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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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Située à plus de trois mètres de hauteur, la fenêtre s’est révélée affreusement étroite et quand nous l’avons franchie, il nous a fallu nous suspendre par les mains avant de nous laisser tomber sur le sol. Je me suis tordu la cheville droite à l’atterrissage, mais sans mal durable.

La nuit, déjà froide, s’était encore rafraîchie. Nous nous trouvions tout près des poteaux d’attache : surpris par notre arrivée, les chevaux ont henni et soufflé de la condensation par les naseaux. Une petite neige piquante avait commencé à tomber. Il n’y avait toutefois que peu de vent, si bien que les étendards de Noël pendaient mollement dans l’air glacé.

Julian s’est dirigé droit sur son cheval, dont il a détaché les rênes. « Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? ai-je demandé.

— Toi, Adam, rien sinon protéger ton existence, et moi… »

Mais il a refusé de dévoiler ses plans et l’angoisse lui a assombri le visage.

« On peut attendre la fin de la crise, ai-je dit avec un peu de désespoir. La Réserve ne peut pas rester éternellement à Williams Ford.

— Non. Malheureusement, moi non plus, car Deklan le Conquérant sait où me trouver.

— Où iras-tu, alors ? »

Il s’est mis un doigt devant les lèvres. Un bruit nous parvenait de l’entrée de la Maison du Dominion : la congrégation commençait à sortir par les portes désormais ouvertes. « Suis-moi, m’a intimé Julian. Vite, vite ! »

J’ai obéi. Nous ne sommes pas partis sur la grand-rue, lui préférant un sentier qui obliquait derrière la grange du maréchal-ferrant pour traverser les bois le long de la Pine et prendre vers le nord en direction de la Propriété. C’était une nuit sombre, nos chevaux avançaient lentement, mais ils connaissaient le chemin presque d’instinct et un peu de la lumière du village nous parvenait encore malgré la légère chute de neige, qui effleurait mon visage comme cent petits doigts glacés.

« Il n’a jamais été envisageable que je reste à Williams Ford, a dit Julian. Tu aurais dû le savoir, Adam. »

J’aurais dû, en effet. Après tout, c’était un exemple de ce dont Julian ne cessait de parler : la fugacité de toute chose. Il prêchait cette notion comme on fait un sermon. J’avais toujours mis cela sur le compte des particularités de son enfance : la mort de son père, la séparation avec sa mère, le tutorat bienveillant mais froid de Sam Godwin.

Je n’ai pu cependant m’empêcher de penser une nouvelle fois à Histoire de l’Humanité dans l’Espace et aux photographies qu’on trouvait à l’intérieur… pas celles des Premiers Hommes sur la Lune, qui étaient américains, mais des Derniers Visiteurs de cette sphère céleste, des Chinois, aux « combinaisons spatiales » rouge pétard. Comme les Américains, ils avaient planté leur drapeau dans l’attente de visites ultérieures, mais la fin de l’Ère du Pétrole et la Fausse Affliction avaient ruiné leurs plans.

J’ai aussi pensé aux encore moins fréquentées Plaines de Mars, photographiées par des machines, du moins d’après le livre, mais jamais foulées par un pied humain. L’univers, semblait-il, regorgeait d’endroits peu fréquentés. Je m’étais débrouillé pour tomber sur l’un d’eux. La neige a cessé et la lune inhabitée s’est montrée entre les nuages, imprégnant les champs de Williams Ford d’une luminescence surnaturelle.

« Si tu dois partir, ai-je dit, laisse-moi t’accompagner.

— Non. » Julian avait baissé son chapeau sur ses oreilles pour se protéger du froid, si bien que je voyais mal son visage, mais son regard a brillé quand il a jeté un coup d’œil dans ma direction. « Merci, Adam. J’aimerais que ce soit possible. Mais ce ne l’est pas. Tu dois rester ici, éviter la conscription, si possible, et parfaire tes talents littéraires afin d’écrire un jour des livres, comme M. Charles Curtis Easton. »

C’était mon ambition, qui avait grandi au cours de l’année, alimentée par notre amour commun des livres et par les exercices de Sam Godwin en Composition, exercices pour lesquels je m’étais découvert un talent inattendu[6]. À ce moment-là, cette ambition ne semblait qu’un rêve dérisoire. « Tout cela n’a pas d’importance, ai-je affirmé.

— Là, tu te trompes, a répliqué Julian. Ne commets pas l’erreur de penser que parce que rien ne dure, rien n’a d’importance.

— N’est-ce pas là le point de vue du Philosophe ?

— Pas si le Philosophe sait de quoi il parle. » Julian a tiré sur les rênes de sa monture pour se tourner vers moi avec dans le maintien une partie de l’autorité de sa célèbre famille. « Écoute, Adam, tu peux faire quelque chose d’important pour moi… mais ce n’est pas sans risque. Tu es d’accord ?

— Oui, ai-je répondu sans hésiter.

— Alors écoute bien. La Réserve ne va pas tarder, si ce n’est déjà fait, à surveiller les routes qui permettent de quitter Williams Ford. Il faut que je parte, et il faut que je parte ce soir. Mon absence ne sera remarquée qu’au matin, et seulement par Sam, du moins au début. Je veux que tu rentres chez toi… tes parents s’inquiéteront de la conscription, tu peux essayer de les rassurer, mais ne fais en aucun cas allusion à ce qui s’est passé ce soir… et très tôt demain matin, va trouver Sam à la Propriété. Raconte-lui ce qui s’est passé à la Maison du Dominion et dis-lui de partir dès que possible sans se faire prendre pour me retrouver à Lundsford. Voilà mon message.

— Lundsford ? Il n’y a rien, là-bas.

— Justement : rien d’assez important pour que la Réserve songe à nous y chercher. Tu te souviens de ce que le type du Dépotoir a dit, l’automne dernier, sur l’endroit où il a trouvé ces livres ? “Un endroit en contrebas près des fouilles principales.” Sam peut me chercher par là.

— Je lui dirai », ai-je promis, clignant des paupières dans le vent froid qui m’irritait les yeux.

« Merci, Adam, a-t-il répondu avec gravité. Merci pour tout. » Il s’est alors forcé à sourire et durant un instant, il n’a plus été le neveu du président, mais simplement Julian, l’ami avec qui j’avais chassé l’écureuil et contemplé la lune. « Joyeux Noël ! a-t-il lancé. Que tu en connaisses plein d’autres ! »

Il a fait pirouetter son cheval et il est parti.

4

Il y a à Williams Ford un cimetière du Dominion devant lequel je suis passé en rentrant chez moi, mais ma sœur Flaxie n’était pas enterrée là.

Nous autres membres de l’Église des Signes n’avions pas le droit au cimetière du Dominion, aussi Flaxie reposait-elle derrière notre maison, à un endroit marqué d’une modeste croix en bois. Le cimetière m’a tout de même rappelé ma sœur, et après avoir ramené le cheval à l’écurie, je me suis arrêté sur sa tombe (même si je frissonnais de froid) pour la saluer d’un coup de chapeau, tout comme je l’avais toujours saluée d’un coup de chapeau de son vivant.

Flaxie avait été une gamine aussi brillante, effrontée et espiègle que blonde. Elle s’appelait en réalité Dolores, mais je ne m’étais jamais servi que de son surnom. La Vérole l’avait emportée de manière très soudaine et, comme cela arrive, miséricordieuse. Je ne me souviens pas de sa mort, étant alors moi-même plongé dans l’inconscience par cette même Vérole, à laquelle j’ai toutefois survécu. Je me rappelle avoir repris connaissance dans une maison devenue étrangement silencieuse. Personne n’a voulu me dire, pour Flaxie, mais le regard ravagé de ma mère m’a appris la vérité sans qu’il fut besoin de l’énoncer. La mort avait joué à la loterie avec nous, et Flaxie avait tiré la courte paille.

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6

Non un talent venu plein et entier au monde, toutefois. Je n’avais montré ma première nouvelle terminée à Sam Godwin que deux ans auparavant, «Un Garçon Américain: ses Aventures dans l’Europe Ennemie». Sam en avait loué le style et l’ambition tout en soulignant un certain nombre de défauts: les éléphants, par exemple, n’étaient pas originaires de Bruxelles et leur masse leur permettait en général d’éviter de se retrouver cloués au sol en cas de lutte contre des garçons américains; un voyage de Londres à Rome ne pouvait s’accomplir en quelques heures, même sur «un cheval très rapide»… et Sam aurait pu continuer dans cette veine, si je n’avais trouvé une excuse pour quitter les lieux.

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