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Les Pardaillan – Livre III – La Fausta

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:

Nous sommes en 1573. Jean de Kervilliers, devenu monseigneur l'?v?que prince Farn?se, fait arr?ter L?onore, sa ma?tresse, fille du baron de Montaigues, supplici? pendant la Saint Barth?l?my. Alors que le bourreau lui passe la corde au coup, elle accouche d'une petite fille. Graci?e par le Pr?v?t, elle est emmen?e sans connaissance vers la prison. Devant les yeux du prince Farn?se tortur? par la situation, le voil? p?re et cependant homme d'?glise, la petite Violette est emport?e par ma?tre Claude, le bourreau…
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– Et que fis-tu alors?

– Au bout de trois mois, j’allai retrouver le bourreau et je lui dis: «Tu as tué celle que j’aimais. Et moi j’ai juré de te tuer à ton tour. Mais si tu veux me répondre, je te pardonnerai. Je te donnerai l’or que j’avais ramassé comme rançon de Magda. Je ferai plus: je m’engagerai à ton service et serai le fidèle serviteur, gardien de ta maison et de ta vie. Dis, veux-tu me répondre?… – Questionne! me dit le bourreau… Je pris tout mon courage pour lui demander: – Sais-tu où sont mes filles?… Et ce fut pour moi une minute de joie délirante lorsque j’entendis Claude me répondre: – Sans doute, puisque c’est moi qui les ai placées! Oh! tu peux te rassurer, bohème: tes filles sont privilégiées. Elles ont eu la chance d’être adoptées par un très haut bourgeois…» Ces mots n avaient aucun sens pour moi. Mais je me disais: «Cet homme qui me parle doucement ne me refusera pas de me dire où sont mes filles. Sans doute, il a tué Magda. Mais c’est son métier. Je ne puis lui en vouloir. Son métier n’est pas de désespérer un malheureux père, il va parler…»

Belgodère souffla fortement et fixa des yeux hagards sur Fausta.

– Croyez-vous qu’il ait parlé? fit-il en éclatant d’un rire sauvage.

– Sans doute, dit doucement Fausta. Le contraire me semble une impossible monstruosité.

Belgodère grogna quelques mots confus dans sa langue de bohème. Puis il reprit:

– Je priai donc le bourreau de me dire où se trouvaient mes enfants. Il fit non de la tête. Je me remis à genoux comme la première fois. Et je le suppliai de me les montrer encore une fois, lui jurant que je n’entreprendrai pas de les enlever. Pour toute réponse, il me releva en me saisissant par les épaules. Je criai grâce et miséricorde. Alors, il me dit: «Écoute, bohème, je devrais t’arrêter et te conduire à l’official. En te laissant partir, comme je l’ai déjà fait une fois, je manque à mon devoir. Ne lasse pas ma patience, et va-t’en. – Mes filles! mes filles! hurlai-je. – Tes filles sont en bonnes mains. Elles seront plus heureuses qu’avec toi. – Je veux mes filles! Rends moi mes filles! – Allons, dit-il sans colère et sans pitié, va-t’en!…» Et comme la première fois, il m’empoigna, car si fort que je sois, cet homme est encore plus fort que moi, et il me jeta dans la rue… Alors, comme dans la nuit où j’avais tant pleuré Magda, j’allai m’asseoir dans le terrain vague et, la tête sur mes genoux, je réfléchis à mon malheur, et je fis le serment que Claude souffrirait exactement ce que j’avais souffert.

– Le serment est beau, sans doute, dit froidement Fausta. Reste à l’accomplir!

– Vous allez voir, dit Belgodère avec son rire terrible. Je n’étais pas pressé. J’eusse pu tuer Claude, mais cela me paraissait insuffisant. Je m’attachai donc à ses pas. Je le suivis partout où il allait. Et c’est ainsi que je sus qu’il avait une fille et que cette fille, il l’aimait, il l’adorait comme j’avais aimé, adoré ma Stella et ma Flora. Le jour où j’eus cette certitude, madame, je faillis devenir fou de joie… Comme moi, Claude aimait! Comme moi, Claude allait souffrir. Comme moi, il allait pleurer sa fille! Et comme mes filles à moi, la sienne allait vivre avec des étrangers, d’une autre race et d’une autre religion… Cette fille, madame, c’était Violetta…

– La fille de Claude? dit Fausta.

– Oui, répondit Belgodère étonné de la question.

– Violetta, c’est la fille de Claude?

– Sans doute! L’eussé-je haïe sans cela? En elle, c’est Claude que je hais. Mais pourquoi me demandez-vous cela?

– Pour être bien sûre que Violetta, c’est la fille de Claude. Du moment que tu en es sûr…

– Tout à fait. Je continue donc. Je ne tardai pas à m’apercevoir que le bourreau avait une vraie passion pour son enfant. C’est donc dans l’enfant que je résolus de le frapper, et je pris toutes mes dispositions en conséquence. Malheureusement, je vis un jour que j’étais suivi: je dus fuir, quitter la France. Les bohémiens sont patients dans leur amour et dans leur haine. J’attendis patiemment le temps nécessaire pour être oublié. Au bout de quelques années je revins: mon amour était mort, mais l’attente avait aiguisé les dents de ma haine, je revenais affamé de vengeance.

Belgodère frissonna. Fausta le contemplait et l’étudiait avec une sorte de curiosité funeste.

– Je m’emparai donc de Violetta, poursuivit le bohémien. Une nuit je pénétrai avec deux ou trois de mes compagnons dans la petite maison de Meudon où il la venait voir. Violetta était sous la garde d’une femme nommée Simonne. Pour que cette femme ne pût me dénoncer, je m’en emparai également. Puis je les fis partir dans la direction de la Bourgogne. Quant à moi, je demeurai à Paris pour juger du coup que j’avais porté. Il était terrible. En un moment, je craignais que Claude n’en mourût. Il se rétablit heureusement et, le laissant cuver sa douleur, je rejoignis ma troupe. J’avais mon idée sur Violetta.

– Que voulais-tu donc en faire? demanda Fausta.

– Quelque chose comme une ribaude que j’eusse un jour livrée à quelque seigneur. Alors, je me fusse présenté devant Claude pour lui dire.»Tu m’as volé mes filles, j’ai volé la tienne. Tu as fait de Flora et de Stella des chrétiennes, j’ai fait de Violetta une ribaude.» Et alors, je l’eusse tué… Le hasard a semblé favoriser ce plan; lorsque Violetta me parut à point dans son âge et sa beauté pour être livrée, je revins sur Paris. À Orléans, où je m’arrêtai assez longtemps, je vis qu’un puissant et beau seigneur rôdait autour de la petite. Je m’informai. J’appris que cet homme, c’était le duc de Guise, c’est-à-dire quelque chose de formidable dans ce pays. Celui-là ne lâcherait pas sa proie quand il la tiendrait!… Je vins donc à Paris, et ma bonne étoile voulut que je rencontrasse le duc aux portes de la ville. Je le vis plus amoureux que jamais: je convins d’un bon prix, ce qui ne gâtait rien dans mon affaire, et je livrai Violetta… Seulement, à partir de ce moment, les choses s’embrouillent: croyant conduire la petite au duc de Guise, c’est à vous que je l’amène!…

– Le regrettes-tu?…

– Je ne sais, dit Belgodère avec une hésitation; mon plan était bien combiné. À cette heure, tout me paraît remis en question. Voilà mon histoire, madame. À vous de tenir parole. Vous m’avez promis une belle vengeance…

– Violetta est au fond d’un cachot. Est-ce que cela ne te suffit pas?

– C’est comme si vous me demandiez si un verre d’eau me suffit pour étancher ma soif, alors qu’il me faut une bonne pinte de vin aux épices, bien rude au gosier, et coulant dans ma gorge comme du feu.

– Eh bien, que dirais-tu si je faisais pendre Violetta sous les yeux de Claude comme ta Magda fut pendue sous tes yeux?…

Un terrible sourire balafra le visage du bohémien.

– Pendue et brûlée! insista Fausta.

– Oh! oh! Et Claude verra la chose?…

– Il la verra.

– Et je serai près de Claude?

– Tu seras, près de lui!

– Et je pourrai lui parler? le forcer à regarder? lui dire que c’est moi qui ai pris son enfant et qui la livre au bûcher?

– Tu seras près de lui et tu lui diras ce que tu voudras.

– Par l’enfer, je n’eusse pas imaginé une aussi belle vengeance! gronda Belgodère avec un souffle de fauve flairant sa proie.

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