L'agonie de la lumière
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 978-2-290-07572-2
- Переводчик: Jean-Pierre Pugi
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «L'agonie de la lumière». Краткое содержание книги:
Le vent était son compagnon ; Dirk acceptait avec gratitude le supplément de vitesse qu’il lui offrait. Il collait le bas de sa houppelande contre ses jambes, repoussait par instants ses longs cheveux devant ses yeux. C’était toute la forêt qu’il agitait ainsi. Il couchait les arbres les plus flexibles, ébranlait les plus rigides de son souffle violent, en en faisant tomber leurs ultimes feuilles. Seuls les étouffeurs paraissaient lui résister – et ils étaient innombrables. Il engendrait un petit bruit sauvage en se frayant un chemin dans l’enchevêtrement de leur ramure, un son en harmonie avec ce monde : c’était le vent de Kryne Lamiya en provenance des montagnes, contrôlé par les machines météorologiques d’Aubenoire. Il se ruait vers son destin, vers les tours blanches qui l’attendaient – comme autant de mains figées lui faisant signe d’approcher.
Dirk percevait également d’autres bruits : des mouvements bondissants dans les bois ; les hululements de prédateurs nocturnes ; le murmure d’une rivière ; le grondement de rapides. À plusieurs reprises il entendit les pépiements aigus des spectres arboricoles, il lui arriva même de distinguer leurs petites silhouettes se lancer d’une branche à l’autre. Ses sens lui semblaient devenir plus aiguisés à chaque seconde qui passait. Alors que son appareil survolait un grand lac, il entendit quelque chose plonger dans ses eaux noires – un bruit d’éclaboussement auquel bien d’autres succédèrent presque aussitôt. Un léger mugissement fit alors trembler la nuit au niveau de la rive, dans le lointain. Et sous ses pieds s’éleva sans tarder une réponse de défi : le long gémissement modulé d’un banshee.
Un son qui le glaça, la première fois qu’il l’entendit. Mais son inquiétude ne tarda pas à disparaître. Un tel prédateur constituait une terrible menace quand on croisait désarmé sa route dans la forêt – la mort incarnée, pour ainsi dire. Mais Dirk disposait d’un fusil et d’un pistolet à présent, aussi n’avait-il plus grand-chose à craindre de cette créature. Peut-être même était-elle son alliée – elle lui avait déjà sauvé la vie, par le passé ; peut-être recommencerait-elle.
Lorsque le banshee émit pour la deuxième fois sa lamentation modulée, toujours derrière lui, mais plus haut dans le ciel, Dirk se contenta de sourire. Il prit de l’altitude, afin de se retrouver au-dessus de la bête, puis effectua un lent looping dans l’espoir de l’entrevoir. Mais la créature se trouvait encore très loin de lui, aussi noire que sa houppelande. Tout ce qu’il parvint à distinguer, ce fut un vague mouvement au-dessus de la forêt – et peut-être s’agissait-il uniquement de branches agitées par le vent.
Se maintenant à la même altitude, il consulta sa boussole puis vira sur l’aile afin de prendre la direction de Kryne Lamiya. À deux autres reprises, cette nuit-là, il crut entendre le banshee crier quelque chose à son intention – mais les sons étaient si lointains, si faibles, qu’il ne pouvait en avoir la certitude.
Le ciel commençait à s’éclaircir à l’est quand Dirk entendit pour la première fois des notes traînantes, des bouffées de désespoir, trop familières à son goût. La cité aubienne était très proche.
Il ralentit jusqu’à faire du surplace, sourcils froncés. Le chemin qu’il avait suivi était celui que Jaan Vikary aurait normalement dû emprunter, or il n’avait vu personne. Partir du principe que Jaan choisirait de gagner Kryne Lamiya avait peut-être été une erreur, bien sûr. Le Kavalar avait fort bien pu décider d’entraîner ses poursuivants dans une autre direction. Mais Dirk n’en était nullement convaincu. Il était bien plus probablement passé au-dessus de lui et des chasseurs sans les voir, sous le couvert de la nuit.
Il décida donc de parcourir en sens inverse le trajet qu’il venait d’accomplir. Les doigts spectraux de Lamiya-Bailis venaient lui caresser les joues comme il volait contre le vent. Le jour, espérait-il, allait rendre sa tâche plus aisée.
L’Œil de Satan se leva, bientôt suivi par les Soleils troyens. De petits rubans de nuages gris-blanc traversaient en hâte le ciel désolé, la brume matinale déambulait au ras du sol dans la forêt. Les bois virèrent du noir au jaune-brun. Partout, les étouffeurs s’enlaçaient comme des amoureux timides ; des reflets rougeâtres brillaient faiblement sur leurs branches cireuses. S’élevant pour élargir son horizon, Dirk vit alors le soleil miroiter sur les eaux du fleuve ; des lacs démesurés sans aucun reflet, couverts d’une pellicule verdâtre ; une étendue de neige, ou du moins ce qu’il prit pour telle tant qu’il ne la survola pas – il s’agissait en réalité d’une vaste étendue couverte de champignons d’un blanc sale.
Il remarqua également une faille, une balafre rocheuse qui traversait la forêt du nord au sud, aussi rectiligne que si quelqu’un l’avait tracée à la règle. Des marécages odorants de boue noire et brune bordaient les rives d’un large fleuve au cours très lent, non loin d’un escarpement de pierre grise, érodé par les éléments, qui s’élevait de façon inattendue au sein de la jungle. Des étouffeurs se dressaient au pied de la falaise, d’autres se penchaient selon des angles invraisemblables à son sommet. Mais il n’y avait rien sur la paroi verticale proprement dite, hormis quelques lichens et la carcasse d’un énorme oiseau mort dans son nid.
Il ne découvrit nulle part la moindre trace de Jaan Vikary ou de ses poursuivants.
Les muscles de Dirk étaient perclus de fatigue avant même la fin de la matinée. Son bras l’élançait de plus belle, et ses espoirs s’amenuisaient à chaque seconde qui passait. La jungle s’étendait à perte de vue, tel un tapis jaune dans lequel il cherchait une minuscule épingle, un monde silencieux enveloppé par la pénombre. Il vira en direction de Kryne Lamiya, convaincu d’être allé trop loin, puis poursuivit son vol en zigzag afin de couvrir davantage de terrain. Vers midi, épuisé, il décida de prolonger ses recherches dans la zone où ils avaient le plus de chances de se trouver. Il prit donc la direction du centre de la forêt en décrivant une large spirale.
Et il entendit alors le cri du banshee.
Cette fois, Dirk put le voir. La créature volait à basse altitude, presque au ras des arbres. Elle semblait incroyablement lente, presque immobile. Son corps triangulaire donnait l’impression d’à peine se mouvoir dans les vents d’Aubenoire, avec ses ailes tendues. Pour changer de direction, il empruntait un courant ascendant et virait selon une courbe très douce, avant de redescendre. Dirk, qui n’avait rien d’autre à faire, se mit à le suivre.
Le banshee hurla. Un son terrible, qui s’éternisa dans les airs.
Puis Dirk entendit une réponse.
Il effleura le boîtier qui se trouvait dans sa paume ; son appareil entama aussitôt une rapide descente en piqué. T’Larien tendait l’oreille, sur ses gardes. Le son restait très faible, mais il était impossible de se tromper sur sa nature – une meute de chiens qui aboyaient furieusement, de colère et de peur. Ayant perdu le banshee de vue, il se mit en quête de l’endroit d’où provenaient les jappements. Ceux-ci s’étaient tus, mais il avait remarqué qu’ils émanaient du nord.
Un chien se lança alors dans un concert de hurlements.
Dirk en fut un court instant alarmé. S’il volait trop bas, la meute risquait d’aboyer après lui – un risque qu’il n’était pas prêt à courir. Sa houppelande imitait de son mieux les couleurs passées du ciel de Worlorn, mais le métal argenté de son glisseur le révélerait immédiatement à la vue de quiconque lèverait les yeux. Or, avec un banshee à proximité, les Braiths devaient scruter le ciel.
Mais il n’avait guère le choix s’il voulait venir en aide à Jaan Vikary, et à sa Jenny. Il poursuivit donc sa descente, les doigts crispés sur son arme. Un fleuve bleu-vert au cours rapide traversait la forêt. T’Larien plongea sans quitter le sol des yeux. Il entendait le bruit des rapides, les cherchait du regard – et finit par les découvrir. Vu du ciel, leur tumulte lui paraissait des plus dangereux. Des roches nues en émergeaient tels des chicots de dents cariées, informes et bruns, entourés par les flots bouillonnants et les étouffeurs qui assiégeaient les rives. En aval, le fleuve allait s’élargissant et s’apaisait quelque peu. Dirk regarda un court instant dans cette direction, pour ensuite revenir sur les rapides. Après avoir franchi le cours d’eau, il fit demi-tour et le traversa encore une fois.