La vérité sur l'Affaire Harry Quebert
- Автор: Dicker Joël
- Год: 2012
- Язык: французский
- Год: Éditions de Fallois / L'âge d'Homme
- ISBN: 978-2877068161
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «La vérité sur l'Affaire Harry Quebert». Краткое содержание книги:
Le délai est près d’expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d’université, Harry Quebert, l’un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d’avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l’innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l’enquête s’enfonce et il fait l’objet de menaces.
Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d’écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ?
Sous ses airs de thriller à l’américaine, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l’Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.
— Oui. Par sa mère.
— Alors contente-toi d’écrire que Nola était une fillette malheureuse et maltraitée. Tout le monde comprendra que ce sont ses parents qui sont responsables des mauvais traitements, mais ce ne sera pas explicitement précisé… Personne ne pourra te poursuivre.
— Mais la mère joue un rôle important dans cette histoire.
— Conseil d’agent, Marc : il te faut des preuves en béton pour accuser les gens, sinon tu vas crouler sous les procès. Et je crois que t’as eu déjà assez d’emmerdes sur le dos ces derniers mois. Trouve un témoin fiable qui t’affirme que la mère était la dernière des salopes et qu’elle foutait des raclées à la gamine, sinon limite-toi à fillette malheureuse et maltraitée. On veut éviter aussi qu’un juge accepte de suspendre la vente du livre pour des problèmes de diffamation. Par contre, pour Pratt, maintenant que tout le monde sait ce qu’il a fait, tu peux y aller dans le détail sordide. Ça fait vendre.
Barnaski proposait de nous retrouver le lundi 7 juillet à Boston, ville qui présentait l’avantage de se situer à une heure d’avion de New York et à deux heures de route d’Aurora, ce que j’acceptai. Cela me laissait quatre jours pour écrire d’arrache-pied et avoir quelques chapitres à lui présenter.
— Appelle-moi si t’as besoin de quoi que ce soit, me dit encore Douglas avant de raccrocher.
— Je le ferai, merci. Doug, attends…
— Oui ?
— Tu faisais les mojitos. Tu te rappelles ?
Je l’entendis sourire.
— Je me rappelle bien.
— C’était une belle période, non ?
— C’est toujours une belle période, Marc. On a des vies formidables, même si, parfois, il y a des moments plus difficiles.
1er décembre 2006, New York City
— Doug, tu peux faire plus de mojitos ?
Derrière le comptoir de ma cuisine, Douglas, ceint d’un tablier représentant un corps de femme nue, poussa un hurlement de loup, attrapa une bouteille de rhum et la vida dans un shaker rempli de glace pilée.
C’était trois mois après la sortie de mon premier livre ; ma carrière était à son sommet. Pour la cinquième fois en trois semaines, depuis que j’avais emménagé dans mon appartement du Village, j’organisais une fête chez moi. Des dizaines de personnes s’entassaient dans mon salon, je n’en connaissais pas le quart. Mais j’adorais ça. Douglas s’occupait d’arroser les invités en mojitos, et je me chargeais des white russian, le seul cocktail que j’avais jamais considéré comme décemment buvable.
— Quelle soirée, me dit Douglas. Est-ce que c’est le portier de l’immeuble qui danse dans ton salon ?
— Oui. Je l’ai invité.
— Et il y a Lydia Gloor, nom d’un chien ! Tu te rends compte ? Lydia Gloor est dans ton appartement !
— Qui est Lydia Gloor ?
— Bon Dieu, Marc, tu dois savoir ça ! C’est l’actrice du moment. Elle joue dans cette série que tout le monde regarde. Enfin, sauf toi visiblement. Comment as-tu fait pour l’inviter ici ?
— Je n’en sais rien. Les gens sonnent et je leur ouvre la porte. Mi casa es tu casa !
Je retournai dans le salon avec des petits fours et les shakers. Puis je vis la neige qui tombait par les fenêtres, et j’eus soudain envie de sortir à l’air libre. J’allai sur le balcon en chemise ; il faisait glacial. Je contemplai l’immensité de New York devant moi et ces millions de points de lumière à perte de vue, et je hurlai de toutes mes forces : « Je suis Marcus Goldman ! » À cet instant j’entendis une voix derrière moi : c’était une jolie blonde de mon âge que je n’avais jamais vue de ma vie.
— Marcus Goldman, il y a ton téléphone qui sonne, me dit-elle.
Son visage ne m’était pas inconnu.
— Je t’ai déjà vue quelque part, non ? lui demandai-je.
— À la télévision, sans doute.
— Tu es Lydia Gloor…
— Oui.
— Mince alors.
Je la priai de m’attendre sagement sur le balcon et je m’empressai d’aller répondre.
— Allô ?
— Marcus ? C’est Harry qui vous téléphone.
— Harry ! Quel plaisir de vous entendre ! Comment allez-vous ?
— Pas mal. J’avais juste envie de vous dire bonsoir. J’entends énormément de bruit derrière vous… Vous recevez du monde ? Peut-être que je tombe mal…
— Je fais une petite fête. Dans mon nouvel appartement.
— Vous avez quitté Newark ?
— Oui, j’ai acheté un appartement dans le Village. Je vis à New York désormais ! Il faut absolument que vous veniez voir ça, la vue est à couper le souffle.
— J’en suis sûr. En tout cas, vous avez l’air de bien vous amuser, je suis content pour vous. Vous devez avoir beaucoup d’amis…
— Des tonnes ! Et ce n’est pas tout : figurez-vous qu’il y a une actrice incroyablement belle qui m’attend sur mon balcon ? Ha ha, je ne peux pas y croire ! La vie est beaucoup trop belle, Harry. Beaucoup trop belle. Et vous ? Que faites-vous ce soir ?
— Je… Je fais une petite soirée chez moi. Des amis, des steaks et de la bière. Que demander de plus ? On s’amuse bien, il ne manque plus que vous. Mais j’entends qu’on sonne à ma porte, Marcus. D’autres invités qui arrivent. Il faut que je vous laisse pour aller ouvrir. Je ne sais pas si nous tiendrons tous dans la maison, et pourtant, Dieu sait qu’elle est grande !
— Passez une bonne soirée, Harry. Amusez-vous bien. Je vous rappelle sans faute.
Je retournai sur mon balcon : c’est ce soir-là que je commençai à fréquenter Lydia Gloor, celle que ma mère allait appeler « l’actrice télévisuelle ». À Goose Cove, Harry alla ouvrir la porte : c’était le livreur de pizza. Il prit sa commande et s’installa devant la télévision pour dîner.
Comme promis, je rappelai Harry après cette soirée. Mais un an s’écoula entre ces deux coups de téléphone. C’était février 2008.
— Allô ?
— Harry, c’est Marcus.
— Oh, Marcus ! C’est bien vous qui me téléphonez ? Incroyable. Depuis que vous êtes une vedette, vous ne donnez plus de nouvelles. J’ai essayé de vous appeler il y a un mois, je suis tombé sur votre secrétaire qui m’a dit que vous n’étiez là pour personne.
Je répondis de but en blanc :
— Ça va mal, Harry. Je crois que je ne suis plus écrivain.
Il redevint aussitôt sérieux :
— Qu’est-ce que vous me chantez là, Marcus ?
— Je ne sais plus quoi écrire, je suis fini. Page blanche. Ça fait des mois. Peut-être une année.
Il éclata d’un rire rassurant et chaleureux.
— Blocage mental, Marcus, voilà ce que c’est ! Les pages blanches sont aussi stupides que les pannes sexuelles liées à la performance : c’est la panique du génie, celle-là même qui rend votre petite queue toute molle lorsque vous vous apprêtez à jouer à la brouette avec une de vos admiratrices et que vous ne pensez qu’à lui procurer un orgasme tel qu’il sera mesurable sur l’échelle de Richter. Ne vous souciez pas du génie, contentez-vous d’aligner les mots ensemble. Le génie vient naturellement.
— Vous pensez ?
— J’en suis sûr. Mais vous devriez laisser un peu de côté vos soirées mondaines et vos petits fours. Écrire, c’est sérieux. Je pensais vous l’avoir inculqué.
— Mais je travaille dur ! Je ne fais que ça ! Et malgré tout, je n’arrive à rien.
— Alors c’est qu’il vous manque un cadre propice. New York, c’est très joli, mais c’est surtout beaucoup trop bruyant. Pourquoi ne viendriez-vous pas ici, chez moi, comme du temps où vous étiez mon étudiant ?