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La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]

Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:

Au Royaume des Sept Couronnes, rien ne va plus. La mort du roi Robert a clos une longue période d’été, de paix et d’apparente prospérité : le Trésor est au bord de la banqueroute, et trop nombreux sont les candidats prétendument légitimes au Trône de Fer : Stannis et Renly Baratheon le disputent à leur neveu Joffrey, tandis que Robb Stark, proclamé roi du Nord, s’efforce de venger son père naguère condamné à mort et exécuté sous couleur de trahison. Au fin fond de l’Orient, l’unique descendante des anciens rois targaryens médite sa revanche en élevant ses trois dragons… L’hiver vient, qui grouille de forces obscures, de mages et de morts-vivants, d’intrigants sournois prêts à tous les maléfices en vue de fins impénétrables.
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
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— Tt tt,clappa-t-il. Je te le demande, chère sœur, les Stark nous feraient-ils des ouvertures de paix si nous n’étions pas en train de gagner la guerre ? » Il exhiba la lettre apportée par ser Cleos Frey. « Le louveteau nous fait part de ses conditions, vois-tu. Des conditions inacceptables, naturellement, mais ce n’est qu’un début, après tout. Te soucierais-tu de les voir ?

— Oui. » Son port de reine lui revint instantanément. « Comment se fait-il qu’elles soient en tes mains ? C’est à moi qu’elles auraient dû parvenir.

— A quoi servirait une Main, sinon pour te tendre les choses ? » Il lui remit la lettre. La joue lui cuisait encore de la gifle qu’il avait reçue. Tant pis pour la marque qu’elle y a laissée, c’est peu cher payer son consentement au mariage de Dorne. Il était sûr d’obtenir celui-ci, maintenant, il le pressentait.

Du gâteau. Avec…, eh oui, pour cerise les convictions acquises quant à certain mouchard…

BRAN

Des bardes en laine d’un blanc de neige frappées au loup-garou gris caparaçonnaient Danseuse, et Bran portait des chausses grises et un doublet blanc dont les manches et le col étaient soutachés de vair ; sur son sein gauche était agrafée une tête de loup d’argent et de jais poli. Plutôt que cette broche sur la poitrine, il eût préféré les gambades d’Eté près de lui, mais ser Rodrik s’était montré inexorable.

Les degrés de pierre rampants ne firent broncher Danseuse qu’une seconde, et elle les descendit gentiment dès la première injonction. Au-delà des larges vantaux de chêne et de fer s’alignaient dans la grande salle de Winterfell huit longues rangées de tables volantes, quatre de chaque côté de l’allée centrale. Des hommes se pressaient, épaule contre épaule, sur les bancs, qui se dressèrent à son passage en criant « Stark ! » et « Winterfell ! Winterfell ! ».

Il n’était plus assez jeune pour s’y méprendre : ces ovations ne s’adressaient pas vraiment à lui, elles saluaient la moisson, Robb et ses victoires, la mémoire de Père, de Grand-Père et de tous les Stark qui s’étaient succédé là depuis huit mille ans. Il s’en gonfla néanmoins d’une telle fierté qu’il s’oublia brisé depuis son entrée jusqu’à l’autre bout de la salle. La mémoire lui en revint cependant lorsque, au pied de l’estrade, Hodor et Osha durent le défaire, sous les yeux de tous, de son harnais, l’enlever de selle et le porter sur la cathèdre de ses aïeux.

Sa fille Beth à ses côtés, ser Rodrik occupait la gauche de Bran. A droite, Rickon, dont la tignasse auburn avait tellement poussé qu’elle balayait son mantelet d’hermine, et qui refusait de la laisser couper tant que Mère ne serait pas de retour. Il avait même récompensé d’un coup de dents la dernière bonne âme qui l’avait abordé, ciseaux en main. « Moi aussi, je voulais arriver à cheval, maugréa-t-il pendant qu’Hodor emmenait Danseuse. Je monte mieux que toi.

— Non pas. Boucle-la », souffla Bran puis, ser Rodrik ayant intimé silence à l’assistance, il éleva la voix. Après avoir souhaité la bienvenue à ses hôtes au nom de son frère, le roi du Nord, il les pria de rendre grâces aux dieux anciens et nouveaux pour les succès de Robb et pour l’opulence de la moisson. « Puissions-nous en fêter cent autres ! conclut-il en brandissant le gobelet d’argent de Père.

— Cent autres !» Un tintamarre de chopes d’étain, de coupes d’argile et de cornes à boire cerclées de fer qui s’entrechoquaient accompagna le toast. Tout sucré de miel et parfumé de cinnamome et de girofle qu’il était, le vin de Bran ne laissait pas que d’être plus fort qu’à l’accoutumée. Chaque gorgée vous faisait fourmiller dans la poitrine de longs serpentins brûlants. La tête lui tournait lorsqu’il reposa le gobelet.

« Tu t’en es bien tiré, le complimenta ser Rodrik. Lord Eddard aurait été très fier de toi. » Un peu plus loin, mestre Luwin approuva d’un signe, tandis que l’on commençait à servir.

A servir des mets tout nouveaux pour Bran ; et si nombreux qu’à peine pouvait-il prendre une ou deux bouchées de chacun des plats qui se succédaient indéfiniment. D’énormes cuissots d’aurochs rôtis avec des poireaux, des tourtes de venaison farcies de carottes, de lard et de champignons, des côtelettes de mouton nappées de sauce miel-et-girofle, du canard aux herbes, du sanglier poivrade, de l’oie, des brochettes de pigeon et de chapon, du ragoût de bœuf et d’orge, du velouté de fruits glacé… Lord Wyman avait apporté de Blancport vingt barils de poisson, de mollusques et de crustacés conservés dans la saumure sur des lits d’algues ; moules, aiglefins, crabes et bigorneaux, palourdes, harengs, morues, saumons, langoustes et lamproies. Il y avait encore du pain-de-nègre et des pains d’épices et des biscuits d’avoine ; et puis des pois et des betteraves et des navets, des haricots et de la purée et de gigantesques oignons rouges ; et il y avait des pommes au four et des tartes aux baies et des poires pochées dans du vin capiteux ; à chaque table étaient disposées, de part et d’autre du sel, des formes entières de fromage, et sans trêve, de main en main, circulaient des flacons fumants de vins épicés, des carafes de bière d’automne frappée.

Toute la fougue et le talent des musiciens de lord Wyman n’empêchèrent pas les sons de la harpe, du crincrin, du cor de sombrer bientôt sous la houle des rires et joyeux devis, le fracas des coupes et de la vaisselle, les aboiements des limiers qui se disputaient les reliefs du banquet. Le chanteur chanta de bonnes chansons, Lances de fer et La Belle et l’Ours et L’Incendie de la flotte, mais seul Hodor y parut attentif, qui, debout près du cornemuseux, sautait en cadence d’un pied sur l’autre.

Le tintamarre finit par s’enfler jusqu’à devenir un rugissement continu de borborygmes qui vous entêtait, vous obnubilait comme une monstrueuse buée sonore. Ser Rodrik causait avec mestre Luwin par-dessus les boucles de Beth, et Rickon interpellait gaiement les Walder. Ceux-là… N’eût été que de Bran, ils n’auraient pas mis les pieds à la table haute, mais mestre Luwin lui avait rafraîchi la mémoire : « Ils seront bientôt de ta parenté, puisque Robb va épouser l’une de leurs tantes et Arya l’un de leurs oncles. » A quoi il eut beau riposter du tac au tac : « Pas Arya, jamais de la vie ! », peine perdue, le mestre n’avait pas cédé, les Frey se trouvaient à côté de Rickon.

Afin d’y prélever, s’il le désirait, le morceau du seigneur, Bran avait la primeur de chaque nouveau plat, mais la satiété lui vint aux canards, et il se contenta dès lors de dodeliner tour à tour son approbation puis d’esquisser un geste de refus. Si le fumet du mets lui paraissait particulièrement exquis, il faisait présenter celui-ci à l’un des lords attablés sur l’estrade pour l’honorer et lui marquer son amitié, conformément aux leçons du mestre. Ainsi dédia-t-il du saumon à cette pauvre affligée de lady Corbois, le sanglier à ces grandes gueules d’Omble, de l’oie aux baies à Cley Cerwyn et une langouste géante au maître d’écuries Joseth qui, pour n’être ni lord ni hôte de marque, n’en avait pas moins dressé Danseuse pour lui permettre de la monter. De même envoya-t-il des confiseries à Vieille Nan et Hodor, sans autre motif que son affection. Mais il fallut les instances expresses de ser Rodrik pour qu’il régalât ses frères adoptifs, Petit Walder de raves bouillies, Grand Walder de navets au beurre.

En bas, sur les bancs, se mêlaient aux gens de Winterfell le menu peuple de la ville d’hiver, des amis venus de manoirs voisins, les hommes d’escorte des invités. Si certains visages étaient inconnus de Bran, si d’autres lui étaient en revanche aussi familiers que le sien, il se sentait néanmoins étranger à tous. Il les regardait d’un regard aussi lointain que s’il n’avait pas quitté sa chambre et, de sa fenêtre, en haut, contemplait l’agitation de la cour, voyant toutes choses sans prendre de part à aucune.

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