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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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La voix de Bonaventure Guyon, ses yeux si clairs, qui semblaient voir quelque image effrayante dans le mur lépreux au-delà de son visiteur, étaient chargés d'une angoisse qui finit par ébranler un peu le scepticisme de celui-ci.

- Rassurez-vous! dit-il avec plus de douceur que tout à l'heure, je ne l'ai plus ! Il a été démonté de la Toison et quelqu'un à cette heure l'emporte en Angleterre où il sera vendu.

- Il est seul à présent ? Le grand rubis qui atténuait un peu ses effets dévastateurs n'est plus avec lui [xix]?

- Non. C'était, je crois, la sagesse : le joyau entier était difficile à cacher...

Le vieillard se laissa tomber à genoux et fit le signe de croix :

- Miséricorde! souffla-t-il. Il faut prier, beaucoup prier pour qu'il n'advienne pas malheur à votre messager!

Batz faillit dire, machinalement, que c'était une messagère, mais se retint à temps, pris d'une terrible crainte par la réaction de cet étrange personnage. Il se contenta de murmurer :

- II... il est bien accompagné. Tout devrait bien se passer...

- Dieu vous entende mais je le répète : il faut prier, vous dis-je, pour que la protection de Dieu écarte de lui le malheur. Sinon vous risquez de ne plus jamais le revoir !

En quittant le vieil homme après l'avoir généreusement remercié, Batz, en dépit de la température glaciale, sentait la sueur couler le long de son dos. Froid et calculateur bien que romantique, son esprit refusait les fantômes, les envoûtements, les sorts et tout ce qu'il traitait volontiers de fariboles. Mais cette nuit, tandis que son pas résonnait sur les pavés de la ville endormie, il s'avouait qu'il avait peur. Pas pour lui-même bien sûr, pour Laura, dans la robe de qui reposait ce concentré de malheurs. Elle avait tant souffert déjà ! La route qu'elle devait suivre était longue, dangereuse, semée d'embûches et de périls. C'était vraiment tenter le mauvais sort !

- Il faut que je les rattrape, dit-il à Marie le lendemain, après lui avoir conté son aventure. Seul et à cheval, je rejoindrai sans peine la diligence qui se traîne vers la Bretagne.

- Et que ferez-vous quand vous les aurez rejoints ?

- Je les renverrai à Paris et j'irai moi-même en Angleterre.

- De toute façon vous y allez ! Quant à leur courir après, je ne crois pas que ce soit une bonne idée. D'après ce que vous m'avez rapporté, ce sont les propriétaires du diamant qui seraient en danger. Or, ils ne sont que des messagers, aucun d'eux n'ayant l'intention de se l'approprier. Si vous courez après eux, c'est de vous, peut-être, que leur viendra le danger puisque c'est vous qui allez être surveillé, suivi...

- Vous pensez que je dois m'en tenir à ce que j'ai décidé, partir par Boulogne et les laisser courir leur chance ?

- Exactement. Si Laura était seule, il en irait autrement, mais elle est avec Pitou. C'est un garçon intelligent, solide, courageux... et, de plus, il l'aime. Il saura la défendre.

- Il l'aime ? Où prenez-vous cela ? Marie se mit à rire :

- Mon ami ! vous avez la détestable habitude de ne jamais faire attention aux sentiments des autres. Vous naviguez sans cesse dans les hautes sphères de la fidélité et de l'amour transcendé que vous portez à vos rois. Mais ceux qui acceptent de vous suivre sur ce chemin plein d'ornières n'en deviennent pas pour autant de purs esprits. Ils ont un cour et ce cour chante la chanson qui lui plaît.

- Et quelle chanson, d'après vous, chante celui de Pitou ?

- Une sorte d'hymne religieux. Pour un peu, il remercierait Dieu d'avoir fait si fragile et si touchante l'ex-marquise de Pontallec.

- Elle n'est pas fragile et bien plus forte que vous ne l'imaginez...

- ... et moins que vous ne le croyez! Sauf si le désespoir est une force, ce qui m'étonnerait. Anne-Laure était créée pour une vie paisible dans son château forestier entre un époux tendre et des enfants que tous deux regarderaient grandir. Même si elle a décidé de s'en donner les gants pour tenter d'oublier le naufrage de sa vie, ce n'est pas une Penthésilée. Pitou le sait et il est heureux de veiller sur elle. Ne l'en empêchez jamais ! Il pourrait vous détester...

Un soir où ils s'attardaient auprès du feu alors que les autres voyageurs s'étaient déjà retirés - c'était au relais de Vitré, la dernière nuit avant Rennes -, Laura qui regardait Pitou fumer sa pipe demanda soudain, après s'être assurée que personne ne pouvait l'entendre :

- Me permettez-vous une question? J'avoue qu'elle me trotte dans la tête depuis que nous nous connaissons...

- Très mauvais les questions qui trottent! Posez-la !

- Pourquoi vous être engagé dans ce combat ?

- Parce que j'ai été élevé dans les bons principes. Oh, nous étions loin de la richesse à Valainville, près de Châteaudun où je suis né. Mes parents étaient des villageois pauvres - nous n'avions que deux vaches ! Mais mon père a voulu que j'aie de l'instruction Ma tante aussi qui, après sa mort, voulait me faire prêtre et m'a mis au grand séminaire de Beaulieu à Chartres. Le problème, c'est que pendant les vacances je lisais tous les livres que mon oncle gardait à l'abri de ses regards : Voltaire, Rousseau, etc. A cette école, je suis vite devenu... républicain et, en 1789, quand on m'a renvoyé à Chartres flanqué de deux abbés pour recevoir la tonsure, je leur ai faussé compagnie et suis venu me réfugier à Paris.

- Républicain, vous ? Je ne comprends plus.

- Vous allez comprendre. Je passe sur les mois de misère que j'ai connus dans les débuts jusqu'à ce que je devienne rédacteur au Journal de la Cour et de la Ville, une feuille plutôt libérale où l'on m'a chargé de suivre les procès du Châtelet. C'est ainsi que je me suis retrouvé à celui du marquis de Favras accusé d'avoir comploté l'enlèvement du Roi pour mettre Monsieur à sa place. J'ai vite compris que ce malheureux était victime d'une intrigue de cour et, d'ailleurs, il a été le seul arrêté tandis que les autres conspirateurs prenaient le large. Il a été condamné, pendu, ce qui était infamant pour un gentilhomme, le tout sans rien dire, sans livrer le moindre nom et surtout pas le plus important, celui qui aurait dû tout tenter pour le sauver. J'étais écouré... mais devenu résolument partisan d'un roi qui était en butte à de telles entreprises. A la suite de cela, j'ai publié une brochure donnant mon sentiment sur le procès.

- Et vous êtes devenu célèbre ?

- Pas vraiment. Il s'est trouvé que ma brochure est venue sous les yeux de la Reine. Elle m'a envoyé chercher par l'abbé Lenfant alors confesseur du Roi et, le 10 juin 1790, Marie-Antoinette me recevait aux Tuileries. Le cour, je vous assure, me battait très fort dans la poitrine... Elle avait auprès d'elle mon petit livret dont elle me félicita. Puis, l'ouvrant à certain passage, elle me le tendit pour que je le lise à haute voix. Je m'y engageais à défendre jusqu'à la mort le Roi et la Religion. Alors, elle m'a fait prêter serment de ne jamais renier cet engagement. J'ai juré !

- Sans hésiter?

- Sans hésiter une seconde. Ensuite la Reine m'a donné sa main à baiser... accompagnée de quinze cent livres et de son portrait en miniature.

- Eh bien, dites-moi!... Vous êtes sorti de là plus royaliste que jamais j'imagine ?

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xix

Le grand diamant bleu a été partagé en deux par la suite. La partie la plus importante, rebaptisée " Hope ", appartient désormais au Smithsonian Institute de Washington qui l'expose sous triple vitrine électronique. Après une carrière particulièrement dramatique, il semble se tenir tranquille ML.

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