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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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Mais ce sentiment chez elle devait être passif, tandis que chez le roi il ne pouvait manquer d’agir avec toute la véhémence naturelle à l’esprit inflammable d’un jeune homme, et d’un jeune homme qui n’a qu’à vouloir pour voir ses volontés exécutées.

Le roi annonça d’abord à Monsieur que tout était pacifié: que Madame avait pour lui le plus grand respect, la plus sincère affection; mais que c’était un caractère altier, ombrageux même, et dont il fallait soigneusement ménager les susceptibilités. Monsieur répliqua, sur le ton aigre-doux qu’il prenait d’ordinaire avec son frère, qu’il ne s’expliquait pas bien les susceptibilités d’une femme dont la conduite pouvait, à son avis, donner prise à quelque censure, et que si quelqu’un avait droit d’être blessé, c’était à lui, Monsieur, que ce droit appartenait sans conteste.

Mais alors le roi répondit d’un ton assez vif et qui prouvait tout l’intérêt qu’il prenait à sa belle-sœur:

– Madame est au-dessus des censures, Dieu merci!

– Des autres, oui, j’en conviens, dit Monsieur, mais pas des miennes, je présume.

– Eh bien! dit le roi, à vous, mon frère, je dirai que la conduite de Madame ne mérite pas vos censures. Oui, c’est sans doute une jeune femme fort distraite et fort étrange, mais qui fait profession des meilleurs sentiments. Le caractère anglais n’est pas toujours bien compris en France, mon frère, et la liberté des mœurs anglaises étonne parfois ceux qui ne savent pas combien cette liberté est rehaussée d’innocence.

– Ah! dit Monsieur, de plus en plus piqué, dès que Votre Majesté absout ma femme, que j’accuse, ma femme n’est pas coupable, et je n’ai rien à dire.

– Mon frère, repartit vivement le roi, qui sentait la voix de la conscience murmurer tout bas à son cœur que Monsieur n’avait pas tout à fait tort, mon frère, ce que j’en dis et surtout ce que j’en fais, c’est pour votre bonheur. J’ai appris que vous vous étiez plaint d’un manque de confiance ou d’égards de la part de Madame, et je n’ai point voulu que votre inquiétude se prolongeât plus longtemps. Il entre dans mon devoir de surveiller votre maison comme celle du plus humble de mes sujets. J’ai donc vu avec le plus grand plaisir que vos alarmes n’avaient aucun fondement.

– Et, continua Monsieur d’un ton interrogateur et en fixant les yeux sur son frère, ce que Votre Majesté a reconnu pour Madame, et je m’incline devant votre sagesse royale, l’avez-vous aussi vérifié pour ceux qui ont été la cause du scandale dont je me plains?

– Vous avez raison, mon frère, dit le roi; j’aviserai.

Ces mots renfermaient un ordre en même temps qu’une consolation. Le prince le sentit et se retira.

Quant à Louis, il alla retrouver sa mère; il sentait qu’il avait besoin d’une absolution plus complète que celle qu’il venait de recevoir de son frère.

Anne d’Autriche n’avait pas pour M. de Guiche les mêmes raisons d’indulgence qu’elle avait eues pour Buckingham.

Elle vit, aux premiers mots, que Louis n’était pas disposé à être sévère, elle le fut.

C’était une des ruses habituelles de la bonne reine pour arriver à connaître la vérité.

Mais Louis n’en était plus à son apprentissage: depuis près d’un an déjà, il était roi. Pendant cette année, il avait eu le temps d’apprendre à dissimuler.

Écoutant Anne d’Autriche, afin de la laisser dévoiler toute sa pensée, l’approuvant seulement du regard et du geste, il se convainquit, à certains coups d’œil profonds, à certaines insinuations habiles, que la reine, si perspicace en matière de galanterie, avait, sinon deviné, du moins soupçonné sa faiblesse pour Madame.

De toutes ses auxiliaires, Anne d’Autriche devait être la plus importante: de toutes ses ennemies, Anne d’Autriche eût été la plus dangereuse.

Louis changea donc de manœuvre, Il chargea Madame, excusa Monsieur, écouta ce que sa mère disait de Guiche comme il avait écouté ce qu’elle avait dit de Buckingham.

Puis, quand il vit qu’elle croyait avoir remporté sur lui une victoire complète, il la quitta.

Toute la cour, c’est-à-dire tous les favoris et les familiers, et ils étaient nombreux, puisque l’on comptait déjà cinq maîtres, se réunirent au soir pour la répétition du ballet.

Cet intervalle avait été rempli pour le pauvre de Guiche par quelques visites qu’il avait reçues.

Au nombre de ces visites, il en était une qu’il espérait et craignait presque d’un égal sentiment. C’était celle du chevalier de Lorraine. Vers les trois heures de l’après-midi, le chevalier de Lorraine entra chez de Guiche.

Son aspect était des plus rassurants. Monsieur, dit-il à de Guiche, était de charmante humeur, et l’on n’eût pas dit que le moindre nuage eût passé sur le ciel conjugal.

D’ailleurs, Monsieur avait si peu de rancune!

Depuis très longtemps à la cour, le chevalier de Lorraine avait établi que, des deux fils de Louis XIII, Monsieur était celui qui avait pris le caractère paternel, le caractère flottant, irrésolu; bon par élan, mauvais au fond, mais certainement nul pour ses amis.

Il avait surtout ranimé de Guiche en lui démontrant que Madame arriverait avant peu à mener son mari, et que, par conséquent, celui-là gouvernerait Monsieur qui parviendrait à gouverner Madame.

Ce à quoi de Guiche, plein de défiance et de présence d’esprit, avait répondu:

– Oui, chevalier; mais je crois Madame fort dangereuse.

– Et en quoi?

– En ce qu’elle a vu que Monsieur n’était pas un caractère très passionné pour les femmes.

– C’est vrai, dit en riant le chevalier de Lorraine.

– Et alors…

– Eh bien?

– Eh bien! Madame choisit le premier venu pour en faire l’objet de ses préférences et ramener son mari par la jalousie.

– Profond! profond! s’écria le chevalier.

– Vrai! répondit de Guiche.

Et ni l’un ni l’autre ne disait sa pensée.

De Guiche, au moment où il attaquait ainsi le caractère de Madame, lui en demandait mentalement pardon du fond du cœur.

Le chevalier, en admirant la profondeur de vue de Guiche, le conduisait les yeux fermés au précipice.

De Guiche alors l’interrogea plus directement sur l’effet produit par la scène du matin, sur l’effet plus sérieux encore produit par la scène du dîner.

– Mais je vous ai déjà dit qu’on en riait, répondit le chevalier de Lorraine, et Monsieur tout le premier.

– Cependant, hasarda de Guiche, on m’a parlé d’une visite du roi à Madame.

– Eh bien! précisément; Madame était la seule qui ne rît pas, et le roi est passé chez elle pour la faire rire.

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