Les Pardaillan – Livre III – La Fausta
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre III – La Fausta». Краткое содержание книги:
– Pour toi, mère chérie, murmura l’enfant… pour mettre un bouquet sur ta tombe…
Et sa voix, mélodie vivante qui pénétrait jusqu’au cœur, sa voix d’or commença une naïve complainte d’amour… mais dès la première strophe, elle s’arrêta, brisée par un sanglot… Le duc de Guise s’avança vivement. Il oubliait où il se trouvait, et que des milliers de regards pesaient sur lui! La passion l’emportait! Les larmes de Violetta la lui faisaient paraître cent fois plus belle.
– Vous pleurez? demanda-t-il d’une voix altérée.
La chanteuse leva sur lui son suave regard noyé de douleur.
– Vous! balbutia-t-elle frissonnante. Laissez-moi! Oh! par grâce, éloignez-vous!
– Tu pleures, jeune fille! reprit le duc haletant. Si tu voulais… jamais plus tu ne pleurerais… car tu serais la plus fêtée, la plus choyée dans Paris… Écoute-moi, gronda-t-il avec plus de menaçante ardeur, ne te recules pas ainsi… Par le ciel! il faut que tu saches que je t’aime… il faut.
À ce moment, comme Charles d’Angoulême, livide, la main à la garde de l’épée, s’avançait en frémissant, une éclatante fanfare de trompettes résonna sur la place de Grève… Des clameurs furieuses aussitôt s’élevèrent de la multitude qui reflua, tourbillonna…
– Les gardes du roi! Les suisses de Crillon! À mort!… À l’eau!…
Ces gardes, ces suisses, c’étaient ceux qui, la veille, avaient essayé d’enlever les barricades élevées par le peuple!… C’étaient ceux que les bandes de Brissac, de Crucé, de Bois-Dauphin avaient refoulés jusque dans l’Hôtel de Ville où ils s’étaient enfermés, où ils avaient passé la nuit, et d’où ils venaient de sortir, trompettes en tête!…
Le duc de Guise s’élança en poussant une imprécation. Ses gentilshommes le suivirent, l’épée à demi tirée… Le peuple, à la vue de ses ennemis de la veille, poussait des vociférations de rage… En un instant, la place, si paisible et joyeuse, fut remplie de hurlements, bousculades de bourgeois courant s’armer, cris de terreur des femmes qui s’évanouissaient…
– Aux armes! À mort les suppôts d’Hérodes!…
– À l’eau, les gardes! À l’eau, Crillon!…
Et ce fut dans ce tumulte de prise d’armes, à cette minute où les arquebusades allaient peut-être recommencer, ce fut dans le bouillonnement des foules autour de la roulotte, qu’eut lieu la première rencontre de Charles d’Angoulême et de Violetta…
En voyant Guise se précipiter vers Crillon, Charles avait renfoncé son épée et s’était arrêté près de l’enfant… Quelque chose comme une aurore d’espérance se leva dans les beaux yeux de Violetta… Ils étaient l’un devant l’autre, tous deux d’une exquise jeunesse, d’un charme intense dans la grande rumeur d’orage qui se déchaînait. Pour la première fois, ils se voyaient de près et se parlaient… ils étaient pâles: l’extase les faisait trembler…
– De grâce, dit-il doucement, ne craignez rien… Vous pleuriez… Est-ce que cet insolent gentilhomme…
– Non! oh! non, fit-elle avec effroi. Je pleurais… voyez-vous… parce que…
Elle inclina la tête, et d’une voix très basse, infiniment triste:
– Ma mère est morte!… Elle est là… toute seule!… Et nul ne se penche sur ce pauvre corps pour lui faire l’aumône d’une prière.
Elle se reprit à pleurer, une main devant ses yeux.
– Votre mère est là… morte! dit Charles en pâlissant de pitié comme il avait pâli d’amour. Et vous, pauvre enfant, on vous forçait à chanter!… ceci est horrible!…
– Non, non! dit-elle en jetant un regard de terreur sur Belgodère qui rôdait autour d’eux en grondant. Je chantais… pour acheter des fleurs à ma mère…
Le duc d’Angoulême frissonna. À cette minute, un grand silence solennel tomba sur la Grève. Les trompettes se taisaient. La multitude avait cessé ses clameurs; Crillon et le duc de Guise échangeaient des paroles que chacun tâchait d’entendre…
Charles prit une main de Violetta qui, à ce contact, tressaillit… Il la conduisit à la roulotte, la fit monter et entra lui-même… Alors il aperçut le corps de la Simonne étendu sur sa couchette, et il s’inclina, la tête nue, tandis que Violetta s’agenouillait…
– Veillez votre mère, dit-il avec une expression d’immense pitié. Soyez l’ange qui se penche sur cette morte. Et quant à son cercueil, c’est moi qui le fleurirai, si vous daignez le permettre…
Violetta leva sur lui un regard éperdu de reconnaissance… Alors, troublé jusqu’au fond de l’âme, les yeux mouillés, le cœur palpitant, le jeune duc sortit et se dirigea droit vers un éventaire de fleurs devant lequel se tenait une bonne grosse commère. Sans rien dire, il jeta à la marchande stupéfaite un ducat d’or, et à pleins bras, il ramassa des fleurs, des gerbes de roses blanches et rouges, des brassées d’œillets aux senteurs pénétrantes, des jasmins délicats, des jonchées de lys et de giroflées… Et chargé de son fardeau parfumé, il rentra dans la roulotte, se mit à épandre les jasmins, les œillets, les roses autour du corps, sur le corps, qui bientôt disparut sous ce linceul fleuri…
Violetta, à genoux, les mains jointes, extasiée, douloureuse et ravie, regardait, croyant faire un beau rêve.
– Ce n’est ni le lieu ni l’heure de vous parler, dit alors Charles d’Angoulême. Mais dès maintenant, cessez de craindre quoi que ce soit… Il est impossible, ajouta-t-il avec une émotion croissante, que vous demeuriez avec ces bohémiens… Demain matin, je viendrai parler au maître de cette voiture…
– Qui est tout prêt à vous entendre, monseigneur, et à vous répondre! dit près de Charles une voix ironique et rocailleuse.
Le jeune duc toisa le sacripant courbé en deux devant lui.
– Où pourrai-je te parler, mon maître? demanda-t-il.
– Ici près, monseigneur: rue de la Tissanderie, à l’Auberge de l’Espérance, où je remise mon cheval, mon carrosse, mon léopard et mes gens.
– C’est bien. Attends-moi donc dès demain matin.
Charles d’Angoulême jeta un dernier regard sur Violetta prosternée, le visage dans les deux mains, puis sur la morte dont la pâle figure lui parut alors s’illuminer d’un sourire vague, pareil à quelque mystérieux remerciement.
– À la vengeance, maintenant! murmura-t-il. Ô mon père, regarde ce que va faire ton fils!
Et il sortit, se dirigeant droit vers le duc de Guise!… Belgodère, debout sur le haut des marches, les bras croisés, ricanait:
– Viens demain, oui, je t’attendrai de pied ferme. Imbécile!… Demain! Où sera demain Violetta?
Il haussa les épaules et descendit en grognant:
– Il faut pourtant que j’aille prévenir qu’on me débarrasse du cadavre. Le plus tôt sera le mieux. Aujourd’hui même tu seras partie, la Simonne. Bon voyage!…
Et il allait s’élancer, lorsqu’au bas des marches il vit se dresser devant lui un homme vêtu de velours noir dont le visage livide semblait celui d’un mort qui vient de se lever du fond de la tombe. Et cet homme avait une de ces glaciales voix dont l’accent fait frissonner.
– C’est toi, demanda-t-il, qui es Belgodère, maître de cette voiture?
«Voilà une infernale figure», songea le bohémien qui frémit malgré lui. Oui, mon gentilhomme, ajouta-t-il tout haut, je suis celui que vous dites. À votre service bien humblement.