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Réflexions ou sentences et maximes morales

Электронная книга - «Réflexions ou sentences et maximes morales». Краткое содержание книги:

Cet ouvrage de La Rochefoucauld est l’œuvre d’un esprit très pénétrant qui paraît systématiquement occupé à une considération exclusive des aspects négatifs de la nature humaine, qui lui ont valu la qualification de philosophe de l’amour-propre, c’est que le pessimisme dont il est imprégné doit beaucoup à la doctrine de Port-Royal qui a marqué la littérature de l’époque classique. La dénonciation de la vanité humaine, la réfutation du libre arbitre, la mise à nu de la faiblesse de l’être et des feintes dont il use vis-à-vis de lui-même, ou la peinture de son insignifiance, doivent être pris comme autant de témoignages de cet esprit janséniste qui traverse les Maximes.
Grâce à la précision et à la netteté originales de son style, relevé par des ornements dont la distinction égale la sobriété, La Rochefoucauld a décrit son temps et une société pleine d’intrigues et de révolutions perpétuelles pour laisser, de modèles passagers envisagés dans une perspective pessimiste, une image immortelle.
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Mais je n’ai jamais mieux vu la force de ces raisonnements qu’après la lecture de l’écrit de votre ami, et il me semble que j’étais non seulement changé, mais encore transfiguré, pour me servir du terme de ce philosophe romain. Je n’aurais rien à souhaiter en cet écrit sinon qu’après avoir si bien découvert l’inutilité et la fausseté des vertus humaines et philosophiques, i reconnût qu’il n’y en a point de véritables que les chrétiennes et les surnaturelles. Non pas que je veuille dire qu’il n’y a point de fausses vertus parmi les chrétiens, ou que ceux qui en ont de véritables les aient parfaites et sans mélange de vanité ou d’intérêt; je ne sais que trop par expérience la malignité et les ruses de la nature corrompue; je sais que son venin se répand partout, et qu’encore qu’elle ne règne et ne domine pas dans les âmes solidement dévotes, elle ne laisse pas d’y vivre, d’y demeurer, et se remuer et se débattre souvent, pour se remettre au-dessus de la raison et de la grâce. Mais il faut demeurer d’accord qu’un homme vivant selon les règles de l’Évangile peut être dit véritablement vertueux, parce qu’il ne vit pas selon les maximes de cette nature dépravée et qu’il n’est point esclave de sa cupidité, mais qu’il vit selon les lois de l’esprit et de la raison, et que s’il commet quelquefois des fautes, en faisant même le bien, comme il ne se peut faire autrement, il en tire des motifs et des occasions continuelles de mépris de soi-même, d’humilité, et de soumission à la justice et à la providence de Dieu; et c’est ce qui fait voir la nécessité de la pénitence chrétienne, qui a été une vertu inconnue à la philosophie

Mais peut-être que votre ami, Madame, a des raisons de ne point passer les bornes de la sagesse humaine, et comme il a l’esprit fort délicat, il pourra même croire qu’il y a de l’orgueil ou de l’intérêt secret en mon avis, et quelque protestation que je lui puisse faire du contraire, il n’est pas obligé de me croire. Il vaut donc mieux, Madame, que vous ne lui en parliez point du tout, s’il vous plaît, et que vous lui disiez seulement que, quand il n’y aurait que son écrit au monde avec Évangile, je voudrais être chrétien. L’un m’apprendrait à connaître mes misères, et l’autre à implorer mon libérateur; ce sont les deux premiers degrés de la vie spirituelle et quand on les franchit comme il faut, on n’en demeure pas là ordinairement; les bonnes œuvres suivent et l’on fait profit de tout, des péchés même et des fautes qu’on a commises, qu’on commet, et des ignorances, erreurs et faiblesses naturelles et involontaires, auxquelles sont sujet tous les hommes de ce monde et même ceux qui sont les plus établis dans les vertus essentielles.

Que si cette pièce ne s’imprime pas, je vous prie très humblement, Madame, de m’en faire avoir une copie.

36. Lettre, d’auteur inconnu, à Mme de Sablé, 1663.

J’appellerais volontiers l’auteur de ces maximes un orateur éloquent et un philosophe plus critique que savant; aussi n’a-t-il autre principe de ses sentiments que la fécondité de son imagination. Il affecte dans ses divisions et dans ses définitions, subtilement mais sans fondement inventées, de passer pour un Sénèque, ne prenant pas garde néanmoins que celui-ci, dans sa morale, tout païen qu’il était, ne s’est jamais jeté dans cette extrémité que de confondre toutes les vertus des sages de son temps, ni de les faire passer pour des vices; il a cru qu’il y en avait de tempérants et de dissolus, de bons et de mauvais, d’humbles et de superbes, et il n’a jamais dit qu’on pût, sous une véritable humilité, cacher une superbe insolente: elles sont trop antipathiques pour pouvoir habiter la même demeure. Je lui donnerais néanmoins cette louange que de savoir puissamment invectiver, et d’avoir parfaitement bien rencontré où il s’est agi de mériter le titre de satirique. C’est à contrecœur que je loue de la sorte son ouvrage tout à fait spirituel, et peut-être pourra-t-on dire que je tombe dans le même défaut dont je l’accuse; mais certes, considérant que par ces maximes il n’y a aucune vertu chrétienne, si solide qu’elle soit, qui ne puisse être censurée, content du désavantage d’en être dépourvu, j’aime mieux ne passer pas pour complaisant en approuvant sa doctrine, que d’être dans un perpétuel danger de déclamer contre les belles qualités, ni médire des plus vertueux.

37. Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé. 1663.

Ce jeudi au soir.

Voilà un billet que je vous supplie de vouloir lire, il vous instruira de ce que l’on demande de vous. Je n’ai rien à y ajouter, sinon que l’homme qu’il l’écrit [sic] est un des hommes du monde que j’aime autant, et qu’ainsi c’est une des plus grandes obligations que je vous puisse avoir, que de lui accorder ce qu’il souhaite pour son ami. Je viens d’arriver de Fresnes, où j’ai été deux jours en solitude avec Madame du Plessis; en ces deux jours-là nous avons parlé de vous deux ou trois mille fois; il est inutile de vous dire comment nous en avons parlé, vous le devinez aisément. Nous y avons lu les maximes de M. de La Rochefoucauld. Ha, Madame! quelle corruption il faut avoir dans l’esprit et dans le cœur pour être capable d’imaginer tout cela! J’en suis si épouvantée que je vous assure que, si les plaisanteries étaient des choses sérieuses, de telles maximes gâteraient plus ses affaires que tous les potages qu’il mangea l’autre jour chez vous.

38. Lettre de Mme de La Fayette à Mme de Sablé. 1663.

Vous me donneriez le plus grand chagrin du monde, si vous ne me montriez pas vos maximes. Mme du Plessis m’a donné une curiosité étrange de les voir, et c’est justement parce qu’elles sont honnêtes et raisonnables que j’en ai envie, et qu’elles me persuaderont que toutes les personnes de bon sens ne sont pas si persuadées de la corruption générale que l’est M. de La Rochefoucauld. Je vous rends mille et mille grâces de ce que vous avez fait pour ce gentilhomme. Je vous en irai encore remercier moi-même, et je me servirai toujours avec plaisir des prétextes que je trouverai pour avoir l’honneur de vous voir; et si vous trouviez autant de plaisir avec moi que j’en trouve avec vous, je troublerais souvent votre solitude.

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