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Le vicomte de Bragelonne Tome IV

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Le gouverneur?

– Oui, monsieur; et cependant mon bateau était brisé, bien brisé, puisque la proue est restée sur la pointe de Sainte-Marguerite, et que le charpentier me demande cent vingt livres pour la réparation.

– C’est bon, répliqua Raoul, vous serez exempté de service. Allez.

– Nous irons à Sainte-Marguerite, voulez-vous? dit ensuite Athos à Bragelonne.

– Oui, monsieur; car il y a là quelque chose à éclaircir et cet homme ne me fait pas l’effet d’avoir dit la vérité.

– Ni à moi non plus, Raoul. Cette histoire du gentilhomme masqué et du carrosse disparu me fait l’effet d’une manière de cacher la violence que ce rustre aurait peut-être commise en pleine mer sur son passager, pour le punir de l’insistance qu’il avait mise à s’embarquer.

– J’en ai conçu le soupçon, et le carrosse aurait contenu des valeurs bien plutôt qu’un homme.

– Nous verrons cela, Raoul. Très certainement, ce gentilhomme ressemble à d’Artagnan; je reconnais ses façons. Hélas! nous ne sommes plus les jeunes invincibles d’autrefois. Qui sait si la hache ou la barre de ce mauvais caboteur n’a pas réussi à faire ce que les plus fines épées de l’Europe, les balles et les boulets n’ont pas fait depuis quarante ans.

Le jour même, ils partirent pour Sainte-Marguerite, à bord d’un chasse marée venu de Toulon sur ordre.

L’impression qu’ils ressentirent en abordant fut un bien-être singulier. L’île était pleine de fleurs et de fruits, elle servait de jardin au gouverneur dans sa partie cultivée. Les orangers, les grenadiers, les figuiers courbaient sous le poids de leurs fruits d’or et d’azur. Tout autour de ce jardin, dans sa partie inculte, les perdrix rouges couraient par bandes dans les ronces et dans les touffes de genévriers, et, à chaque pas que faisaient Raoul et le comte, un lapin effrayé quittait les marjolaines et les bruyères pour rentrer dans son terrier.

En effet, cette bienheureuse île était inhabitée. Plate, n’offrant qu’une anse pour l’arrivée des embarcations, et sous la protection du gouverneur, qui partageait avec eux, les contrebandiers s’en servaient comme d’un entrepôt provisoire, à la charge de ne point tuer le gibier ni dévaster le jardin. Moyennant ce compromis, le gouverneur se contentait d’une garnison de huit hommes pour garder sa forteresse, dans laquelle moisissaient douze canons. Ce gouverneur était donc un heureux métayer, récoltant vins, figues, huiles et oranges, faisant confire ses citrons et ses cédrats au soleil de ses casemates.

La forteresse, ceinte d’un fossé profond, son seul gardien, levait comme trois têtes ses trois tourelles, liées l’une à l’autre par des terrasses de mousse.

Athos et Raoul longèrent pendant quelque temps les clôtures du jardin sans trouver quelqu’un qui les introduisît chez le gouverneur. Ils finirent par entrer dans le jardin. C’était le moment le plus chaud de la journée.

Alors tout se cache sous l’herbe et sous la pierre. Le ciel étend ses voiles de feu comme pour étouffer tous les bruits, pour envelopper toutes les existences. Les perdrix sous les genêts, la mouche sous la feuille, s’endorment comme le flot sous le ciel.

Athos aperçut seulement sur la terrasse, entre la deuxième et la troisième cour, un soldat qui portait comme un panier de provisions sur sa tête. Cet homme revint presque aussitôt sans son panier, et disparut dans l’ombre de la guérite.

Athos comprit que cet homme portait à dîner à quelqu’un et que, après avoir fait son service, il revenait dîner lui-même.

Tout à coup il s’entendit appeler, et, levant la tête, aperçut dans l’encadrement des barreaux d’une fenêtre quelque chose de blanc, comme une main qui s’agitait, quelque chose d’éblouissant, comme une arme frappée des rayons du soleil.

Et, avant qu’il se fût rendu compte de ce qu’il venait de voir, une traînée lumineuse, accompagnée d’un sifflement dans l’air, appela son attention du donjon sur la terre.

Un second bruit mat se fit entendre dans le fossé, et Raoul courut ramasser un plat d’argent qui venait de rouler jusque dans les sables desséchés.

La main qui avait lancé ce plat fit un signe aux deux gentilshommes, puis elle disparut.

Alors Raoul et Athos, s’approchant l’un de l’autre, se mirent à considérer attentivement le plat souillé de poussière, et ils découvrirent, sur le fond, des caractères tracés avec la pointe d’un couteau:

«Je suis, disait l’inscription, le frère du roi de France, prisonnier aujourd’hui, fou demain. Gentilshommes français et chrétiens, priez Dieu pour l’âme et la raison du fils de vos maîtres!»

Le plat tomba des mains d’Athos, pendant que Raoul cherchait à pénétrer le sens mystérieux de ces mots lugubres.

Au même instant, un cri se fit entendre du haut du donjon. Raoul, prompt comme l’éclair, courba la tête et força son père à se courber aussi. Un canon de mousquet venait de reluire à la crête du mur. Une fumée blanche jaillit comme un panache à l’orifice du mousquet, et une balle vint s’aplatir sur une pierre, à six pouces des deux gentilshommes. Un autre mousquet parut encore et s’abaissa.

– Cordieu! s’écria Athos, assassine-t-on les gens, ici? Descendez, lâches que vous êtes!

– Oui, descendez! dit Raoul furieux en montrant le poing au château.

L’un des deux assaillants, celui qui allait tirer le coup de mousquet, répondit à ces cris par une exclamation de surprise, et, comme son compagnon voulait continuer l’attaque et ressaisissait le mousquet tout armé, celui qui venait de s’écrier releva l’arme, et le coup partit en l’air.

Athos et Raoul, voyant qu’on disparaissait de la plate-forme pensèrent qu’on allait venir à eux, et ils attendirent de pied ferme.

Cinq minutes ne s’étaient pas écoulées, qu’un coup de baguette sur le tambour appela les huit soldats de la garnison, lesquels se montrèrent sur l’autre bord du fossé avec leurs mousquets. À la tête de ces hommes se tenait un officier que le vicomte de Bragelonne reconnut pour celui qui avait tiré le premier coup de mousquet.

Cet homme ordonna aux soldats d’apprêter les armes.

– Nous allons être fusillés! s’écria Raoul. L’épée à la main, du moins, et sautons le fossé! Nous tuerons bien chacun un de ces coquins quand leurs mousquets seront vides.

Et déjà Raoul, joignant le mouvement au conseil s’élançait, suivi d’Athos, lorsqu’une voix bien connue retentit derrière eux.

– Athos! Raoul! criait cette voix.

– D’Artagnan! répondirent les deux gentilshommes.

– Armes bas, mordioux! s’écria le capitaine aux soldats. J’étais bien sûr de ce que je disais, moi!

Les soldats relevèrent leurs mousquets.

– Que nous arrive-t-il donc? demanda Athos. Quoi! on nous fusille sans nous avertir?

– C’est moi qui allais vous fusiller, répliqua d’Artagnan; et, si le gouverneur vous a manqués, je ne vous eusse pas manqués, moi, chers amis. Quel bonheur que j’aie pris l’habitude de viser longtemps, au lieu de tirer d’instinct en visant! J’ai cru vous reconnaître. Ah! mes chers amis, quel bonheur!

Et d’Artagnan s’essuyait le front, car il avait couru vite, et l’émotion chez lui n’était pas feinte.

– Comment! fit le comte, ce monsieur qui a tiré sur nous est le gouverneur de la forteresse?

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