L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
Janacek se leva, puis se mit à taper du pied sur la roche lisse, enfonçant celui-ci plus profondément dans la bottine. « Ai-je besoin de préciser qu’il a opté pour un combat singulier ? Les choses auraient été bien différentes si Bretan Braith l’avait affronté en même temps que Chell Brasnu. Malgré ses blessures, Lorimaar n’a eu aucun mal à triompher du vieillard. Ils avaient opté pour l’arme blanche et le carré de la mort. Chell a reçu de nombreuses blessures, trop peut-être. Roseph croit qu’il se meurt à Larteyn. Bretan Braith est resté à son côté – et, détail plus important encore, il reste un Braith. » Janacek étala son glisseur sur le rocher.
« Avez-vous découvert quelque chose, à propos de Ruark ? » lui demanda Dirk.
Le Kavalar haussa les épaules. « Tout s’est passé à peu près comme nous l’avions escompté. Ruark a utilisé le système de communications intérieures de Larteyn pour contacter Lorimaar noble de Braith, et il lui a proposé de révéler où Jaan se trouvait si Lorimaar faisait de lui son korariel et lui accordait sa protection – nul ne semble savoir où se cache à présent le Kimdissi, soit dit en passant. Lorimaar ne s’est pas fait prier pour accepter. Jaan a eu de la chance, en ce sens qu’il se trouvait à l’intérieur de son véhicule quand les Braiths sont arrivés sur la terrasse de l’immeuble – ça lui a permis de prendre aussitôt la fuite. Ils se sont bien sûr précipités à sa poursuite – Raymaar l’a rattrapé au-delà des montagnes, mais lui aussi est un vieil homme, et un pilote bien moins expérimenté que Vikary. » La voix de Janacek contenait une trace de fierté joyeuse, semblable à celle d’un père qui vante les mérites de son enfant. « Le Braith a été abattu lors d’un combat aérien, mais l’appareil de Jaan a lui aussi été endommagé. Mon teyn a été forcé de se poser et de fuir, à pied. Il était déjà loin quand les nobles de Larteyn ont découvert l’endroit où son appareil s’était écrasé, et ils ont perdu du temps en portant assistance à Raymaar. » Il agita impatiemment sa main.
« Pourquoi vous être séparé de Lorimaar ? lui demanda encore Dirk.
— Pour quelle raison, selon vous ? Jaan est tout près, à présent. Il faut que je le retrouve en premier, avant eux. Quand Saanel a soutenu qu’il nous serait plus facile de traverser en aval, j’ai couru le risque d’affirmer le contraire. Lorimaar est trop las pour continuer à nourrir des soupçons à mon égard. Il ne pense qu’à la curée. Sa blessure le brûle toujours ! Il ne doit avoir en tête que le cadavre ensanglanté de Jaan, au point d’oublier qui il chasse vraiment. Je les ai donc laissés pour remonter seul le courant, craignant un moment d’avoir commis une erreur lourde de conséquences. Traverser en aval doit en effet être plus commode, n’est-ce pas ? »
Dirk hocha la tête.
Janacek sourit. « Votre arrivée est pour le moins providentielle, je dois le reconnaître.
— Il va falloir une autre intervention de la Providence pour retrouver Jaan, fit remarquer Dirk. Les Braiths ont sans doute déjà franchi le cours d’eau, à l’heure qu’il est – et ils ont des chiens.
— Cela ne m’inquiète pas outre mesure. Jaan s’enfuit en ligne droite, et je sais une chose que Lorimaar ignore : où il compte se rendre. Dans une grotte, t’Larien ! Mon teyn a toujours fait montre d’un intérêt particulier pour les cavernes. Durant notre enfance, dans l’étau de Jadefer, il m’a souvent emmené explorer les entrailles de la terre, me conduisant dans bien plus de mines abandonnées que je ne pouvais le souhaiter. Nous sommes même descendus à plusieurs reprises sous les antiques cités, sous les ruines d’étaux disparus depuis des siècles – des foyers noircis toujours hantés par les âmes en peine de ceux qui y avaient résidé. Jaan Vikary les connaissait tous. Il se faisait fort de me raconter leurs histoires tandis que nous les arpentions : des contes de Jamis-Lion Taal sur Aryn noble de Pierrelueur, sur les cannibales de la Loge de Noir Charbon. Il a toujours été un conteur extraordinaire. Il arrivait à faire revivre tous nos anciens héros – ainsi que les horreurs du passé. »
Dirk se surprit à sourire. « Vous faisait-il parfois peur, Garse ? »
Son interlocuteur éclata de rire. « Me faire peur ? Bien sûr ! Ses récits me terrifiaient. Mais j’ai appris à me contrôler. Nous étions alors très jeunes, t’Larien. Bien plus tard, c’est dans une caverne, sous les collines de Lameraan, que lui et moi nous sommes liés par le fer et par le feu.
— Très bien. Donc, Jaan apprécie les grottes…
— Une caverne s’ouvre à proximité de Kryne Lamiya, et sa seconde entrée débouche très près d’ici. On l’a explorée avec Gwen, durant notre première année sur Worlorn. Je pense que Jaan compte terminer sa fuite par le sous-sol. Nous devons absolument l’intercepter. » Il ramassa son fusil.
Dirk en fit de même avec son pistolet. « Vous ne le retrouverez jamais dans cette jungle, lui fit-il remarquer. Les étouffeurs offrent bien trop de cachettes.
— Moi, je le retrouverai, fit Janacek d’une voix passablement sèche. N’oubliez pas que nous sommes liés, t’Larien. Par le fer et le feu.
— Le fer nu, à présent. » il avait prononcé ces paroles en fixant ostensiblement le poignet droit de Janacek.
Le Jadefer eut son sourire caractéristique. « Non. » Il glissa une main dans sa poche ; une pierrelueur reposait dans sa paume quand il la ressortit. Un unique joyau, rond, aux facettes grossières, à peu près deux fois plus gros que le joyau-qui-murmure de Dirk. Sombre, presque opaque dans la clarté rougeâtre du matin.
Dirk le fixa un instant, puis effleura du doigt la gemme qu’il tenait dans sa paume. « Elle… elle est très froide », dit-il.
Janacek prit un air menaçant. « Non, bien au contraire. Elle brûle comme du feu. » La pierrelueur disparut dans sa poche. « Il existe de nombreuses histoires, t’Larien, des poèmes en ancien kavalar, des contes que l’on récite aux enfants dans les crèches des étaux. Même les eyn-kethi les connaissent. Elles les racontent à leur manière de femmes, mais Jaan Vikary les narre bien mieux qu’elles. Demandez-lui un jour de vous faire le récit des exploits que certains teyns ont accompli pour leur teyn. Il vous racontera des choses extraordinaires, vous narrera des actes d’héroïsme plus magnifiques encore, des faits de bravoure inimaginables. Je ne suis pas un bon conteur, sans quoi je vous en ferais moi-même le récit. Peut-être comprendriez-vous alors en partie ce que signifie d’être le teyn d’un homme, de porter le lien de fer et de feu.
— Peut-être le puis-je déjà. »
Un long silence s’abattit alors sur eux. Ils se tenaient sur ce rocher moussu et glissant, séparés par moins d’un mètre, leurs regards rivés l’un à l’autre. Janacek arborait un léger sourire. Le fleuve tourbillonnait sans trêve en contrebas – le bruit des flots les pressait de se hâter.
« Vous n’êtes pas un mauvais homme, t’Larien, finit par déclarer Janacek. Juste faible, car personne ne vous a jamais dit que vous étiez fort. »
De prime abord, cela aurait pu ressembler à une insulte. Mais le Kavalar ne semblait guère avoir en tête de telles intentions. Comme Dirk considérait ses paroles pour en déchiffrer le contenu réel, il leur trouva une seconde signification. « Donner un nom à une chose ? » fit-il en souriant à son tour.
Janacek fit un geste d’approbation. « Écoutez-moi bien, Dirk, car je ne le répéterai pas. Je me souviens fort bien de l’époque où je n’étais encore qu’un enfant, dans l’étau de Jadefer, quand on m’a pour la première fois mis en garde contre les simulacres. Une femme, une eyn-kethi (vous pourriez l’appeler ma mère, quand bien même une telle distinction n’existe pas sur mon monde), m’a conté leur légende. Mais c’était une version différente de celle que je devais entendre par la suite de la bouche des nobles. Les créatures contre lesquelles elle me mettait en garde n’étaient pas des démons. Ce n’étaient que des hommes, disait-elle, pas des pions étrangers, pas des loups-garous ou des suceurs d’âmes. Ils pouvaient cependant changer de forme, dans une certaine mesure – vu qu’ils n’en possédaient aucune. Ce n’étaient que des hommes auxquels on ne pouvait accorder aucune confiance, des hommes qui avaient oublié leur code, des hommes sans liens. Ils n’avaient rien de réel, ce n’étaient que des semblants d’humains sans substance. Me comprenez-vous ? La substance d’un être humain réside dans son nom, son lien, ses promesses. C’est ainsi que cette eyn-kethi m’a raconté la légende des simulacres. À l’en croire, c’était pour cette raison que les Kavalars prenaient des teyns et ne sortaient des étaux que par deux. Parce que… parce que l’illusion peut se renforcer quand on la matérialise par quelque chose de tangible, comme le fer.