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Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:

Un homme pour le Roi
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Les deux occupants de la voiture gardaient eux aussi le silence. Laura, pour sa part, osait à peine respirer, devinant que la moindre parole pouvait blesser cet homme écorché vif... Quand il avait tout à l'heure crié " Vive Louis XVII ! ", elle s'était sentie soulagée : elle avait eu tellement peur que, dans son désespoir, il ne se passe son épée au travers du corps ! Peut-être, d'ailleurs, le danger n'était-il pas tout à fait écarté. Que ferait-il quand il se retrouverait seul, dans le silence de son cabinet?

Ce qu'ils découvrirent en arrivant à Charonne la rassura en dépit du côté dramatique : la maison était bouleversée comme si une tempête l'avait traversée. Marie, étendue sur une chaise longue, recevait les soins de sa femme de chambre pendant que Biret-Tissot relevait les meubles renversés. Devant l'une des fenêtres, un cadavre gisait dans une flaque de sang.

- C'est moi qui l'ai tué, dit le fidèle valet. J'étais allé au village chercher des chandelles chez la mère Hulot; quand je suis revenu, il y avait ici quatre hommes masqués occupés à tout fouiller, tandis qu'un cinquième interrogeait Madame en la menaçant de lui mettre les pieds au feu si elle ne parlait pas. C'est celui-là que j'ai tué après avoir " cogné " les autres qui se sont enfuis.

Batz alla regarder le visage du mort, mais sans pouvoir y mettre un nom :

- Qu'est-ce qu'ils voulaient?

- Il était question d'une Toison d'Or...

CHAPITRE XIII

SUR LE CHEMIN DE LONDRES

Le lendemain, laissant les deux femmes et la maisonnée à la garde de Pitou et de Devaux qui les avaient rejoints en fin d'après-midi, Batz enfourcha son cheval et retourna chez M. Le Noir... Il trouva celui-ci sombre et soucieux mais visiblement satisfait de sa visite :

- J'allais vous envoyer un mot pour vous demander de venir me voir, dit-il en lui tendant la main à la mode anglaise. Comment trouvez-vous Paris aujourd'hui?

- On dirait que la ville est morte elle aussi. Les boutiques sont fermées et, dans les rues, on ne rencontre guère que des soldats et des canons comme si Paris était assiégé.

- Il l'est. Par la honte, le remords et la peur... Hier au soir, les deux ou trois théâtres qui ont ouvert leurs portes n'ont vu personne en franchir le seuil et l'on a observé beaucoup de femmes errer autour des églises fermées. Certaines, les plus courageuses, s'agenouillaient sur les marches pour prier. Selon ce qui m'a été rapporté, les Parisiens ne croyaient pas que l'exécution aurait lieu vraiment.

On s'attendait à une spectaculaire grâce de dernière minute démontrant la grandeur de la Convention. On disait aussi que Dumouriez interviendrait. En dépit des dernières et admirables paroles du Roi!, ce peuple est terrifié à l'idée que son sang pourrait retomber sur lui. Quand l'aide du bourreau a brandi la tête tranchée pour la montrer à la foule, c'est un frisson d'horreur qui l'a parcourue. Oh, il y a bien eu quelques cris de " Vive la Nation ! " et même certains enragés ont essayé de danser une ronde, mais tout cela s'est vite fondu dans un énorme silence. Et l'abbé Edgeworth de Firmont a pu descendre de l'échafaud avec son petit habit noir, son crucifix et son visage en larmes sans être molesté. Quelqu'un l'attendait et je pense qu'il a dû arriver à bon port chez M. de Malesherbes...

- Le peuple aurait pu s'éviter cette grande douleur, fit Batz avec une amère ironie. Que ne m'a-t-il soutenu quand j'ai voulu l'entraîner à l'assaut de cette maudite voiture verte ? Même ceux qui avaient juré de m'aider s'étaient abstenu. Cinq cents ! Nous devions être cinq cents et à peine une douzaine était à son poste...

- C'est pour vous expliquer ce mystère que je voulais vous voir. La plupart de vos hommes - ceux qui ont passé la nuit chez eux ! - ont été réveillés à trois heures du matin par deux gendarmes...

- On les a arrêtés ?

- Pas du tout. On les a seulement gardés à vue jusqu'à ce que le canon retentisse. Après quoi, les gendarmes se sont retirés sans les inquiéter autrement. Beaucoup, je pense, ont fait leurs bagages tout de suite après...

- Mais comment cela est-il possible ?

- Où est votre esprit si vif, mon cher baron ? Il me semble que la réponse coule de source : il y a un traître parmi vous !

- Pas besoin d'avoir un esprit vif pour penser cela, soupira Batz, mais... vous qui savez toujours tout mieux et plus vite que l'incapable installé à votre place, me direz-vous de qui il s'agit ? J'aimerais savoir qui je dois exécuter !

- Non, cela je ne le sais pas. Pas encore tout au moins mais si vous aviez suffisamment confiance en moi pour me faire tenir la liste des conjurés en soulignant les chefs de groupe - car vous en aviez certainement nommé - et en laissant de côté ceux qui étaient présents, je pourrais peut-être vous être utile.

- Vous l'aurez ce soir.

- Parfait. Maintenant, dites-moi ce qui vous amène.

Batz raconta alors son retour chez lui et ce qu'il y avait trouvé.

- Mon serviteur a tué l'un de ces hommes, mais il n'y avait rien sur lui qui permît de l'identifier. Sa figure était celle d'un homme du Midi : noir de peau, noir de poil... C'est lui qui interrogeait Marie et il avait un accent méridional prononcé...

- Qu'en avez-vous fait?

- Nous l'avons enterré au fond du parc... du château de Bagnolet, chez le " citoyen Égalité ", cracha-t-il avec mépris. Une place qui convient à un assassin. Si Biret n'était pas rentré, Marie serait peut-être morte sous la torture...

L'ancien lieutenant de police qui avait fermé à demi les yeux à la manière d'un chat les rouvrit et eut un sourire moqueur :

- Vous ne pensez tout de même pas que je vais vous le reprocher. Mais n'accusez pas Orléans, il n'y est pour rien. Cet homme et ses compagnons doivent être les mêmes qui ont dévasté votre logis de la rue Ménars. Donc ce sont des hommes d'Antraigues...

- Comment le savez-vous ?

- C'est tout simple. Après votre départ l'autre soir, je vous ai fait suivre jusque chez vous. Mes envoyés ont tout vu et ensuite ils ont suivi ces bandits jusqu'à une certaine taverne où ils ont rencontré un voyageur piémontais nommé Marco Filiberti...

- Antraigues, vous aviez raison! soupira le baron. Je savais confusément que cela devait être lui. Hier, tandis que j'attendais près de la porte Saint-Denis, je l'ai vu derrière une vitre de l'autre côté du boulevard. Il savourait sa vengeance...

- Et maintenant nous savons ce que ses sbires - et peut-être lui en personne ! - cherchaient chez vous. Pourquoi ne m'avez-vous pas dit que vous possédiez la fameuse Toison d'Or?

Batz haussa les épaules :

- Cela ne me paraissait pas indispensable. Chez les amis les plus sûrs il peut toujours y avoir une oreille qui traîne et vous savez comme moi quelle folie peuvent déchaîner les trésors ? Et ce joyau en est un à lui tout seul. Une pure merveille !

- ... dont il faut vous débarrasser au plus vite si vous ne voulez pas y laisser la vie - ce qui vous indiffère -, mais surtout celle de Marie et de ceux qui vous sont chers. Vendez-la ou plutôt démontez-la et vendez les pierres principales : vous en tirerez plus d'argent! Le seul diamant de Louis XIV doit vous rapporter une fortune et vous en aurez besoin. Il vous reste, n'est-ce pas, un roi à sauver ? Et celui-là est si petit, si fragile ! Il faut lui faire quitter la France au plus vite !

- Vous avez raison et je suivrai votre conseil. Mais, me direz-vous où je peux trouver Antraigues ? Cette taverne où fréquente Marco Filiberti?...

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