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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– En sorte que?

– En sorte que rien n’est changé aux dispositions de la journée.

– Et l’on répète le ballet ce soir?

– Certainement.

– Vous en êtes sûr?

– Très sûr.

En ce moment de la conversation des deux jeunes gens, Raoul entra le front soucieux.

En l’apercevant, le chevalier, qui avait pour lui, comme pour tout noble caractère, une haine secrète, le chevalier se leva.

– Vous me conseillez donc, alors?… demanda de Guiche au chevalier.

– Je vous conseille de dormir tranquille, mon cher comte.

– Et moi, de Guiche, dit Raoul, je vous donnerai un conseil tout contraire.

– Lequel, ami?

– Celui de monter à cheval, et de partir pour une de vos terres; arrivé là, si vous voulez suivre le conseil du chevalier, vous y dormirez aussi longtemps et aussi tranquillement que la chose pourra vous être agréable.

– Comment, partir? s’écria le chevalier en jouant la surprise; et pourquoi de Guiche partirait-il?

– Parce que, et vous ne devez pas l’ignorer, vous surtout, parce que tout le monde parle déjà d’une scène qui se serait passée ici entre Monsieur et de Guiche.

De Guiche pâlit.

– Nullement, répondit le chevalier, nullement, et vous avez été mal instruit, monsieur de Bragelonne.

– J’ai été parfaitement instruit, au contraire, monsieur, répondit Raoul, et le conseil que je donne à de Guiche est un conseil d’ami.

Pendant ce débat, de Guiche, un peu atterré, regardait alternativement l’un et l’autre de ses deux conseillers.

Il sentait en lui-même qu’un jeu, important pour le reste de sa vie, se jouait à ce moment-là.

– N’est-ce pas, dit le chevalier interpellant le comte lui-même, n’est-ce pas, de Guiche, que la scène n’a pas été aussi orageuse que semble le penser M. le vicomte de Bragelonne, qui, d’ailleurs, n’était pas là?

– Monsieur, insista Raoul, orageuse ou non, ce n’est pas précisément de la scène elle-même que je parle, mais des suites qu’elle peut avoir. Je sais que Monsieur a menacé; je sais que Madame a pleuré.

– Madame a pleuré? s’écria imprudemment de Guiche en joignant les mains.

– Ah! par exemple, dit en riant le chevalier, voilà un détail que j’ignorais. Vous êtes décidément mieux instruit que moi, monsieur de Bragelonne.

– Et c’est aussi comme étant mieux instruit que vous, chevalier, que j’insiste pour que de Guiche s’éloigne.

– Mais non, non encore une fois, je regrette de vous contredire, monsieur le vicomte, mais ce départ est inutile.

– Il est urgent.

– Mais pourquoi s’éloignerait-il? Voyons.

– Mais le roi? le roi?

– Le roi! s’écria de Guiche.

– Eh! oui, te dis-je, le roi prend l’affaire à cœur.

– Bah! dit le chevalier, le roi aime de Guiche et surtout son père; songez que, si le comte partait, ce serait avouer qu’il a fait quelque chose de répréhensible.

– Comment cela?

– Sans doute, quand on fuit, c’est qu’on est coupable ou qu’on a peur.

– Ou bien que l’on boude, comme un homme accusé à tort, dit Bragelonne; donnons à son départ le caractère de la bouderie, rien n’est plus facile; nous dirons que nous avons fait tous deux ce que nous avons pu pour le retenir, et vous au moins ne mentirez pas. Allons! allons! de Guiche, vous êtes innocent; la scène d’aujourd’hui a dû vous blesser; partez, partez, de Guiche.

– Eh! non, de Guiche, restez, dit le chevalier, restez, justement, comme le disait M. de Bragelonne, parce que vous êtes innocent. Pardon, encore une fois, vicomte; mais je suis d’un avis tout opposé au vôtre.

– Libre à vous, monsieur; mais remarquez bien que l’exil que de Guiche s’imposera lui-même sera un exil de courte durée. Il le fera cesser lorsqu’il voudra, et, revenant d’un exil volontaire, il trouvera le sourire sur toutes les bouches; tandis qu’au contraire une mauvaise humeur du roi peut amener un orage dont personne n’oserait prévoir le terme.

Le chevalier sourit.

– C’est pardieu! bien ce que je veux, murmura-t-il tout bas, et pour lui même.

Et en même temps, il haussait les épaules.

Ce mouvement n’échappa point au comte; il craignit, s’il quittait la cour, de paraître céder à un sentiment de crainte.

– Non, non, s’écria-t-il; c’est décidé. Je reste, Bragelonne.

– Prophète je suis, dit tristement Raoul. Malheur à toi, de Guiche, malheur!

– Moi aussi, je suis prophète, mais pas prophète de malheur; au contraire, comte, et je vous dis: Restez, restez.

– Le ballet se répète toujours, demanda de Guiche, vous en êtes sûr?

– Parfaitement sûr.

– Eh bien! tu le vois, Raoul, reprit de Guiche en s’efforçant de sourire; tu le vois, ce n’est pas une cour bien sombre et bien préparée aux guerres intestines qu’une cour où l’on danse avec une telle assiduité. Voyons, avoue cela, Raoul.

Raoul secoua la tête.

– Je n’ai plus rien à dire, répliqua-t-il.

– Mais enfin, demanda le chevalier, curieux de savoir à quelle source Raoul avait puisé des renseignements dont il était forcé de reconnaître intérieurement l’exactitude, vous vous dites bien informé, monsieur le vicomte; comment le seriez-vous mieux que moi qui suis des plus intimes du prince?

– Monsieur, répondit Raoul, devant une pareille déclaration, je m’incline. Oui, vous devez être parfaitement informé, je le reconnais, et, comme un homme d’honneur est incapable de dire autre chose que ce qu’il sait, de parler autrement qu’il ne le pense, je me tais, me reconnais vaincu, et vous laisse le champ de bataille.

Et effectivement, Raoul, en homme qui paraît ne désirer que le repos, s’enfonça dans un vaste fauteuil, tandis que le comte appelait ses gens pour se faire habiller.

Le chevalier sentait l’heure s’écouler et désirait partir; mais il craignait aussi que Raoul, demeuré seul avec de Guiche, ne le décidât à rompre la partie.

Il usa donc de sa dernière ressource.

– Madame sera resplendissante, dit-il; elle essaie aujourd’hui son costume de Pomone.

– Ah! c’est vrai, s’écria le comte.

– Oui, oui, continua le chevalier: elle vient de donner ses ordres en conséquence. Vous savez, monsieur de Bragelonne, que c’est le roi qui fait le Printemps.

– Ce sera admirable, dit de Guiche, et voilà une raison meilleure que toutes celles que vous m’avez données pour rester; c’est que, comme c’est moi qui fais Vertumne et qui danse le pas avec Madame, je ne puis m’en aller sans un ordre du roi, attendu que mon départ désorganiserait le ballet.

– Et moi, dit le chevalier, je fais un simple égypan; il est vrai que je suis mauvais danseur, et que j’ai la jambe mal faite. Messieurs, au revoir. N’oubliez pas la corbeille de fruits que vous devez offrir à Pomone, comte.

– Oh! je n’oublierai rien, soyez tranquille, dit de Guiche transporté.

– Je suis bien sûr qu’il ne partira plus maintenant, murmura en sortant le chevalier de Lorraine.

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