La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
Elle se contraignit à regarder le deuxième homme et le troisième et celui d’après…, tout en s’intimant de rester de pierre. Des cadavres, tous, et tellement défigurés, tellement putréfiés qu’il lui fallut un bon moment pour s’apercevoir qu’avant de les pendre on les avait déshabillés. Comme ils avaient à peine figure humaine, leur nudité ne se remarquait pas. Les corbeaux leur avaient toujours dévoré les yeux, parfois les joues. Du sixième de l’interminable file ne restait rien, sauf une jambe, une seule, encore entravée, que le moindre souffle faisait guincher.
La peur est plus tranchante qu’aucune épée. Ces morts ne pouvaient lui faire aucun mal, mais ceux qui les avaient tués le pouvaient, quels qu’ils fussent. Bien au-delà du gibet, devant le long bâtiment bas proche de la jetée, celui au toit d’ardoise, se tenaient, appuyés sur leur lance, deux types en haubert de mailles. Deux grands mâts fichés au bord du rivage portaient des bannières. L’une semblait rouge, l’autre plus pâle – blanche, peut-être, ou jaune –, mais comme elles ne flottaient pas et que l’obscurité s’épaississait, Arya n’aurait pas même pu affirmer que la rouge était Lannister. Pas besoin de voir le lion. Me suffit de voir tous ces morts. Qui d’autre que les Lannister aurait fait cela ?
Alors retentit un cri.
Qui fit se retourner les lances tandis que, poussant un prisonnier devant lui, paraissait un troisième larron. Il faisait désormais trop sombre pour distinguer les visages, mais le captif portait un heaume étincelant d’acier dont les cornes achevèrent d’éclairer Arya. Espèce d’idiot d’idiot d’idiot D’IDIOT ! Elle l’aurait à nouveau roué de coups de pied s’il s’était trouvé avec elle.
Les gardes avaient beau gueuler, la distance l’empêchait d’entendre ce qu’ils disaient, surtout avec les battements d’ailes et les piaillements des corbeaux tout proches. L’une des lances arracha son heaume à Gendry et lui posa une question, mais il ne dut pas trouver la réponse à son goût, car il lui balança sa hampe en pleine figure et l’envoya bouler à terre, où celui qui l’avait fait prisonnier lui botta les flancs, tandis que leur compagnon coiffait la tête de taureau. Enfin, après l’avoir remis sur pied, ils l’emmenèrent vers l’entrepôt. A peine en eurent-ils ouvert la porte qu’en fusa un petit garçon, mais l’un d’eux lui attrapa le bras et le renvoya baller à l’intérieur. D’où s’ensuivirent des sanglots puis un cri de douleur si déchirant qu’Arya s’en mordit la lèvre.
Là-dessus, les gardes propulsèrent aussi Gendry dans le bâtiment et en barrèrent la porte sur ses talons. Au même moment, l’haleine du lac émut les bannières, les défripa. La première portait, comme redouté, le lion, la seconde, trois minces figures noires courant sur un champ jaune beurre. Des chiens, pensa-t-elle. Des chiens qu’elle avait déjà vus quelque part, mais où ça ?
Il n’importait. La seule chose importante était que les autres tenaient Gendry. Savaient-ils que la reine le voulait ? Tout têtu et borné qu’il était, elle devait le tirer de là.
Il lui était odieux de voir le garde parader sous le heaume de Gendry, mais qu’y faire ? Etouffés par les murs aveugles de l’entrepôt montèrent, lui sembla-t-il, de nouveaux cris, mais peut-être se trompait-elle, après tout.
Elle demeura là suffisamment pour assister à la relève et voir mille autres choses. Des hommes allaient et venaient, menaient leurs chevaux s’abreuver au ruisseau. Une troupe de chasseurs rapporta des bois la dépouille d’un daim suspendue à une longue perche. Après qu’ils l’eurent écorché, vidé, qu’ils eurent allumé un feu sur la berge opposée du ruisseau, le fumet de la viande en train de rôtir se mêla de manière étrange à l’ignoble odeur de décomposition, barbouillant si bien son estomac vide qu’Arya pensa dégobiller, tandis qu’il attirait de nouveaux groupes de soldats casernés dans les chaumières et pour la plupart équipés de maille ou de cuir bouilli. Une fois le gibier cuit, ses meilleurs morceaux furent emportés dans une maison.
Elle avait compté que les ténèbres lui permettraient de se rapprocher en tapinois pour libérer Gendry, mais les autres enflammèrent des torches à même les braises. Un écuyer vint apporter de la viande et du pain aux deux factionnaires apostés devant l’entrepôt et qu’un peu plus tard rejoignirent deux nouveaux sbires avec une outre de vin qui circula de main en main. Cette dernière aussitôt vidée, ceux-ci s’éloignèrent mais, appuyés sur leur lance, ceux-là reprirent leur faction.
Ce que voyant, Arya finit, toute ankylosée, par s’extraire de sa tanière pour regagner le noir des bois. D’encre était la nuit, filiforme le croissant de lune que tour à tour occultait et dévoilait la fuite des nuages. Silencieux comme une ombre, se dit-elle en se coulant à travers les arbres. Si profondes étaient les ténèbres qu’elle n’osait courir, de peur de buter sur quelque obstacle invisible ou de s’égarer. Sur sa gauche, l’Œildieu lapait imperturbablement ses rives. Sur sa droite, un rien de vent faisait soupirer les branches, bruire et frissonner les feuilles. Au loin se percevaient des hurlements de loups.
Tourte et Lommy faillirent se conchier quand elle surgit du fourré derrière eux. « Chut », leur souffla-t-elle en enlaçant Belette qui s’était ruée sur elle.
Tourte lui fit les gros yeux. « On croyait que vous nous aviez abandonnés. » Son poing se crispait sur l’épée dont Yoren avait délesté l’officier des manteaux d’or. « J’avais peur que tu sois un loup.
— Où est Taureau ? demanda Lommy.
— Ils l’ont pris, murmura-t-elle. Nous faut le tirer de là. Besoin de toi, Tourte. On se faufile, on tue les gardes, puis j’ouvre la porte. »
Les deux garçons échangèrent un regard. « Y en a combien ?
— Pas pu compter, confessa-t-elle. Une vingtaine au moins. Mais seulement deux à la porte. »
La physionomie de Tourte se chiffonna comme s’il allait pleurer. « On peut pas en combattre vingt…
— Tu n’en combattras qu’un. Je me charge de l’autre. On libère Gendry et on file.
— On d’vrait se rendre, intervint Lommy. Juste aller s’ rendre. »
Elle secoua la tête avec véhémence.
« Alors, abandonne-le, Arry, insista-t-il. Nous, y savent pas qu’on est là. Si on s’ cache, y partiront, tu sais qu’y partiront. Pas not’ faute, qu’y s’est fait pincer.
— Ce que tu es bête ! ragea-t-elle. Tu mourras, si nous ne le libérons pas. Qui va te porter, dis ?
— Toi et Tourte.
— Tout le temps ? Sans personne pour nous relayer ? Nous n’y arriverons pas. C’était Gendry, le costaud. Puis cause toujours, je m’en fiche, moi, j’y retourne. » Elle fixa Tourte. « Tu viens ? »
Ses yeux coururent de Lommy à elle, d’elle à Lommy. « Je viens, dit-il, non sans répugnance.
— Lommy, garde-moi Belette. »
Il saisit la main de la mioche, l’attira à lui. « Et si les loups viennent ?