Le vicomte de Bragelonne Tome IV
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome IV». Краткое содержание книги:
Ce mouvement, Louis le saisit avec ardeur, et, s’adressant à la reine:
– Ma mère, dit-il, ne reconnaissez-vous pas votre fils, puisque chacun ici a méconnu son roi?
Anne d’Autriche tressaillit et leva les bras au ciel sans pouvoir articuler un mot.
– Ma mère, dit Philippe avec une voix calme, ne reconnaissez-vous pas votre fils?
Et, cette fois, Louis recula à son tour.
Quant à Anne d’Autriche, elle perdit l’équilibre, frappée à la tête et au cœur par le remords. Nul ne l’aidant, car tous étaient pétrifiés, elle tomba sur son fauteuil en poussant un faible soupir.
Louis ne put supporter ce spectacle et cet affront. Il bondit vers d’Artagnan, que le vertige commençait à gagner, et qui chancelait en frôlant la porte, son point d’appui.
– À moi, dit-il, mousquetaire! Regardez-nous au visage, et voyez lequel, de lui ou de moi, est plus pâle.
Ce cri réveilla d’Artagnan et vint remuer en son cœur la fibre de l’obéissance. Il secoua son front, et, sans hésiter désormais, il marcha vers Philippe, sur l’épaule duquel il appuya la main en disant: Monsieur, vous êtes mon prisonnier!
Philippe ne leva pas les yeux au ciel, ne bougea pas de la place où il se tenait comme cramponné au parquet, l’œil profondément attaché sur le roi son frère. Il lui reprochait, dans un sublime silence, tous ses malheurs passés, toutes ses tortures de l’avenir. Contre ce langage de l’âme, le roi ne se sentit plus de force; il baissa les yeux, entraîna précipitamment son frère et sa belle-sœur, oubliant sa mère étendue sans mouvement à trois pas du fils qu’elle laissait une seconde fois condamner à la mort. Philippe s’approcha d’Anne d’Autriche, et lui dit d’une voix douce et noblement émue:
– Si je n’étais pas votre fils, je vous maudirais, ma mère, pour m’avoir rendu si malheureux.
D’Artagnan sentit un frisson passer dans la moelle de ses os. Il salua respectueusement le jeune prince, et lui dit à demi courbé:
– Excusez-moi, monseigneur, je ne suis qu’un soldat, et mes serments sont à celui qui sort de cette chambre.
– Merci, monsieur d’Artagnan. Mais qu’est devenu M. d’Herblay?
– M. d’Herblay est en sûreté, monseigneur, dit une voix derrière eux, et nul, moi vivant ou libre, ne fera tomber un cheveu de sa tête.
– Monsieur Fouquet! dit le prince en souriant tristement.
– Pardonnez-moi, monseigneur, dit Fouquet en s’agenouillant; mais celui qui vient de sortir d’ici était mon hôte.
– Voilà, murmura Philippe avec un soupir, de braves amis et de bons cœurs. Ils me font regretter ce monde. Marchez, monsieur d’Artagnan, je vous suis.
Au moment où le capitaine des mousquetaires allait sortir, Colbert apparut, remit à d’Artagnan un ordre du roi et se retira.
D’Artagnan le lut et froissa le papier avec rage.
– Qu’y a-t-il? demanda le prince.
– Lisez, monseigneur, repartit le mousquetaire.
Philippe lut ces mots tracés à la hâte de la main de Louis XIV:
«M. d’Artagnan conduira le prisonnier aux îles Sainte-Marguerite. Il lui couvrira le visage d’une visière de fer, que le prisonnier ne pourra lever sous peine de vie.»
– C’est juste, dit Philippe avec résignation. Je suis prêt.
– Aramis avait raison, dit Fouquet, bas, au mousquetaire; celui-ci est roi bien autant que l’autre.
– Plus! répliqua d’Artagnan. Il ne lui manque que moi et vous.
Chapitre CCXXXI – Où Porthos croit courir après un duché
Aramis et Porthos, ayant profité du temps accordé par Fouquet, faisaient, par leur rapidité, honneur à la cavalerie française.
Porthos ne comprenait pas bien pour quel genre de mission on le forçait à déployer une vélocité pareille: mais comme il voyait Aramis piquant avec rage, lui, Porthos, piquait avec fureur.
Ils eurent ainsi bientôt mis douze lieues entre eux et Vaux; puis il fallut changer de chevaux et organiser une sorte de service de poste. C’est pendant un relais que Porthos se hasarda discrètement à interroger Aramis.
– Chut! répliqua celui-ci; sachez seulement que notre fortune dépend de notre rapidité.
Comme si Porthos eût été le mousquetaire sans sou ni maille de 1626, il poussa en avant. Ce mot magique de fortune signifie toujours quelque chose à l’oreille humaine. Il veut dire assez, pour ceux qui n’ont rien; il veut dire trop, pour ceux qui ont assez.
– On me fera duc, dit Porthos tout haut.
Il se parlait à lui-même.
– Cela est possible, répliqua en souriant à sa façon Aramis, dépassé par le cheval de Porthos.
Cependant la tête d’Aramis était en feu; l’activité du corps n’avait pas encore réussi à surmonter celle de l’esprit. Tout ce qu’il y a de colères rugissantes, de douleurs aux dents aiguës, de menaces mortelles, se tordait, et mordait, et grondait dans la pensée du prélat vaincu.
Sa physionomie offrait les traces bien visibles de ce rude combat. Libre, sur le grand chemin, de s’abandonner au moins aux impressions du moment, Aramis ne se privait pas de blasphémer à chaque écart du cheval, à chaque inégalité de la route. Pâle, parfois inondé de sueurs bouillantes, tantôt sec et glacé, il battait les chevaux et leur ensanglantait les flancs.
Porthos en gémissait, lui dont le défaut dominant n’était pas la sensibilité. Ainsi coururent-ils pendant huit grandes heures, et ils arrivèrent à Orléans.
Il était quatre heures de l’après-midi. Aramis, en interrogeant ses souvenirs, pensa que rien ne démontrait la poursuite possible.
Il eût été sans exemple qu’une troupe capable de prendre Porthos et lui fût fournie de relais suffisants pour faire quarante lieues en huit heures. Ainsi, en admettant la poursuite, ce qui n’était pas manifeste, les fuyards avaient cinq bonnes heures d’avance sur les poursuivants.
Aramis pensa que se reposer n’était pas imprudence, mais que continuer était un coup de partie. En effet, vingt lieues de plus fournies avec cette rapidité, vingt lieues dévorées, et nul, pas même d’Artagnan, ne pourrait rattraper les ennemis du roi.
Aramis fit donc à Porthos le chagrin de remonter à cheval. On courut jusqu’à sept heures du soir; on n’avait plus qu’une poste pour arriver à Blois.
Mais, là, un contretemps diabolique vint alarmer Aramis. Les chevaux manquaient à la poste.
Le prélat se demanda par quelle machination infernale ses ennemis étaient arrivés à lui ôter le moyen d’aller plus loin, lui qui ne reconnaissait pas le hasard pour un dieu, lui qui trouvait à tout résultat sa cause; il aimait mieux croire que le refus du maître de poste, à une pareille heure, dans un pareil pays, était la suite d’un ordre émané de haut; ordre donné en vue d’arrêter court le faiseur de majesté dans sa fuite.
Mais, au moment où il allait s’emporter pour avoir, soit une explication, soit un cheval, une idée lui vint. Il se rappela que le comte de La Fère logeait dans les environs.
– Je ne voyage pas, dit-il, et je ne fais pas poste entière. Donnez-moi deux chevaux pour aller rendre visite à un seigneur de mes amis qui habite près d’ici.
– Quel seigneur? demanda le maître de poste.
– M. le comte de La Fère.