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Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]

Электронная книга - «Les Sorciers de Majipoor [Sorcerers of Majipoor - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, planète géante, le pouvoir est partagé entre le Coronal qui représente, le Pontife qui administre, et la Dame des Rêves qui inspire dans leur sommeil les milliards d’humains et de membres d’autre espèces.
A la mort d’un Pontife, le Coronal lui succède et nomme un nouveau Coronal. Jamais dans l’histoire multimillénaire de Majipoor, aucun n’a choisi son propre fils.
Or, mille ans avant le règne de Lord Valentin, tandis que le Pontife Prankipin agonise, les ambitions attisent les passions. Prestimion est le candidat idéal bien qu’il n’ait pas été encore désigné par le Coronal en titre, Lord Confalume.
Mais Confalume a un fils, Korsibar, d’autant de prestance que Prestimion. Et dont la soeur jumelle, la belle Thismet, est ambitieuse pour deux.
Sous le règne pacifique et prospère de Prankipin, adepte des sciences occultes, oracles, mages et sorciers ont conquis la faveur des grands, puis de tout le peuple, embrumant les esprits et répandant le désir de connaître et de maîtriser l’avenir.
La guerre qui s’annonce, dont personne ne veut, risque d’être aussi celle des ténèbres.
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Le sourire de Thismet se fit plus matois.

— Vous dites n’éprouver aucun ressentiment ?

— Déception serait plus approprié. Vous n’ignorez pas que j’espérais devenir roi.

— Tout le monde le savait.

— Mais les choses ont pris un tour différent ; tant pis pour moi. Il y a d’autres plaisirs dans la vie que de siéger sur un trône ou de promulguer des décrets et j’espère maintenant en profiter.

Il la regarda avec une insistance déconcertante.

Encore une fois, comme dans le Labyrinthe, elle fut prise au dépourvu par une bouffée de désir pour lui. La première fois, elle en avait été exaspérée et horrifiée ; mais, à l’époque, Prestimion était l’ennemi, le rival. Cela appartenait au passé. Même en éliminant les deux tiers de ce qu’il venait de dire, il lui semblait que Prestimion avait accepté d’assez bonne grâce son éviction. Et elle voyait, à des signes indiscutables, que lui aussi était attiré par elle. Elle se demanda comment utiliser cela à son profit dans la lutte engagée contre Korsibar.

Pendant qu’elle se plongeait dans ses réflexions, il se leva et reprit ses livres sous le bras.

— Bien, fit-il, je pars rassuré, Thismet. J’aimerais qu’il n’y ait jamais d’hostilité entre nous.

— Certainement, répondit-elle en levant les yeux vers lui tandis qu’il s’écartait de la table. Qu’il n’y ait jamais d’hostilité entre nous.

— La Dame Roxivail votre mère est là, lord Korsibar, annonça le majordome.

Korsibar n’en crut pas ses yeux. De charpente délicate, petite, brune, d’une beauté surnaturelle, Roxivail ressemblait tellement à Thismet que l’on aurait presque pu croire qu’elle était sa jumelle et non sa mère. Ses cheveux bruns bouclés avaient la même luisance profonde, ses yeux le même éclat diabolique.

Elle pénétra dans le bureau du Coronal moulée dans une robe courte de satin noir brillant, délicatement brodée de motifs pourpres, tout en dentelles, ruchés et points ajourés ornés de perles, dont le corsage était si profond que ses seins hauts et ronds, fermes comme ceux d’une jeune fille, semblaient en jaillir sans entrave. Une odeur suave et entêtante d’huile de funisar montait du creux de sa gorge.

Toute la peau visible de son corps avait un hâle profond, comme si elle passait la moitié de la journée dans le plus simple appareil, sur son île ensoleillée de Shambettirantil.

Korsibar ouvrit de grands yeux en la regardant s’avancer.

— Tu devrais te couvrir devant moi, mère.

— Pourquoi ? Suis-je si laide ?

— Tu es ma mère.

— Devrais-je, pour cette raison, m’habiller d’une manière particulière ? Je n’ai pas l’habitude d’être vêtue comme une vieille femme et je ne vois aucune raison d’avoir devant toi des pudeurs de mère de famille. Nous sommes des étrangers l’un pour l’autre, Korsibar. Tu étais un bébé quand j’ai quitté le Château. Je n’ai pas vraiment l’impression d’être une mère.

— Peu importe, tu es ma mère. Couvre-toi.

— La vue de mon corps te dérange ? demanda-t-elle avec un sourire de coquette. Pardonne-moi.

Elle savait qu’elle l’avait perturbé et y prenait du plaisir.

Korsibar comprenait maintenant pourquoi lord Confalume n’avait pas nourri trop de regrets de son départ.

Il continua de fixer sur elle un regard froid. Le sourire de Roxivail se fit malicieux et elle rabattit un pan de satin sur sa poitrine.

— Je suis venue te faire mes adieux, reprit-elle. Je pars dans deux jours, pour commencer mon voyage vers l’île de la Dame. Où m’attend, je le crois, un affrontement terrible avec ta tante, la Dame Kunigarda.

— Un affrontement ? Pour savoir qui sera la Dame ?

— Je n’ai reçu d’elle aucun message de bienvenue. Aucun émissaire de son entourage n’est venu me proposer de m’accompagner jusqu’à l’île. Pas un mot sur l’instruction que je dois recevoir avant d’exercer les fonctions de la Dame. Pas le moindre signe indiquant qu’elle te reconnaît comme Coronal ni qu’elle est disposée à se démettre.

— Ah ! fit Korsibar.

Il avait déjà appris la valeur qu’un monarque pouvait tirer de ce ah ! évasif.

— Il lui faudra évidemment se démettre à mon arrivée, que cela lui plaise ou non. Tu es roi, je suis ta mère et les règles sont ce qu’elles sont : la mère du Coronal devient la Dame de l’île. Un point, c’est tout. Mais je pense qu’elle me compliquera la tâche. Kunigarda est dure, coriace, entêtée. Je me souviens bien d’elle.

— Si elle refuse de te laisser la place, dit Korsibar, je donnerai des ordres pour qu’elle cède.

Roxivail éclata de rire. Un petit rire aigu, grinçant comme une râpe, qui agaça les nerfs de Korsibar.

— C’est précisément parce qu’elle ne te considère pas comme le Coronal légitime qu’elle ne me cédera certainement pas la place. En quoi un ordre de toi pourrait-il, dans ces conditions, changer quoi que ce soit ? Mais laisse-moi me charger d’elle, Korsibar. Je saurai la mettre au pas.

— Ainsi, tu veux réellement devenir la Dame de l’île ?

Elle sembla prise de court et laissa s’écouler un moment avant de répondre.

— Oui ! Bien sûr ! Pourquoi demandes-tu cela ?

— J’aurais cru que tu préférais de loin le confort de ton île du Golfe, répondit-il, perplexe. Ton palais somptueux, la chaleur du vent et l’éclat du soleil, ta vie de luxe et d’oisiveté.

— Un palais, le vent et le soleil, je peux les avoir sur l’île des Rêves, le luxe aussi, si je le désire. Pour ce qui est de l’oisiveté, j’en ai eu mon content, jusqu’à la fin de mes jours.

— Ah ! répéta Korsibar.

— Je n’avais jamais pensé devenir la Dame de l’île, tu sais, ni rien d’autre que moi-même. Je n’étais que l’épouse séparée de lord Confalume. Est-ce donc une identité ? N’être connue de tous que par le nom de l’homme auquel j’avais été mariée ? Quand je vivais au Château, je n’avais rien à faire du matin au soir et pas beaucoup plus dans la nuit. Et cela n’a pas changé à Shambettirantil. Mais voilà, Korsibar, tu as réussi à devenir Coronal, ce qui fait de moi la Dame de l’île, ce dont je te serai éternellement reconnaissante. J’ai enfin un rôle à jouer sur cette planète. Et ne t’y trompe pas, mon fils, je suis impatiente d’assumer cette dignité.

— Je vois, fit-il.

Elle ressemblait donc à Thismet par l’esprit autant que par le corps. Belle, oisive, trop intelligente pour son bien, avide de pouvoir. Il n’avait jamais eu le moindre doute à ce sujet, mais Roxivail était à l’évidence la digne mère de sa fille.

— À propos, fit-elle d’un air détaché, comment Confalume a-t-il pris tout cela ?

— Tout quoi ?

— Tout ça. La manière dont tu lui as arraché la couronne des mains pour t’en coiffer, à la mort de Pankipin. C’est bien ce que tu as fait, non ? C’est ce qu’on raconte, en tout cas. J’ai parlé l’autre jour avec Confalume, quelques minutes seulement ; les premiers mots que nous échangions depuis vingt ans, je crois. Il a tellement changé. Il n’est plus que l’ombre de l’homme que j’ai connu. Toute sa force de caractère a disparu. Crois-tu qu’il est malade ?

— À ma connaissance, il est en bonne santé.

— Mais il t’a laissé te proclamer Coronal ? Il n’a pas levé le petit doigt pour t’arrêter ? La couronne devait revenir à Prestimion, d’après ce que j’ai entendu dire. Pourquoi Confalume n’est-il pas intervenu pour t’empêcher de faire ce que tu as fait ?

— Il était trop tard, répondit Korsibar. Nous étions un certain nombre – Thismet, Farquanor, quelques autres et moi-même – à avoir le sentiment que Prestimion n’était pas l’homme qu’il fallait, trop orgueilleux, imbu de lui-même. Il n’a pas dans son comportement, la majesté qui sied à un roi : il ne sait pas garder ses distances, comme je pense qu’un monarque doit le faire. Il fraie trop facilement avec trop de gens. Je suis donc passé à l’action. Et tout est allé si vite que père n’a pas pu ou pas voulu s’y opposer. Il a laissé faire ; voilà le résultat.

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