Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
Cette dernière étreinte fut tendre comme dans la jeunesse, comme dans les temps où le cœur était chaud, la vie heureuse.
Et puis Porthos monta sur son cheval. Aramis revint aussi pour entourer de ses bras le cou d’Athos.
Ce dernier les vit sur le grand chemin s’allonger dans l’ombre avec leurs manteaux blancs. Pareils à deux fantômes, ils grandissaient en s’éloignant de terre, et ce n’est pas dans la brume, dans la pente du sol qu’ils se perdirent: à bout de perspective, tous deux semblèrent avoir donné du pied un élan qui les faisait disparaître évaporés dans les nuages.
Alors Athos, le cœur serré, retourna vers la maison en disant à Bragelonne:
– Raoul, je ne sais quoi vient de me dire que j’avais vu ces deux hommes pour la dernière fois.
– Il ne m’étonne pas, monsieur, que vous ayez cette pensée, répondit le jeune homme, car je l’ai en ce moment même, et moi aussi, je pense que je ne verrai plus jamais MM. du Vallon et d’Herblay.
– Oh! vous, reprit le comte, vous me parlez en homme attristé par une autre cause, vous voyez tout en noir; mais vous êtes jeune; et s’il vous arrive de ne plus voir ces vieux amis, c’est qu’ils ne seront plus du monde où vous avez bien des années à passer. Mais, moi…
Raoul secoua doucement la tête, et s’appuya sur l’épaule du comte, sans que ni l’un ni l’autre trouvât un mot de plus en son cœur, plein à déborder.
Tout à coup, un bruit de chevaux et de voix, à l’extrémité de la route de Blois, attira leur attention de ce côté.
Des porte-flambeaux à cheval secouaient joyeusement leurs torches sur les arbres de la route, et se retournaient de temps en temps pour ne pas distancer les cavaliers qui les suivaient.
Ces flammes, ce bruit, cette poussière d’une douzaine de chevaux richement caparaçonnés, firent un contraste étrange au milieu de la nuit avec la disparition sourde et funèbre des deux ombres de Porthos et d’Aramis.
Athos rentra chez lui.
Mais il n’avait pas gagné son parterre, que la grille d’entrée parut s’enflammer; tous ces flambeaux s’arrêtèrent et embrasèrent la route. Un cri retentit:
– M. le duc de Beaufort!
Et Athos s’élança vers la porte de sa maison.
Déjà le duc était descendu de cheval et cherchait des yeux autour de lui.
– Me voici, monseigneur, fit Athos.
– Eh! bonsoir, cher comte, répliqua le prince avec cette franche cordialité qui lui gagnait tous les cœurs. Est-il trop tard pour un ami?
– Ah! mon prince, entrez, dit le comte.
Et, M. de Beaufort s’appuyant sur le bras d’Athos ils entrèrent dans la maison, suivis de Raoul, qui marchait respectueusement et modestement parmi les officiers du prince, au nombre desquels il comptait plusieurs amis.
Chapitre CCXXXIII – M. de Beaufort
Le prince se retourna au moment où Raoul, pour le laisser seul avec Athos, fermait la porte et s’apprêtait à passer avec les officiers dans une salle voisine.
– C’est là ce jeune garçon que j’ai tant entendu vanter par M. le prince? demanda M. de Beaufort.
– C’est lui, oui, monseigneur.
– C’est un soldat! Il n’est pas de trop, gardez-le, comte.
– Restez, Raoul, puisque Monseigneur le permet, dit Athos.
– Le voilà grand et beau, sur ma foi! continua le duc. Me le donnerez vous, monsieur, si je vous le demande?
– Comment l’entendez-vous, monseigneur, dit Athos.
– Oui, je viens ici pour vous faire mes adieux.
– Vos adieux, monseigneur?
– Oui, en vérité. N’avez-vous aucune idée de ce que je vais devenir?
– Mais ce que vous avez toujours été, monseigneur, un vaillant prince et un excellent gentilhomme.
– Je vais devenir un prince d’Afrique, un gentilhomme bédouin. Le roi m’envoie pour faire des conquêtes chez les Arabes.
– Que dites-vous là, monseigneur?
– C’est étrange, n’est-ce pas? Moi, le Parisien par essence, moi qui ai régné sur les faubourgs et qu’on appelait le roi des Halles, je passe de la place Maubert aux minarets de Djidgelli; je me fais de frondeur aventurier!
– Oh! monseigneur, si vous ne me disiez pas cela…
– Ce ne serait pas croyable, n’est-il pas vrai? Croyez moi cependant, et disons-nous adieu. Voilà ce que c’est que de rentrer en faveur.
– En faveur?
– Oui. Vous souriez? Ah! Cher comte, savez-vous pourquoi j’aurais accepté? le savez-vous bien?
– Parce que Votre Altesse aime la gloire avant tout.
– Oh! non, ce n’est pas glorieux, voyez-vous, d’aller tirer le mousquet contre ces sauvages. La gloire, je ne la prends pas par là, moi, et il est plus probable que j’y trouverai autre chose… Mais j’ai voulu et je veux, entendez-vous bien, mon cher comte? que ma vie ait cette dernière facette après tous les bizarres miroitements que je me suis vu faire depuis cinquante ans. Car enfin, vous l’avouerez, c’est assez étrange d’être né fils de roi, d’avoir fait la guerre à des rois, d’avoir compté parmi les puissances dans le siège, d’avoir bien tenu son rang, de sentir son Henri IV, d’être grand amiral de France, et d’aller se faire tuer à Djidgelli, parmi tous ces Turcs, Sarrasins et Mauresques.
– Monseigneur, vous insistez étrangement sur ce sujet, dit Athos troublé. Comment supposez-vous qu’une si brillante destinée ira se perdre sous ce misérable éteignoir?
– Est-ce que vous croyez, homme juste et simple, que, si je vais en Afrique pour ce ridicule motif, je ne chercherai pas à en sortir sans ridicule? Est-ce que je ne ferai pas parler de moi? Est-ce que, pour faire parler de moi aujourd’hui quand il y a M. le prince, M. de Turenne et plusieurs autres, mes contemporains, moi, l’amiral de France, le fils de Henri IV, le roi de Paris, j’ai autre chose à faire que de me faire tuer? Cordieu! on en parlera, vous dis-je; je serais tué envers et contre tous. Si ce n’est pas là, ce sera ailleurs.
– Allons, monseigneur, répondit Athos, voilà de l’exagération, et vous n’en avez jamais montré qu’en bravoure.
– Peste! cher ami, c’est bravoure que s’en aller au scorbut, aux dysenteries, aux sauterelles, aux flèches empoisonnées, comme mon aïeul saint Louis. Savez-vous qu’ils ont encore des flèches empoisonnées, ces drôles-là? Et puis, vous me connaissez, j’y pense depuis longtemps et, vous le savez, quand je veux une chose, je la veux bien.
– Vous avez voulu sortir de Vincennes, monseigneur.
– Oh! vous m’y avez aidé, mon maître; et, à propos, je me tourne et retourne sans apercevoir mon vieil ami, M. Vaugrimaud. Comment va-t-il?
– M. Vaugrimaud est toujours le très respectueux serviteur de Votre Altesse, dit en souriant Athos.
– J’ai là cent pistoles pour lui que j’apporte comme legs. Mon testament est fait, comte.
– Ah! monseigneur! monseigneur!
– Et vous comprenez que, si l’on voyait Grimaud sur mon testament…
Le duc se mit à rire; puis, s’adressant à Raoul qui, depuis le commencement de cette conversation, était tombé dans une rêverie profonde:
– Jeune homme, dit-il, je sais ici un certain vin de Vouvray, je crois…