le fou poussa un grand cri, se dégagea d’une brusque secousse, se rencogna dans un angle du cachot, et d’une voix qui haletait, il râla:

– Je vous reconnais… Vous êtes d’Espinosa… Oui… Je me souviens… C’est vous qui m’avez fait saisir… J’étais alors, il me semble, un autre homme… Qui étais-je?… Je ne sais plus… mais je vois… j’étais fort, vaillant… Vous m’avez fait souffrir… Oui, j’y suis… la faim, l’horrible faim et la soif… et cette galerie abominable où l’on suppliciait tant de pauvres malheureux!…

– Enfin! tu te souviens!

– N’approchez pas!… hurla le fou au comble de l’épouvante. Je vous reconnais… Que voulez-vous? Venez-vous pour me tuer?… Allez-vous-en! je ne veux pas mourir!…

– Cette fois tu me reconnais bien. Oui, tu l’as dit, Pardaillan, tu étais un homme fort et vaillant, et maintenant qu’es-tu? Un enfant qu’un rien épouvante. Et c’est moi qui t’ai mis dans cet état. Tu me comprends un peu, Pardaillan; une vague lueur d’intelligence illumine en ce moment ton cerveau. Mais tout à l’heure la nuit se fera de nouveau en toi et tu redeviendras ce que tu étais à l’instant: un pauvre fou.

«Et sais-tu qui m’a donné l’idée de t’infliger les tortures qui devaient faire sombrer ton intelligence? Ton amie Fausta. Oui, c’est elle qui a eu cette idée que je n’aurais pas eue, je l’avoue. Oui, tu l’as dit: je vais te tuer. Oh! ne crie pas ainsi. Je ne veux pas te tuer d’un coup de poignard, ce serait une mort trop douce et trop rapide. Tu mourras lentement, dans la nuit, muré dans une tombe. Tu achèveras de mourir par la faim, l’horrible faim, comme tu disais tout à l’heure. Regarde, Pardaillan, voici ton tombeau.

En disant ces mots, d’Espinosa avait sans doute actionné quelque invisible ressort, car une ouverture apparut soudain, au milieu d’une des parois du cachot.

D’Espinosa prit la lampe d’une main, alla chercher Pardaillan et le saisit de l’autre, et, sans qu’il opposât la moindre résistance, car le malheureux, inconscient de sa force revenue, se contentait de gémir, il le traîna jusqu’à cette ouverture, et élevant sa lampe pour qu’il pût mieux voir:

– Regarde, Pardaillan, répéta-t-il d’une voix vibrante. Vois-tu? Ici, pas de lumière, autant dire pas d’air. C’est une tombe, une véritable tombe où tu te consumeras lentement par la faim. Nul au monde ne connaît ce tombeau; nul que moi.

«Et sais-tu? Pardaillan, tiens, je vais te le dire à seule fin que ton supplice soit plus grand – si toutefois tu te souviens de mes paroles – ce tombeau qui tout à l’heure sera le tien, il a une issue secrète que, seul, je connais.

«Tu la chercheras cette issue, Pardaillan, cela te fera une occupation qui te distraira. Tu la chercheras, car tu ne veux pas mourir maintenant. Mais tu ne la trouveras pas. Nul que moi ne saurait la trouver. Et moi, dans un instant, je sortirai d’ici pour ne plus y revenir. Mais avant de sortir, je vais te pousser là et toi, en posant le pied sur cette dalle que tu vois là, devant toi, tu actionneras toi-même le ressort de la porte de fer qui doit te murer vivant là-dedans.

– Grâce! gémit le malheureux fou qui se raidit. Je ne veux pas mourir! Grâce!

– Je le sais bien, reprit d’Espinosa avec son calme terrible. Et cependant tout à l’heure tu entreras là, et à compter de cet instant, tu n’existeras plus. Mais il était nécessaire que tu susses que toutes les tortures que tu as endurées, y compris le supplice de la faim que tu t’imposais volontairement, grâce à certain petit billet que je te fis parvenir, tout cela est mon œuvre, combinée avec le concours de Fausta.

«Et maintenant que tu sais tout cela et ce qui t’attend, il faut que tu saches pourquoi, n’ayant pas de haine contre toi, je l’ai fait: parce que les hommes de ta trempe, s’ils ne viennent pas à nous, s’ils ne sont pas avec nous, sont un danger permanent pour l’ordre de choses établi par notre sainte mère l’Église. Parce que tu as insulté à la majesté royale de mon souverain. Parce que tu t’es dressé menaçant devant lui et que tu as voulu faire avorter ses vastes projets.

«Il fallait que le châtiment qui te serait infligé fût si terrible qu’il fît trembler et reculer ceux qui, comme toi, seraient tentés de se dresser contre l’autorité de l’Église. Et maintenant que tu sais tout cela, maintenant que tu sais que tu vas mourir, il faut que tu meures désespéré de savoir que tu as échoué dans toutes tes entreprises contre nous. Sache donc que ce parchemin que tu es venu chercher de si loin, il est en ma possession!

– Le parchemin!… bégaya Pardaillan.

– Tu ne comprends pas? Il faut que tu comprennes cependant. Tiens, regarde. Le voici, ce parchemin. Vois-tu? C’est la déclaration du feu roi Henri troisième qui lègue le royaume de France à mon souverain. Regarde-le bien, ce parchemin. C’est grâce à lui que ton pays deviendra espagnol.

Un instant, d’Espinosa laissa sous les yeux du fou le parchemin qu’il avait sorti de son sein. Puis voyant que l’autre le regardait d’un air hébété, sans comprendre, il haussa doucement les épaules, replia le précieux document, le remit où il l’avait pris, et abattant sa main robuste sur l’épaule de Pardaillan, il le tira facilement à lui, car l’autre n’opposait qu’une faible résistance, et sur un ton impératif:

– Maintenant que je t’ai dit ce que j’avais à te dire, entre dans la mort.

Et il abattit son autre main sur l’autre épaule de Pardaillan et le poussa rudement jusqu’au seuil de l’ouverture béante, en ajoutant:

– Voici ta tombe.

Alors une voix narquoise qu’il connaissait bien, une voix qui le fit frémir de la nuque aux talons, tonna soudain:

– Mordieu! mourons ensemble!

Et avant qu’il eût pu faire un mouvement, une main de fer le saisissait à la gorge et l’étranglait.

D’Espinosa lâcha l’épaule de Pardaillan. Sa main alla chercher la dague dont il avait eu la précaution de s’armer. Il n’eut pas la force d’achever le geste. La main de fer resserra son étreinte et le grand inquisiteur fit entendre un râle étouffé. Alors, Pardaillan lâcha la gorge, et le saisissant à bras le corps, il le souleva, l’arracha de terre, le tint un instant suspendu à bout de bras et le lança à toute volée dans ce qui devait être sa tombe.

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