La Marquise De Pompadour Tome I
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:
– Horrible! horrible! murmura en elle-même Juliette Bécu qui, à haute voix, ajouta:
– C’est charmant… Et c’est vous qui avez combiné tout ce superbe plan?
– En partie, répondit du Barry d’une voix sombre. Dans la partie qui concerne l’honnête homme insulté, j’ai en effet donné quelques idées…
Un lourd silence pesa pendant de longues minutes dans l’élégant salon-boudoir.
Juliette frissonnait et contemplait avec épouvante son compagnon.
Du Barry, pensif, fixait ses yeux durs sur le feu, tandis qu’un sourire livide crispait ses lèvres.
– Oui, répondit le comte, tout cela se fera. Tout est prévu, combiné. Ni le roi… ni elle… ni lui! lui surtout! ne peuvent nous échapper.
– Et quand la chose doit-elle se faire?…
– Cela dépend maintenant de Bernis…
– Bernis?… Ce petit poète?…
– Ce grand homme, fit du Barry sans qu’on pût savoir positivement si sa parole exprimait de l’admiration ou du mépris.
– Et que vient faire en tout ceci Bernis? demanda Juliette. Je ne lui ai parlé que deux fois; il me fait l’effet d’un écervelé… Je voudrais bien savoir…
– Hum! fit du Barry en jetant un regard aigu sur la fille galante. Vous en voulez trop savoir, ma chère…
Juliette tressaillit, mais déguisa son émotion sous un geste d’indifférence.
– Nous jouons ici la tragédie, reprit du Barry. Bernis a son rôle, j’ai le mien, vous avez le vôtre. Croyez-moi, vous serez une détestable comédienne si vous cherchez à connaître la réplique de vos partenaires au lieu de songer à la vôtre…
– C’est vrai… cependant, mon cher, puisque nous sommes associés, je serais bien aise de connaître votre sentiment sur l’homme qui nous mène, ou, pour continuer votre comparaison, sur le metteur en scène qui nous indique nos gestes.
– M. Jacques?…
– Oui! Qui est-il? Où va-t-il? Que veut-il? Comment s’appelle-t-il?
– M. Jacques s’appelle M. Jacques, dit du Barry d’une voix qui fit frissonner Juliette. Qui il est? Je l’ignore. Ce qu’il veut? Je ne le sais pas plus que vous. Je sais seulement qu’il paie royalement, je sais qu’il m’inspire une admiration et une terreur sans bornes; je sais que j’aimerais mieux braver en face le roi, au milieu de sa cour, plutôt que de me heurter à un pareil homme. Il sait tout. Il voit tout. Il entend tout. Il a ses agents jusque dans les antichambres du Louvre. Rien ne lui échappe. Voilà tout ce que je sais. Et pour une fortune, je ne voudrais pas entreprendre de deviner ce qu’il lui plaît de nous cacher… Si vous êtes intelligente, vous ferez comme moi.
Cette fois, du Barry parlait avec une évidente sincérité.
Juliette Bécu, profondément troublée de cette terreur qu’elle voyait chez son redoutable compagnon, n’osa pas insister.
– Quoi qu’il en soit, reprit-elle pour détourner les soupçons qu’elle craignait d’avoir éveillés dans l’esprit de du Barry, M. Jacques se conduit avec moi en vrai galant homme… Cette demeure… cette prison qu’il m’assigne, est une véritable bonbonnière. Tout y est d’un goût charmant. Et que me faut-il de plus à moi, pauvre fille…
– Pauvre fille? Vous? ricana du Barry; mais vous êtes comtesse, ma chère, ne l’oubliez jamais.
– Oh! sur la scène, je n’aurai garde de l’oublier; mais ici, dans la coulisse…
– Vous avez tort, mon enfant, fit brusquement une voix.
Juliette et du Barry tressaillirent, et, se retournant, aperçurent M. Jacques.
Ils pâlirent.
Par où était-il entré?…
Comment se trouvait-il là, à deux pas, au milieu du salon, souriant et paternel?…
Une sorte de superstitieuse épouvante s’empara d’eux.
Toutes les portes étaient fermées…
Ils n’étaient pas éloignés de croire que le mystérieux personnage était armé d’une surhumaine puissance.
– Il sait tout! Il voit tout! Il entend tout! se dit Juliette palpitante en répétant les paroles que le comte venait de prononcer.
– Vous avez tort, continuait M. Jacques avec son paisible sourire, de supposer que vous êtes comtesse du Barry en certaines circonstances et que vous ne l’êtes pas en d’autres. Toujours et partout, vous êtes la comtesse du Barry. Et en voici la preuve que je vous apportais, et que je vous laisse…
À ces mots, il étala sur un guéridon un parchemin que Juliette et le comte parcoururent ensemble avec la même avidité et le même étonnement.
C’était un acte en règle signé par le curé de Saint-Eustache, avec signatures de témoins à l’appui, qui certifiait véritable et valable le mariage du comte du Barry et de Juliette Bécu. La date remontait à trois années en arrière.
– À bientôt, mon enfant, reprit M. Jacques. Comte, voulez-vous m’accompagner? J’ai besoin de vos infatigables bons offices. Il faut que je traverse les champs qui entourent Versailles, et figurez-vous que la nuit, seul, j’ai peur!
Du Barry suivit M. Jacques. Il chancelait presque.
Juliette, demeurée seule, tint longtemps son regard fixé sur le parchemin.
Elle méditait.
– Eh bien! soit, murmura-t-elle enfin avec un frisson. Je suis dans les mains de cet homme. J’irai jusqu’au bout… J’empêcherai Mme d’Étioles de devenir la favorite du roi… mais…
Elle s’arrêta, haletante, regardant autour d’elle, comme si elle eût craint que sa pensée même ne fût surprise. Puis, elle acheva:
– Mais je ne veux pas qu’on tue ce pauvre petit chevalier d’Assas, moi!…
XXX LA PETITE SUZON
La Maison où Jeanne avait consenti à entrer sur la promesse formelle que le roi n’y entrerait lui-même qu’en plein jour et qu’elle y pourrait recevoir qui bon lui semblerait était disposée de la façon suivante:
L’entrée d’abord. Une pièce à droite, une à gauche; celle de droite était occupée par l’office et la cuisine; celle de gauche par la cuisinière et deux filles de service. Au fond de l’entrée s’ouvrait l’antichambre; à droite de l’antichambre, la salle à manger; à gauche, un petit salon.
Salles à manger, antichambre et salon donnaient par des portes-fenêtres sur un jardin assez vaste et parfaitement entretenu, entouré de hautes murailles difficiles à escalader; il n’y avait à ces murs qu’une petite porte bâtarde par où entrait tous les matins un jardinier qui ne pénétrait jamais dans la maison et qui, une fois son ouvrage fait, se retirait.
Dans l’entrée, un petit escalier tournant permettait d’accéder au premier étage qui comprenait cinq pièces dont la plus petite était occupée par la femme de chambre et dont les quatre autres, assez vastes, constituaient l’appartement privé de la maîtresse.
Chambre à coucher d’une royale élégance, grand salon-atelier comme c’était la mode à cette époque où toutes les grandes dames faisaient de la peinture, de la musique et même de la gravure; boudoir encombré de bibelots, et enfin magnifique cabinet de toilette.