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Mademoiselle De Maupin

Электронная книга - «Mademoiselle De Maupin». Краткое содержание книги:

La «Pr?face», oeuvre ? part enti?re, fait date dans l'histoire litt?raire. Sur un ton enlev?, perfide et caustique, l'auteur attaque les bien-pensants, repr?sentants de la tartufferie et de la censure, et ceux qui voudraient voir un c?t? «utile» dans une oeuvre litt?raire, alors que l'art, par d?finition non assujetti ? la morale ou ? l'utilit?, ?chappe ? la notion de progr?s pour ne s'allier qu'? celle du plaisir.
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Un soir, il était dans sa chambre, le front mélancoliquement appuyé contre la vitre, et il regardait, sans les voir, les marronniers du parc déjà tout effeuillés et tout rougis. Une vapeur épaisse noyait les lointains, la nuit descendait plutôt grise que noire, et posait avec précaution ses pieds de velours sur la cime des arbres: – un grand cygne plongeait et replongeait amoureusement son cou et ses épaules dans l’eau fumante de la rivière, et sa blancheur le faisait paraître dans l’ombre comme une large étoile de neige. – C’était le seul être vivant qui animât un peu ce morne paysage.

D’Albert songeait aussi tristement que peut songer à cinq heures du soir, en automne, par un temps de brume, un homme désappointé ayant pour musique une bise assez aigre et pour perspective le squelette d’une forêt sans perruque.

Il songeait à se jeter dans la rivière, mais l’eau lui semblait bien noire et bien froide, et l’exemple du cygne ne le persuadait qu’à demi; à se brûler la cervelle, mais il n’avait ni pistolet ni poudre, et il eût été fâché d’en avoir; à prendre une nouvelle maîtresse et même à en prendre deux, résolution sinistre! mais il ne connaissait personne qui lui convînt ou même qui ne lui convînt pas. – Il poussa le désespoir jusqu’à vouloir renouer avec des femmes qui lui étaient parfaitement insupportables et qu’il avait fait mettre, à coups de cravache, hors de chez lui par son laquais. Il finit par s’arrêter à quelque chose de beaucoup plus affreux… à écrire une seconde lettre.

Ô sextuple butor!

Il en était là de sa méditation, lorsqu’il sentit se poser sur son épaule – une main – pareille à une petite colombe qui descend sur un palmier. – La comparaison cloche un peu en ce que l’épaule d’Albert ressemble assez légèrement à un palmier: c’est égal, nous la conservons par pur orientalisme.

La main était emmanchée au bout d’un bras qui répondait à une épaule faisant partie d’un corps, lequel n’était autre chose que Théodore-Rosalinde, mademoiselle d’Aubiguy, ou Madeleine de Maupin, pour l’appeler de son véritable nom.

Qui fut étonné? – Ce n’est ni moi ni vous, car vous et moi nous étions préparés de longue main à cette visite; ce fut d’Albert qui ne s’y attendait pas le moins du monde. – Il fit un petit cri de surprise tenant le milieu entre oh! et ah! Cependant j’ai les meilleures raisons de croire qu’il tenait plus de ah! que de oh!

C’était bien Rosalinde, si belle et si radieuse qu’elle éclairait toute la chambre, – avec ses cordons de perles dans les cheveux, sa robe prismatique, ses grands jabots de dentelle, ses souliers à talons rouges, son bel éventail de plumes de paon, telle enfin qu’elle était le jour de la représentation. Seulement, différence importante et décisive, elle n’avait ni gorgerette, ni guimpe, ni fraise, ni quoi que ce soit qui dérobât aux yeux ces deux charmants frères ennemis, – qui, hélas! ne tendent trop souvent qu’à se réconcilier.

Une gorge entièrement nue, blanche, transparente, comme un marbre antique, de la coupe la plus pure et la plus exquise, saillait hardiment hors d’un corsage très échancré, et semblait porter des défis aux baisers. – C’était une vue fort rassurante; aussi d’Albert se rassura-t-il bien vite, et se laissa-t-il aller en toute confiance à ses émotions les plus échevelées.

– Eh bien! Orlando, est-ce que vous ne reconnaissez pas votre Rosalinde? dit la belle avec le plus charmant sourire; ou bien avez-vous laissé votre amour accroché avec vos sonnets à quelques buissons de la forêt des Ardennes? Seriez-vous réellement guéri du mal pour lequel vous me demandiez un remède avec tant d’instance? J’en ai bien peur.

– Oh non! Rosalinde, je suis plus malade que jamais. – J’agonise, je suis mort, ou peu s’en faut!

– Vous n’avez point trop mauvaise façon pour un mort, et beaucoup de vivants n’ont pas si bonne mine.

– Quelle semaine j’ai passée! – Vous ne pouvez vous le figurer, Rosalinde. J’espère qu’elle me vaudra mille ans de purgatoire de moins dans l’autre monde. – Mais, si j’osais vous le demander, pourquoi ne m’avez-vous pas répondu plus tôt?

– Pourquoi? – Je ne sais pas trop, à moins que ce ne soit parce que. – Si ce motif cependant ne vous paraît pas valable, en voici trois autres beaucoup moins bons; vous choisirez: d’abord parce que, entraîné par votre passion, vous avez oublié d’écrire lisiblement, et qu’il m’a fallu plus de huit jours pour deviner de quoi il était question dans votre lettre; – ensuite parce que ma pudeur ne pouvait se faire en moins de temps à une idée aussi saugrenue que celle de prendre un poète dithyrambique pour amant; et puis parce que je n’étais pas fâchée de voir si vous vous brûleriez la cervelle ou si vous vous empoisonneriez avec de l’opium, ou si vous vous pendriez à votre jarretière. – Voilà.

– La méchante persifleuse! que vous avez bien fait de venir aujourd’hui, vous ne m’auriez peut-être pas trouvé demain.

– Vraiment! pauvre garçon! – Ne prenez pas un air aussi éploré, car je m’attendrirais aussi, et cela me rendrait plus bête à moi seule que tous les animaux qui étaient dans l’arche avec feu Noé. – Si je lâche une fois la bande à ma sensibilité, vous serez submergé, je vous en avertis. – Tout à l’heure je vous ai donné trois mauvaises raisons, je vous offre maintenant trois bons baisers; acceptez-vous, à cette condition que vous oublierez les raisons pour les baisers? – Je vous dois bien cela et plus.

En disant ces mots, la belle infante s’avança vers le dolent amoureux, et lui jeta ses beaux bras autour du cou. – D’Albert l’embrassa avec effusion sur les deux joues et sur la bouche. – Ce dernier baiser dura plus longtemps que les autres, et aurait pu compter pour quatre. – Rosalinde vit que tout ce qu’elle avait fait jusqu’alors n’était que pur enfantillage. – Sa dette acquittée, elle s’assit sur les genoux de d’Albert encore tout émue, et, passant ses doigts dans ses cheveux, elle lui dit:

– Toutes mes cruautés sont épuisées, mon doux ami; j’avais pris ces quinze jours pour satisfaire à ma férocité naturelle; je vous avouerai que je les ai trouvés longs. N’allez pas devenir fat parce que je suis franche, mais cela est vrai. – Je me remets entre vos mains, vengez-vous de mes rigueurs passées. – Si vous étiez un sot, je ne vous dirais pas cela, et même je ne vous dirais pas autre chose, car je n’aime pas les sots. – Il m’aurait été bien facile de vous faire croire que j’étais prodigieusement choquée de votre hardiesse, et que vous n’auriez pas assez de tous vos platoniques soupirs et de votre plus quintessencié galimatias pour vous faire pardonner une chose dont j’étais fort aise; j’aurais pu, comme une autre, vous marchander longtemps et vous donner en détail ce que je vous accorde librement et en une fois; mais je ne pense pas que vous m’en eussiez aimée l’épaisseur d’un seul cheveu de plus. – Je ne vous demande ni serment d’amour éternel, ni protestation exagérée. – Aimez-moi tant que le bon Dieu voudra. – J’en ferai autant de mon côté. – Je ne vous appellerai pas perfide et misérable, quand vous ne m’aimerez plus. – Vous aurez aussi la bonté de m’épargner les titres odieux correspondants, s’il m’arrive de vous quitter. – Je ne serai qu’une femme qui aura cessé de vous aimer, – rien de plus. – Il n’est pas nécessaire de se haïr toute la vie, à cause que l’on a couché une nuit ou deux ensemble. – Quoi qu’il arrive, et où que la destinée me pousse, je vous jure, et ceci est une promesse que l’on peut tenir, de garder toujours un charmant souvenir de vous, et, si je ne suis plus votre maîtresse, d’être votre amie comme j’ai été votre camarade. – J’ai quitté pour vous cette nuit mes habits d’homme; – je les reprendrai demain matin pour tous. – Songez que je ne suis Rosalinde que la nuit, et que tout le jour je ne suis et ne peux être que Théodore de Sérannes…

La phrase qu’elle allait prononcer s’éteignit dans un baiser auquel en succédèrent beaucoup d’autres, que l’on ne comptait plus et dont nous ne ferons pas le catalogue exact, parce que cela serait assurément un peu long et peut-être fort immoral – pour certaines gens, – car pour nous, nous ne trouvons rien de plus moral et de plus sacré sous le ciel que les caresses de l’homme et de la femme, quand tous deux sont beaux et jeunes.

Comme les instances de d’Albert devenaient plus tendres et plus vives, au lieu de s’épanouir et de rayonner, la belle figure de Théodore prit l’expression de fière mélancolie qui donna quelque inquiétude à son amant.

– Pourquoi, ma chère souveraine, avez-vous l’air chaste et sérieux d’une Diane antique, là où il faudrait plutôt les lèvres souriantes de Vénus sortant de la mer?

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