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Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VI - Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade à la Cour d'Espagne, Pardaillan est amené à protéger une jeune bohémienne, La Giralda, fiancée d'El Torero, Don César, qui n'est autre que le petit-fils secret et persécuté de Philippe II. Or, Fausta a jeté son dévolu sur El Torero pour mener à bien ses intrigues, et elle bénéficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aidé dans cette lutte par le dévouement absolu d'un pauvre déshérité, le malicieux Chico et sa bien-aimée Juana…
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Pardaillan, hors de l’atteinte des faux, ne pouvait détacher ses yeux exorbités de ce spectacle fantastique. Et la même plainte lugubre fusait de ses lèvres, sans répit.

Tout à coup, il tressaillit. Il venait de sentir le plancher s’écrouler sous lui. Tout d’abord il crut s’être trompé. Il pensa que ce qu’il venait de percevoir n’était que l’effet d’une trépidation produite par cet insupportable roulement qui devait ébranler toute la pièce.

La peur – car il avait une peur affreuse, peur de mourir haché par ces horrifiantes lames, il avait peur, lui! Pardaillan! – la peur, donc, lui donnait une lueur de lucidité qui lui permettait d’observer et de raisonner.

Mais comme il contemplait toujours les faux en mouvement, il vit bientôt qu’il ne s’était pas, malheureusement, trompé. En effet, il n’y avait pas à en douter, le plancher s’inclinait dans la direction de la machine à hacher.

C’était le nom que, d’instinct, il avait spontanément donné, dans son esprit, à cette effroyable invention. Il s’inclinait si bien, même, que sous chacun de ces groupes, qui était comme une pièce dont le tout constituait la machine, une quatrième faux venait d’apparaître.

La disposition de ces quatre faux formait un losange parfait. Ainsi, le long de la cloison, il y avait maintenant cinq losanges. Seulement, tandis que les trois faux primitives continuaient leur perpétuel mouvement de hachoir, la quatrième restait immobile, paraissant attendre et guetter, sournoise et menaçante. Et le mouvement d’inclinaison du plancher se poursuivait lentement, avec une régularité terrifiante.

Alors, Pardaillan remarqua ce qu’il n’avait pas encore remarqué jusque-là: que le plancher de son cachot paraissait être une énorme plaque d’acier, lisse, glissante sans une rainure, sans une soudure visibles, sans la moindre protubérance à quoi il eût pu s’accrocher. Il se sentit doucement, mais irrésistiblement, glisser sur ce plancher, et il comprit qu’il allait rouler infailliblement jusqu’à l’un de ces cinq hachoirs qui le mettrait en pièces.

Alors aussi, la peur de mourir qui le talonnait, la terreur sans nom qui lui rongeait le cerveau achevèrent l’œuvre dissolvante, poursuivie avec une ténacité féroce durant quinze jours de tortures variées, longuement et froidement préméditées, accumulées avec un art diabolique et destinées à faire sombrer cette raison si solide, si lumineuse.

Le but visé par Fausta et d’Espinosa était atteint. Pardaillan n’était plus.

C’était un pauvre fou qui, maintenant, hagard, échevelé, écumant, hurlait son désespoir et sa terreur. Et ce fou, d’une voix qui s’efforçait de couvrir le tonitruant roulement de la machine à hacher, criait de toutes ses forces, déjà épuisées:

– Arrêtez!… Arrêtez!… Je ne veux pas mourir!… je ne veux pas!…

Mais on ne l’entendait pas sans doute. Ou peut-être l’implacable volonté de l’inquisiteur avait-elle décidé de pousser l’expérience jusqu’au bout.

Car le plancher continuait de s’abaisser avec une régularité désespérante. Maintenant, ce n’étaient plus cinq losanges, mais dix qui fonctionnaient simultanément, avec la même rapidité, avec le même roulement formidable qui remplissait le cachot de son bruit de tonnerre.

L’instinct de la conservation, si puissant, à défaut du raisonnement, à jamais aboli, peut-être, fit que Pardaillan découvrit l’unique chance qui lui restait de sauver cette vie à laquelle il tenait tant maintenant. Voici quelle était cette chance:

Ce plancher mobile était maintenu d’un côté par des charnières puissantes. Ces charnières n’étaient pas placées contre le mur qui soutenait le plancher. Elles étaient sous le plancher même. C’est-à-dire que, du côté opposé à la pente, on avait posé une forte traverse de métal.

C’est sur cette traverse qu’étaient vissées les charnières. Si cette traverse avait eu quelques centimètres de plus dans sa largeur, Pardaillan eût pu à la rigueur se poser là-dessus et attendre aussi longtemps que ses forces le lui eussent permis. Malheureusement, la traverse était trop étroite. Mais s’il n’était pas possible de se poser là-dessus, on pouvait du moins s’y accrocher et s’y maintenir en se couchant à plat ventre, suspendu par le bout des doigts. Le fou – nous ne voyons pas d’autre nom à lui donner – avait vu cela.

C’était, tout bonnement, une manière de prolonger son supplice de quelques secondes. Il était évident qu’il ne pourrait se maintenir longtemps dans cette position et même, en admettant que le mouvement de descente s’arrêtât, la pente était déjà assez raide pour rendre la chute inévitable.

Le fou ne raisonna pas tant. Il vit là une chance de prolonger son agonie et désespérément, il s’accrocha à ce rebord sauveur. Il y gagna du moins qu’il ne vit plus les épouvantables hachoirs qui avaient le don de l’affoler.

Le plancher continuait sa descente. Bientôt, l’extrémité descendante irait s’appuyer sur le sol de la pièce qui devait être au-dessous… en admettant qu’il y eût une pièce au-dessous. Sinon la pente se changerait insensiblement en ligne verticale et alors ce serait la chute dans quelque mystérieux abîme.

Maintenant, la cloison était tapissée du haut en bas et dans toute sa largeur de faux qui continuaient immuablement leur mouvement de hachoir et semblaient appeler la proie convoitée.

Pardaillan, suspendu dans le vide, sentait ses forces l’abandonner de plus en plus; ses doigts, gonflés par l’effort, s’engourdissaient; la tête lui tournait et, malgré son état, il comprenait que bientôt, dans un instant, il lâcherait prise, et ce serait fini: il roulerait là-bas se faire hacher par la hideuse machine, qui semblait l’appeler de son ronronnement formidable.

Il râlait, et cependant son désir de vivre était si prodigieusement tenace qu’il trouvait encore, et malgré tout, la force de crier presque sans discontinuer:

– Arrêtez! Arrêtez!…

Bientôt, il fut à bout de force. Sa main gauche glissa, lâcha prise. Il se maintint un instant de sa seule main droite. Les doigts de cette main, à leur tour, le trahirent un à un. Deux doigts seuls restèrent désespérément incrustés dans le métal et supportèrent le poids de son corps un inappréciable instant.

Alors, il ferma les yeux, un soupir atroce gonfla sa poitrine, un cri terrible, un cri de bête qu’on égorge jaillit de ses lèvres tuméfiées, et il roula, roula là-bas sur les hachoirs qui le saisirent.

XVII LE PHILTRE DU MOINE

Or, Pardaillan n’était pas mort.

La machine à hacher était une sinistre comédie imaginée par Fausta, de concert avec d’Espinosa.

La papesse et le grand inquisiteur avaient décidé de pousser Pardaillan à la folie, non à la mort. Sur ce point, ils s’étaient trouvés tout de suite d’accord. Quant aux raisons qui les avaient poussés à adopter cette manière de tuer le chevalier – la folie n’est-elle pas comme une mort anticipée? – ces raisons que chacun avait gardées par devers lui n’étaient pas les mêmes chez Fausta que chez d’Espinosa.

Fausta avait adopté ce genre de supplice parce que, ayant essayé sans y parvenir de tuer Pardaillan par tous les moyens humainement connus, fataliste, sombre illuminée, elle s’était persuadée que cet homme était invulnérable et que, pour l’abattre, il fallait chercher autre chose que la mort.

D’Espinosa n’avait pas du tout ces idées. Grand inquisiteur d’Espagne, il estimait que son devoir était de poursuivre sans pitié l’hérésie et d’imposer par les moyens les plus violents ou les plus odieux la foi en ce Dieu qu’il servait, le respect et l’amour de ce Dieu. Offenser ce Dieu, c’était commettre un crime pour l’expiation duquel les tortures les plus effroyables étaient encore insuffisantes.

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