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Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:

La maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de «service militaire». Il faut noter l'actualité des réflexions sur le pouvoir et la violence dont Dostoïevski a parsemé ces Souvenirs. Comment ne pas penser également aux bagnes qui ont marqué ensuite la Russie, à Staline, au Goulag.
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– On s’éreinte à travailler, et on ne nous donne à manger que des horreurs, grommelait quelqu’un dans la cuisine.

– Si ça ne te plaît pas, commande du blanc-manger, riposta un autre.

– De la soupe aux choux aigres, mais c‘est très-bon, j’adore cela – exclama un troisième – c’est succulent.

– Et si l’on ne te nourrissait rien qu’avec de la panse de bœuf, la trouverais-tu longtemps fameuse?

– C’est vrai, on devrait nous donner de la viande – dit un quatrième; – on s’esquinte à la fabrique; et, ma foi, quand on a fini sa tâche, on a faim: de la panse, ça ne vous rassasie guère.

– Quand on ne nous donne pas des boyaux, on nous bourre de saletés!

– C’est vrai, la nourriture ne vaut pas le diable.

– Il remplit ses poches, n’aie pas peur.

– Ce n’est pas ton affaire.

– Et de qui donc? mon ventre est à moi. Si nous nous plaignions tous, vous verriez bien.

– Nous plaindre?

– Oui.

– Avec ça qu’on ne nous a pas assez battu pour ces plaintes! Buse que tu es!

– C’est vrai, ajoute un autre d’un air de mauvaise humeur; – ce qui se fait vite n’est jamais bien fait. Eh bien? de quoi te plaindras-tu, dis-le-nous d’abord.

– Je le dirai, parbleu. Si tout le monde y allait, j’irais aussi, car je crève de faim. C’est bon pour ceux qui mangent à part de rester assis, mais ceux qui mangent l’ordinaire…

– A-t-il des yeux perçants, cet envieux-la! ses yeux brillent rien que de voir ce qui ne lui appartient pas.

– Eh bien, camarades, pourquoi ne nous décidons-nous pas? Assez souffert: ils nous écorchent, les brigands! Allons-y.

– À quoi bon? il faudrait te mâcher les morceaux et te les fourrer dans la bouche, hein! voyez-vous ce gaillard, il ne mangerait que ce qu’on voudrait bien lui mâcher. Nous sommes aux travaux forcés.

– Voilà la cause de tout.

– Et comme toujours, le peuple crève de faim, et les chefs se remplissent la bedaine.

– C’est vrai. Notre Huit-yeux a joliment engraissé. Il s’est acheté une paire de chevaux gris.

– Il n’aime pas boire, dit un forçat d’un ton ironique.

– Il s’est battu il y a quelque temps aux cartes avec le vétérinaire. Pendant deux heures il a joué sans avoir un sou dans sa poche. C’est Fedka qui l’a dit.

– Voilà pourquoi on nous donne de la soupe aux choux avec de la panse.

– Vous êtes tous des imbéciles! Est-ce que cela nous regarde?

– Oui, si nous nous plaignons tous, nous verrons comment il se justifiera. Décidons-nous.

– Se justifier? Il t’assénera son poing sur la caboche, et rien de plus.

– On le mettra en jugement.

Tous les détenus étaient fort agités, car en effet notre nourriture était exécrable. Ce qui mettait le comble au mécontentement général, c’était l’angoisse, la souffrance perpétuelle, l’attente. Le forçat est querelleur et rebelle de tempérament, mais il est bien rare qu’il se révolte en masse, car ils ne sont jamais d’accord; chacun de nous le sentait très-bien, aussi disait-on plus d’injures qu’on n’agissait réellement. Cependant, cette fois-là, l’agitation ne fut pas sans suites. Des groupes se formaient dans les casernes, discutaient, injuriaient, rappelaient haineusement la mauvaise administration de notre major et en sondaient tous les mystères. Dans toute affaire pareille, apparaissent des meneurs, des instigateurs. Les meneurs dans ces occasions, sont des gens très-remarquables, non-seulement dans les bagnes, mais dans toutes les communautés de travailleurs, dans les détachements, etc. Ce type particulier est toujours et partout le même: ce sont des gens ardents, avides de justice, très-naïfs et honnêtement convaincus de la possibilité absolue de réaliser leurs désirs; ils ne sont pas plus bêtes que les autres, il y en a même d’une intelligence supérieure, mais ils sont trop ardents pour être rusés et prudents. Si l’on rencontre des gens qui savent diriger les masses et gagner ce qu’ils veulent, ils appartiennent déjà à un autre type de meneurs populaires excessivement rare chez nous. Ceux dont je parle, chefs et instigateurs de révoltes, arrivent presque toujours à leur but, quitte à peupler par la suite les travaux forcés et les prisons. Grâce à leur impétuosité, ils ont toujours le dessous, mais c’est cette impétuosité qui leur donne de l’influence sur la masse: on les suit volontiers, car leur ardeur, leur honnête indignation agissent sur tout le monde: les plus irrésolus sont entraînés. Leur confiance aveugle dons le succès séduit même les sceptiques les plus endurcis, bien que souvent cette assurance qui en impose ait des fondements si incertains, si enfantins, que l’on s’étonne même qu’on ait pu y croire. Le secret de leur influence, c’est qu’ils marchent les premiers sans avoir peur de rien. Ils se jettent en avant la tête baissée, souvent sans même connaître ce qu’ils entreprennent, sans ce jésuitisme pratique grâce auquel souvent un homme abject et vil a gain de cause, atteint son but, et sort blanc d’un tonneau d’encre. Il faut qu’ils se brisent le crâne. Dans la vie ordinaire, ce sont des gens bilieux, irascibles, intolérants et dédaigneux, souvent même excessivement bornés, ce qui du reste fait aussi leur force. Le plus fâcheux, c’est qu’ils ne s’attaquent jamais à l’essentiel, à ce qui est important, ils s’arrêtent toujours à des détails, au lieu d’aller droit au but, ce qui les perd. Mais la masse les comprend, ils sont redoutables à cause de cela.

Je dois dire en quelques mots ce que signifie le mot: «grief.»

Quelques forçats avaient précisément été déportés pour un grief; c’étaient les plus agités, entre autres un certain Martinof qui avait servi auparavant dans les hussards et qui, tout ardent, inquiet et colère qu’il fût, n’en était pas moins honnête et véridique. Un autre, Vassili Antonof, s’irritait et se montait à froid; il avait un regard effronté avec un sourire sarcastique, mais il était aussi honnête et véridique – un homme fort développé du reste. – J’en passe, car ils étaient nombreux; Pétrof faisait la navette d’un groupe à l’autre; il parlait peu, mais bien certainement il était aussi excité, car il bondit le premier hors de la caserne quand les autres se massèrent dans la cour.

Notre sergent, qui remplissait les fonctions de sergent major, arriva aussitôt tout effrayé. Une fois en rang, nos gens le prièrent poliment de dire au major que les forçats désiraient lui parler et l’interroger sur certains points. Derrière le sergent arrivèrent tous les invalides qui se mirent en rang de l’autre côté et firent face aux forçats. La commission que l’on venait de confier au sergent était si extraordinaire qu’elle le remplit d’effroi, mais il n’osait pas ne pas faire son rapport au major, parce que si les forçats se révoltaient, Dieu sait ce qui pourrait arriver, – Tous nos chefs étaient excessivement poltrons dans leurs rapports avec les détenus, – et puis, même si rien de pire n’arrivait, si les forçats se ravisaient et se dispersaient, le sous-officier devait néanmoins avertir l’administration de tout ce qui s’était passé. Pâle et tremblant de peur, il se rendit précipitamment chez le major, sans même essayer de raisonner les forçats. Il voyait bien que ceux-ci ne s’amuseraient pas à discuter avec lui.

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