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Maupassant

Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:

Ce livre des œuvres complètes de Guy de Maupassant est exhaustif. Il réunit ses huit romans (dont deux inachevés), ses quelques 350 nouvelles réunies en 24 recueils, ses sept pièces de théâtre (dont deux inachevées), toutes ses poésies (réunies en deux volumes), ses carnets de voyages ainsi que les centaines d’articles qu’il écrivit pour la presse entre 1876 et 1891 (classées par dates de publication et par recueils annuels). Une introduction de l’éditeur explique le parcours et l’œuvre de Guy de Maupassant. Ce livre est le fruit d'une somme de travail considérable. Les quelques milliers de pages de « Maupassant : Œuvres complètes » sont réparties en 57 volumes, ayant chacun un sommaire interactif propre. Aussi, un sommaire général permet d’accéder instantanément à n'importe lequel de ses volumes, ou, au choix, à un de ses chapitres, nouvelles, contes fantastiques, poésies, articles de presse, etc. Toutes ces œuvres ont été relues, corrigées lorsque cela était nécessaire, et mises en page avec soin pour en rendre leur lecture aussi agréable que possible.
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
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Victor Lecoq semblait chez lui, causait de temps en temps avec Céleste, prenait l’enfant sur ses genoux et l’embrassait. Et Céleste lui redonnait de la nourriture, lui versait à boire, paraissait contente en lui parlant. Le père Amable les suivait d’un regard fixe sans entendre ce qu’ils disaient. Quand il eut fini de souper (et il n’avait guère mangé tant il se sentait le cœur retourné), il se leva, et au lieu de monter à son grenier comme tous les soirs, il ouvrit la porte de la cour et sortit dans la campagne. Lorsqu’il fut parti, Céleste, un peu inquiète, demanda :

— Qué qui fait ?

Victor, indifférent, répondit :

— T’en éluge point. I rentrera ben quand i’s’ra las.

Alors elle fit le ménage, lava les assiettes, essuya la table, tandis que l’homme se déshabillait avec tranquillité. Puis il se glissa dans la couche obscure et profonde où elle avait dormi avec Césaire.

La porte de la cour se rouvrit. Le père Amable reparut. Dès qu’il fut entré, il regarda de tous les côtés avec des allures de vieux chien qui flaire. Il cherchait Victor Lecoq. Comme il ne le voyait point, il prit la chandelle sur la table et s’approcha de la niche sombre où son fils était mort. Dans le fond il aperçut l’homme allongé sous les draps et qui sommeillait déjà. Alors le sourd se retourna doucement, reposa la chandelle, et ressortit encore une fois dans la cour.

Céleste avait fini de travailler, elle avait couché son fils, mis tout en place, et elle attendait, pour s’étendre à son tour aux côtés de Victor, que son beau-père fût revenu. Elle demeurait assise sur une chaise, les mains inertes, le regard vague.

Comme il ne rentrait point, elle murmura avec ennui, avec humeur :

— I nous f’ra brûler pour quatre sous de chandelle, ce vieux fainéant.

Victor répondit au fond de son lit :

— V’là plus d’une heure qu’il est dehors, faudrait voir s’il n’dort point sur l’banc d’vant la porte.

Elle annonça :

— J’y vas, se leva, prit la lumière et sortit en faisant un abat-jour de sa main pour distinguer dans la nuit.

Elle ne vit rien devant la porte, rien sur le banc, rien sur le fumier, où le père avait coutume de s’asseoir au chaud quelquefois.

Mais, comme elle allait rentrer, elle leva par hasard les yeux vers le grand pommier qui abritait l’entrée de la ferme, et elle aperçut tout à coup deux pieds, deux pieds d’homme qui pendaient à la hauteur de son visage.

Elle poussa des cris terribles :

— Victor ! Victor ! Victor !

Il accourut en chemise. Elle ne pouvait plus parler, et, tournant la tête pour ne pas voir, elle indiquait l’arbre de son bras tendu.

Ne comprenant point, il prit la chandelle afin de distinguer, et il aperçut, au milieu des feuillages éclairés en dessous, le père Amable, pendu très haut par le cou au moyen d’un licol d’écurie.

Une échelle restait appuyée contre le tronc du pommier.

Victor courut chercher une serpe, grimpa dans l’arbre et coupa la corde. Mais le vieux était déjà froid, et il tirait la langue horriblement, avec une affreuse grimace.

30 avril — 4 mai 1886

FIN

Contes divers (1886)

VOYAGE DE SANTÉ

M. Panard était un homme prudent qui avait peur de tout dans la vie. Il avait peur des tuiles, des chutes, des fiacres, des chemins de fer, de tous les accidents possibles, mais surtout des maladies.

Il avait compris, avec une extrême prévoyance, combien notre existence est menacée sans cesse par tout ce qui nous entoure. La vue d’une marche le faisait penser aux entorses, aux bras et aux jambes cassés, la vue d’une vitre aux affreuses blessures par le verre, la vue d’un chat, aux yeux crevés ; et il vivait avec une prudence méticuleuse, une prudence réfléchie, patiente, complète.

Il disait à sa femme, une brave femme qui se prêtait à ses manies : « Songe, ma bonne, comme il faut peu de chose pour estropier ou pour détruire un homme. C’est effrayant d’y penser. On sort bien portant ; on traverse une rue, une voiture arrive et vous passe dessus ; ou bien on s’arrête cinq minutes sous une porte cochère à causer avec un ami ; et on ne sent pas un petit courant d’air qui vous glisse le long du dos et vous flanque une fluxion de poitrine. Et cela suffit. C’en est fait de vous. »

Il s’intéressait d’une façon particulière à l’article Santé publique, dans les journaux ; connaissait le chiffre normal des morts en temps ordinaire, suivant les saisons, la marche et les caprices des épidémies, leurs symptômes, leur durée probable, la manière de les prévenir, de les arrêter, de les soigner. Il possédait une bibliothèque médicale de tous les ouvrages relatifs aux traitements mis à la portée du public par les médecins vulgarisateurs et pratiques.

Il avait cru à Raspail, à l’homéopathie, à la médecine dosimétrique, à la métallothérapie, à l’électricité, au massage, à tous les systèmes qu’on suppose infaillibles, pendant six mois, contre tous les maux. Aujourd’hui, il était un peu revenu de sa confiance, et il pensait avec sagesse que le meilleur moyen d’éviter les maladies consiste à les fuir.

Or, vers le commencement de l’hiver dernier, M. Panard apprit par son journal que Paris subissait une légère épidémie de fièvre typhoïde : une inquiétude aussitôt l’envahit, qui devint, en peu de temps, une obsession. Il achetait, chaque matin, deux ou trois feuilles pour faire une moyenne avec leurs renseignements contradictoires ; et il fut bien vite convaincu que son quartier était particulièrement éprouvé.

Alors il alla voir son médecin pour lui demander conseil. Que devait-il faire ? Rester ou s’en aller ? Sur les réponses évasives du Docteur, M. Panard conclut qu’il y avait danger et il se résolut au départ. Il rentra donc pour délibérer avec sa femme. Où iraient-ils ?

Il demandait :

« Penses-tu, ma bonne, que Pau soit ce qu’il nous faut ? »

Elle avait envie de voir Nice et répondit :

« On prétend qu’il y fait assez froid, à cause du voisinage des Pyrénées. Cannes doit être plus sain, puisque les princes d’Orléans y vont. »

Ce raisonnement convainquit son mari. Il hésitait encore un peu, cependant.

« Oui, mais la Méditerranée a le choléra depuis deux ans.

— Ah ! Mon ami, il n’y est jamais pendant l’hiver. Songe que le monde entier se donne rendez-vous sur cette côte.

— Ça, c’est vrai. Dans tous les cas, emporte des désinfectants et prends soin de faire compléter ma pharmacie de voyage. »

Ils partirent un lundi matin. En arrivant à la gare, Mme Panard remit à son mari sa valise personnelle :

« Tiens, dit-elle, voilà tes affaires de santé bien en ordre.

— Merci, ma bonne. »

Et ils montèrent dans le train.

Après avoir lu beaucoup d’ouvrages sur les stations hygiéniques de la Méditerranée, ouvrages écrits par les médecins de chaque ville du littoral, et dont chacun exaltait sa plage au détriment des autres, M. Panard, qui avait passé par les plus grandes perplexités, venait enfin de se décider pour Saint-Raphaël, par cette seule raison qu’il avait vu, parmi les noms des principaux propriétaires, ceux de plusieurs professeurs de la Faculté de médecine de Paris.

S’ils habitaient là, c’était assurément que le pays était sain.

Donc il descendit à Saint-Raphaël et se rendit immédiatement dans un hôtel dont il avait lu le nom dans le guide Sarty, qui est le Conty des stations d’hiver de cette côte.

Déjà des préoccupations nouvelles l’assaillaient. Quoi de moins sûr qu’un hôtel, surtout dans ce pays recherché par les poitrinaires ? Combien de malades, et quels malades, ont couché sur ces matelas, dans ces couvertures, sur ces oreillers, laissant aux laines, aux plumes, aux toiles, mille germes imperceptibles venus de leur peau, de leur haleine, de leurs fièvres ? Comment oserait-il se coucher dans ces lits suspects, dormir avec le cauchemar d’un homme agonisant sur la même couche, quelques jours plus tôt ?

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