Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
Pipeau recula jusqu’à la carcasse de poulet qu’on lui avait apportée et à laquelle il n’avait pas touché, soit par tristesse, soit qu’il voulut ménager ses provisions. Il la prit dans sa gueule et l’apporta, oui, l’apporta… à qui? à Proserpine? pas du tout: à Pluton!
Pluton était un chien féroce et bête. Il se précipita sur la carcasse et la dévora incontinent. Après quoi il jeta sur Pipeau un regard d’étonnement et de reconnaissance; et, en signe de paix, agita sa queue, puis se coucha tranquillement.
Pipeau comprit que dès lors, il était admis dans l’amitié du gros chien.
Il se retourna aussitôt vers Proserpine et, en toute sécurité, commença ses salamalecs.
Lorsque les deux hommes s’en allèrent, Pluton et Proserpine suivirent. Tout naturellement, Pipeau suivit.
Il oublia l’amitié pour l’amour. Il oublia sa tristesse. Il oublia son maître disparu. Il eût suivi Proserpine au bout du monde, d’autant plus que la ribaude faisait des grâces, jouait avec lui, et paraissait disposée à lui accorder ses faveurs.
Pluton marchait gravement, et peut-être se disait-il qu’après tout un camarade qui offrait ainsi des carcasses de poulet méritait bien un petit sacrifice de sa part.
La bande arriva jusqu’à une grande maison de la rue des Fossés-Montmartre; une lourde porte s’ouvrit, et Pipeau, se faufilant en douceur entre Proserpine et Pluton, entra dans la maison!…
La porte se referma.
Pipeau était l’hôte du maréchal de Damville et d’Orthès, vicomte d’Aspremont!…
XXV L’AMIRAL COLIGNY
Nous laisserons Pipeau s’occuper de ses amours, nous laisserons Catho, l’hôtesse des Deux morts qui parlent, s’occuper, en compagnie de la Roussotte et de Pâquette, d’une mystérieuse affaire pour laquelle elle se démenait fort, et avant de revenir aux Pardaillan qui, dans la prison du Temple, attendent l’heure lugubre où leur sera appliquée la question, nous conduirons nos lecteurs au Louvre.
Depuis le lundi 18 août, les fêtes succèdent aux fêtes.
Les huguenots sont radieux.
Catherine de Médicis se montre charmante pour tous.
Charles IX, seul, méfiant et taciturne, semble promener dans toute cette joie une incurable mélancolie.
Le vendredi 22 août, de bon matin, l’amiral Coligny quitta son hôtel de la rue de Béthisy et se rendit au Louvre.
Il était escorté, comme toujours, de cinq ou six gentilshommes huguenots et portait sous son bras une liasse de papiers.
C’était le plan définitif de la campagne qu’on allait entreprendre contre les Pays-Bas et dont Coligny devait avoir le commandement suprême.
Le roi devait étudier ce plan avec l’amiral et lui donner la dernière approbation.
L’état général des dépenses nécessitées par la campagne y était indiqué avec une minutie et une prévoyance qui prouvaient l’expérience consommée du vieux chef huguenot. Les attributions de la cavalerie se trouvaient réduites dans de notables proportions au bénéfice de l’artillerie.
– Si je pouvais, répétait Coligny, je n’emporterai que des canons avec moi.
Charles IX venait de se lever lorsque l’amiral arriva aux appartements du roi déjà envahis par la foule des courtisans. Il était ce matin-là de bonne humeur, et lorsqu’il aperçut Coligny, il alla à sa rencontre, le pressa tendrement dans ses bras et s’écria:
– Mon bon père, j’ai rêvé cette nuit que vous me battiez!
– Moi, Sire!
– Oui, oui, vous-même.
Déjà l’inquiétude se peignait sur le visage des huguenots présents, tandis que les catholiques ricanaient.
Les uns et les autres pressentaient quelqu’une de ces terribles plaisanteries dont Charles IX était coutumier.
Mais le roi, éclatant de rire, continua:
– Vous me battiez à la paume! Conçoit-on cela? Moi, le premier joueur de France.
– Et de Navarre, Sire! dit en souriant Henri de Béarn. Chacun sait que mon cousin Charles est imbattable à la paume.
Charles IX remercia Henri d’un geste gracieux et reprit:
– Amiral, je veux reprendre ma revanche sur mon rêve. Venez.
– Mais, sire, dit Coligny, Votre Majesté n’ignore pas que je n’ai jamais tenu une raquette…
– Allons, bon! Et moi qui comptais vous battre!
– Sire, dit alors Téligny, si Votre Majesté le permet, je serai en cette occasion le tenant de M. l’amiral que j’ai bien le droit d’appeler mon père et je relèverai en son nom le défi.
– Vrai Dieu, monsieur, vous êtes un charmant homme et vous me faites grand plaisir. Amiral, nous causerons ce soir de choses sérieuses, car je vois aux redoutables papiers que vous tenez sous le bras, que vous me vouliez faire travailler. Vous me pardonnez, n’est-ce pas, mon bon père? Venez, monsieur de Téligny. Venez aussi, monsieur de Guise.
Et le roi, sifflant une fanfare de chasse, descendit au jeu de paume, suivi de tous ses courtisans. Deux camps furent formés et la partie commença aussitôt par un coup superbe du roi qui excellait véritablement à cet exercice.
Coligny était demeuré avec quelques gentilshommes et le vieux général des galères La Garde, qu’on appelait familièrement le capitaine Paulin.
Antoine Escalin des Aismars, baron de La Garde, était un soldat d’aventure. Pauvre, né de parents obscurs, il s’était élevé de grade en grade jusqu’au titre de général des galères, qui correspond à peu près à ce que nous appelons un contre-amiral.
C’était un homme froid, sans scrupule, féroce dans la bataille, catholique enragé par politique plutôt que par dévotion; mais il avait conçu pour Coligny une sorte d’admiration et d’estime; il s’intéressait fort à la campagne projetée, espérant y conquérir quelque nouvelle faveur.
Coligny l’avait spécialement chargé d’armer les vaisseaux qui devaient servir, car on comptait attaquer le duc d’Albe par terre et par mer; et le vieux La Garde s’était acquitté de sa mission avec le plus grand zèle: la flotte était prête.
Cet homme avait-il eu vent de quelque trahison?
Avait-il flairé les projets de Catherine?
C’est probable. Mais, courtisan avisé autant que guerrier, sans peur, il gardait pour lui ses impressions, et il avait coutume de dire à ses familiers:
– Attendons que souffle la tempête pour savoir de quel bord il faut virer.
Coligny eut avec lui un long entretien qui dura deux heures.
Ceci se passait dans l’antichambre même du roi, en une embrasure de fenêtre où La Garde avait tiré un fauteuil. Et c’est sur ce fauteuil que Coligny avait déroulé ses plans. Ils avaient fini par se mettre à genoux tous les deux près du fauteuil, pour examiner de plus près une carte que l’amiral avait étalée.
Et ils étaient si profondément plongés dans leur étude qu’ils ne virent pas la reine Catherine de Médicis sortir des appartements du roi, traverser l’antichambre, saluée au passage par les gentilshommes présents, et s’enfoncer dans une galerie, lente, pâle, glaciale comme un spectre sous ses vêtements noirs.
Depuis la terrible scène de Saint-Germain-l’Auxerrois, Catherine paraissait troublée.
Ses résolutions vacillaient.
Parfois, elle s’arrêtait court dans les longues promenades solitaires qu’elle faisait dans son oratoire, et qui se fût trouvé près d’elle l’eût entendue murmurer alors: