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Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]

Электронная книга - «Julian [Julian Comstock: A Story of 22-nd Century America - fr]». Краткое содержание книги:

Apostat. Fugitif. Conquérant.
Il s’appelle Julian Comstock ; il est le neveu du président des États-Unis.
Son père, le général Bryce Comstock, a été pendu pour trahison (on murmure qu’il était innocent de ce crime).
Julian est né dans une Amérique à jamais privée de pétrole, une Amérique étendue à soixante états, tenue de main de maître par l’Église du Dominion. Un pays en ruine, exsangue, en guerre au Labrador contre les forces mitteleuropéennes. Un combat acharné pour exploiter les ultimes ressources naturelles nord-américaines.
On le connaît désormais sous le nom de Julian l’agnostique ou (comme son oncle) de Julian le Conquérant.
Ceci est l’histoire de ce qu’il a cru bon et juste, l’histoire de ses victoires et défaites, militaires et politiques.
Fresque post-apocalyptique, western du XXIIe siècle, fulgurant hommage à Mark Twain, Julian est le plus atypique des romans de Robert Charles Wilson. Une réussite majeure et une critique sans concession des politiques environnementales actuelles.
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J’ai supposé qu’il s’agissait de ce que Julian avait appelé « le point de vue du Philosophe ». Dans ce cas, je me demandais comment les Philosophes pouvaient le supporter. J’avais appris un peu par Sam Godwin – et davantage par Julian, dont Sam lui-même désapprouvait certaines lectures – les idées discréditées de l’Ère Profane. J’ai pensé à Einstein, selon qui un point de vue ne pouvait absolument jamais prévaloir sur un autre, autrement dit à sa « relativité générale » et à son affirmation selon laquelle, pour répondre à la question : « Qu’est-ce qui est réel ? », il fallait commencer par demander : « Où vous tenez-vous ? » N’étais-je rien d’autre, dans ce cocon de Williams Ford, qu’un Point de Vue ? Ou bien une incarnation d’une molécule d’ADN, « se souvenant imparfaitement » (selon les mots de Julian) d’un grand singe, d’un poisson et d’une amibe ?

Peut-être même la Nation si excessivement vantée par Ben Kreel n’était-elle qu’un exemple de cette tendance naturelle : un souvenir imparfait d’une autre Nation, elle-même souvenir imparfait de toutes celles l’ayant précédé, et ainsi de suite jusqu’aux Premiers Hommes (à Éden, ou, comme le croyait Julian, en Afrique).

Le film s’est terminé par une scène émouvante d’un drapeau américain, avec ses treize bandes et ses soixante étoiles en train d’onduler au soleil… présageant, a soutenu le narrateur, quatre autres années de prospérité et de bienfaits sous l’autorité de Deklan le Conquérant, pour lequel on sollicitait le vote du public, même si personne ne connaissait ni n’avait entendu parler du moindre concurrent. Le film a cliqueté sur sa bobine, on s’est dépêché d’éteindre l’ampoule électrique et les Sondeurs ont entrepris de rallumer les torches murales. Durant la projection, plusieurs hommes dans le public avaient allumé leur pipe, dont la fumée se mêlait désormais à celle des torches en un lourd nuage bleu-gris qui flottait sous les arceaux du haut plafond.

L’air soucieux, Julian restait avachi sur son banc, le chapeau tiré bas. « Adam, a-t-il murmuré, il faut trouver un moyen de sortir d’ici.

— Je crois en voir un, ai-je répondu, qu’on appelle une porte… mais pourquoi une telle hâte ?

— Regarde plus attentivement la sortie : deux hommes de la Réserve y ont été postés. »

J’ai vérifié : il avait raison. « Mais n’est-ce pas juste pour protéger le scrutin ? » Car Ben Kreel avait regagné la scène, d’où il s’apprêtait à demander un vote à main levée.

« Tom Shearney, le barbier qui a un problème de vessie, vient juste de se faire refouler en essayant d’aller aux cabinets. »

Assis à moins d’un mètre de nous, Tom Shearney se tortillait en effet avec gêne en décochant aux Réservistes des regards pleins de rancune.

« Mais après le scrutin…

— Il ne s’agit pas de scrutin, mais de conscription.

— De conscription ?!

— Chut ! Tu vas semer la panique dans l’assistance. Je ne pensais pas que cela commencerait aussi vite… même si certains télégrammes que nous avons reçus de New York parlaient de revers au Labrador et du besoin de nouvelles divisions. Une fois le scrutin terminé, les Campagnistes vont sans doute annoncer un nouveau recrutement, demander le nom de tous les présents puis relever le nom et l’âge de leurs enfants.

— On est trop jeunes pour être appelés », ai-je objecté, car lui et moi venions d’avoir dix-sept ans.

« Pas à ce que j’ai entendu dire. Les règles ont changé pour incorporer davantage d’hommes. Oh, tu peux sans doute te trouver une cachette quand la sélection commencera. Mais ma présence ici est connue de tous. Je ne peux pas me fondre dans la foule. Ce n’est sans doute d’ailleurs pas un hasard si on a expédié autant de Réservistes dans un village aussi petit que Williams Ford.

— Comment ça, pas un hasard ?

— Mon existence n’a jamais plu à mon oncle. Lui-même n’a pas d’enfants. D’héritiers. Il me voit comme un concurrent possible pour l’Exécutif.

— Mais c’est absurde. Tu ne veux pas être président, si ?

— Je préférerais me tirer une balle. Mais oncle Deklan est du genre jaloux et il se méfie des raisons qu’a ma mère de me protéger.

— En quoi un appel sous les drapeaux l’aide-t-il ?

— Tout cela n’est pas dirigé contre moi, mais il trouve sûrement cet outil bien pratique. Si je suis appelé sous les drapeaux, personne ne pourra se plaindre qu’il en exempte sa propre famille. Et une fois qu’on m’aura incorporé dans l’infanterie, il peut s’assurer que je me retrouve sur le front au Labrador… à accomplir une attaque noble mais suicidaire sur les tranchées ennemies.

— Mais… Julian ! Sam ne peut-il pas te protéger ?

— Sam est un soldat à la retraite, sans autre pouvoir que celui qui découle de l’influence de ma mère. Et elle n’en a guère pour le moment. Adam, y a-t-il un autre moyen de sortir d’ici ?

— Rien que la porte, à moins que tu aies l’intention de fracturer une de ces vitres colorées qu’il y a aux fenêtres.

— Un endroit où se cacher, alors ? »

J’y ai réfléchi. « Peut-être derrière la scène, dans la pièce où on range le matériel religieux. On peut y pénétrer par les ailes. On pourrait s’y cacher, mais elle n’a pas de sortie sur l’extérieur.

— Cela fera l’affaire. Du moment qu’on arrive là-bas sans attirer l’attention. »

Ce qui ne nous a guère posé de difficultés : un certain nombre de torches n’ayant pas encore été rallumées, la majeure partie de la pièce restait dans l’ombre. De plus, le public s’agitait un peu et s’étirait, tandis que les Campagnistes s’apprêtaient à enregistrer le vote qui allait suivre – en comptables méticuleux même si le résultat était joué d’avance et les salles de bal déjà réservées pour la prochaine investiture de Deklan le Conquérant. Julian et moi sommes passés d’ombre en ombre, nous gardant de la moindre précipitation, jusqu’au pied de la scène, où nous avons patienté devant l’entrée du magasin le temps qu’un abruti de réserviste qui nous suivait du regard fût appelé à l’aide pour démonter le matériel de projection. Nous avons saisi notre chance et, nous baissant pour franchir le rideau qui barrait le seuil, nous avons pénétré dans une obscurité quasi absolue. Julian a trébuché sur un obstacle (une pièce du piano de l’église, désassemblé pour nettoyage par un réparateur itinérant mort d’une attaque avant d’avoir terminé), provoquant un bruit de bois qui m’a paru assez sonore pour alerter tout le monde… mais n’en a rien fait.

Le peu de luminosité provenait d’une haute fenêtre vitrée pourvue d’une charnière afin de pouvoir s’ouvrir en été, pour la ventilation. Elle n’éclairait guère, par cette nuit nuageuse, sans autre lumière que celles des torches longeant la grand-rue. Elle est toutefois devenue un phare à nos yeux une fois ceux-ci habitués à la pénombre. « On pourrait peut-être sortir par là, a dit Julian.

— Pas sans échelle. À moins que…

— Quoi ? Parle, Adam, si tu as une idée.

— C’est ici qu’on range les rehausseurs, les longs blocs de bois sur lesquels se tient le chœur pour chanter. Ils pourraient peut-être nous servir. »

Julian a tout de suite compris comment et s’est mis à fureter dans les ombres du magasin pour en examiner aussi attentivement le contenu que quand il cherchait des vieux livres dans le Dépotoir. Nous avons trouvé les rehausseurs en pin brut, que nous sommes parvenus à empiler sans trop de bruit à une hauteur adéquate. (Dans la grande salle, les Campagnistes avaient déjà enregistré un vote unanime en faveur de Deklan Comstock et commencé à parler de la conscription, exactement comme s’en était douté Julian. Quelques rares voix élevaient de futiles objections et Ben Kreel appelait bruyamment au calme : personne ne nous a entendus changer la disposition des meubles.)

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