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Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:

Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, Jean de Pardaillan et son père Honoré vont permettre à Loïse et à sa mère Jeanne de Piennes de retrouver François de Montmorency après 17 ans de séparation. Catherine de Médicis, ayant persuadé son fils Charles IX de déclencher le massacre des huguenots, Paris se retrouve à feu et à sang. Nos héros vont alors tout tenter pour traverser la ville et fuir la vengeance de Henry de Montmorency, maréchal de Damville et frère de François…
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Tout à coup, Gillot rouvrit les yeux.

Les hésitations de Gilles cessèrent à l’instant même. Gillot n’eut pas le temps de pousser jusqu’au bout le cri de terreur et de supplication que déjà l’horrible vieux lui enfonçait sa tenaille dans la bouche, ou plutôt, il cherchait à lui enfoncer.

Le malheureux, les yeux sanglants, les veines du front gonflées par l’effort, serrait les dents, en une crise de désespoir.

Cette lutte muette était effroyable.

Gillot eut soudain une sorte de grognement bref, puis une longue, une hideuse clameur stridente, frénétique: la tenaille avait saisi la langue! La tenaille venait de couper cette langue!

– Tant pis! murmura Gilles. S’il ne s’était pas débattu, j’eusse coupé proprement la chose avec mon couteau.

Et comme il commençait son ricanement de démon, comme un coup de vent furieux ouvrait soudain sa fenêtre et éteignait le flambeau sur la table, Gilles, lui aussi, se mit tout à coup à hurler d’épouvante. Gillot venait de le saisir à la gorge!

Dans le paroxysme de souffrance, Gillot s’était raidi d’un effort étrange, Gillot avait cassé la corde qui attachait son bras, Gillot, à demi-mort, mais rendu fou furieux par l’atroce douleur, s’était levé et se laissant lourdement retomber sur son oncle, Gillot râlant, Gillot proférant des moignons de paroles, Gillot épouvantable, sanglant, monstrueux, enlaça le vieillard, ses doigts s’incrustèrent dans sa gorge, tous deux roulèrent sur le carreau…

Pendant quelques minutes, l’obscurité fut pleine de râles, de secousses, de grognements…

Puis tout s’apaisa…

Lorsque le jour vint, lorsque le soleil pénétra par la fenêtre ouverte, il éclaira deux cadavres enlacés, dont l’un, la figure rouge de sang, serrait encore l’autre à la gorge.

XXII DIEU LE VEUT!

Panigarola priait, agenouillé, prostré sur les marches du maître-autel de Saint-Germain-l’Auxerrois. Il priait, c’est-à-dire qu’il discutait avec lui-même, dans un tragique et silencieux corps-à-corps. Il semblait de pierre. Les plis de sa robe n’avaient pas un tressaillement. La prière au pied des autels, chez ce moine incrédule, prenait la forme la plus pure, la plus idéale, la plus auguste de la prière. Il ne s’adressait pas à un être surnaturel, il s’adressait à lui-même. Il n’implorait ni la bonté, ni la puissance de la divinité: il cherchait dans son âme tourmentée une lueur de vérité.

Voici quelle fut la prière du moine dans la silencieuse église, que la tempête extérieure battait de ses ailes géantes, tandis que Catherine de Médicis, embusquée à la petite porte, guettait l’arrivée d’Alice de Lux, l’arrivée du comte de Marillac, tandis que les cinquante nobles ribaudes, les cinquante belles demoiselles, là-bas, au fond, attendaient, pétrifiées, le poignard à la main.

– Christ a souffert. Socrate a souffert. Mais tous deux étaient soutenus par une idée sublime. Moi qui ai l’âme vaste d’un Christ, l’âme lucide d’un Socrate, je souffre comme eux, et je ne trouve pour me soutenir qu’une idée basse, malingre et d’étroite envergure: la vengeance. Christ et Socrate étaient des hommes comme moi. Et toute l’histoire, tous les écrits, tous les témoignages des contemporains prouvent qu’ils sont morts en pleine sérénité. Moi qui ai rêvé de larges fraternités comme Christ, moi qui ai conçu une république plus belle que la république de Platon, je ne trouve en moi que haine et passion déchaînées… Pourquoi? Est-ce parce qu’une femme s’est dressée sur ma route? Est-ce parce que j’ai aimé cette femme?… Tâchons à voir clair en moi-même… Pourquoi suis-je ici? Que viens-je faire? Et qu’ai-je fait?… Ce que j’ai fait est terrible: pour atteindre un homme, j’ai fait passer ma haine dans l’âme des multitudes à qui j’ai parlé au nom de Dieu, c’est-à-dire au nom de ce qui est pour les hommes, la Bonté, le Pardon, la Justice. Donc, au nom de la Justice, j’ai indiqué qu’il fallait être injuste envers une foule de malheureux; au nom du Pardon, j’ai soutenu qu’il fallait exterminer ceux qui ne croient pas comme les catholiques; au nom de la Bonté, j’ai déchaîné la haine… Les huguenots vont être détruits parce qu’ils ont eu horreur du mensonge et de la simonie… Parce que j’ai déclaré qu’ils étaient l’hérésie, l’imposture et la trahison… parce que j’ai voulu atteindre Marillac! Oui, oui! Pour moi, tout est là. Je veux ignorer la politique de Catherine et de Charles et de Guise. Ils veulent tuer comme je veux tuer. Pourquoi? Peu m’importe! Ce qui importe, c’est que nous avions tous besoin les uns des autres pour assouvir nos passions et que nous avons fait d’effroyables alliances… Que ces alliances servent les secrets desseins de la sainte Inquisition de Rome, que l’esprit impur de la domination nous ait suscités, que nous soyons de misérables instruments aux mains de la puissance occulte qui veut asservir le monde, là n’est pas la question pour moi… J’ai voulu tuer Marillac. Voilà ma vérité à moi! J’ai voulu emporter cette femme! J’ai voulu conquérir un baiser, et pour ce baiser, j’ai mis le feu aux quatre horizons du monde!… Or, où en suis-je maintenant? Il s’agit de préciser: je ne peux plus m’échapper par quelque argument; me voici en présence de l’inévitable. Voici: aujourd’hui, l’envoyée de Catherine m’est venue dire: «Ce soir, un peu avant minuit, soyez à Saint-Germain-l’Auxerrois: Alice vous attend.» Oui, voilà bien ce qui m’a été dit… Et lorsque j’arrive, ayant oublié Marillac, lorsque j’arrive chercher de l’amour, c’est encore à ma haine que je me heurte, et Catherine est là pour me dire que Marillac va se trouver devant moi!… Ô sombre génie! ô ténébreuse conspiratrice! qu’attends-tu de moi?… Ce que tu attends de moi, reine, c’est que je mette dans l’âme de cet homme autant de douleur, autant de haine qu’il y en a dans la mienne! Et c’est cela que j’ai promis! Cette lettre, ce papier qui se tord dans ma main, je dois le faire lire à cet homme! Et voilà à quoi aboutit ma vengeance!… à cette chose ignoble et basse, vile et hideuse, que moi, marquis de Pani-Garola, moi, qu’au-delà des monts on appelait le loyal, le fier, le probe gentilhomme, moi qui rêvais de pitiés souveraines, oui, moi, je vais lâchement tuer un homme non pas en combat singulier comme jadis, non pas au soleil, l’âme forte et la pensée riante, mais dans l’ombre, après l’avoir attiré au plus infâme guet-apens, non pas les armes à la main, mais par un papier, par une forfaiture!… Voilà ce que je vais faire! Et cela pour qu’une femme qui ne m’aime pas soit à moi! Pour que deux êtres qui s’adorent soient à jamais séparés!…Le ferai-je?…Et si je le fais, voyons?… J’emporte cette femme. Elle est à moi… Supposons la chose faite… me voici avec elle, au loin, où cela? Peu importe… je m’approche d’elle… la voici qui pleure… où vais-je trouver les paroles de consolation? Alice, Alice, écoute-moi. Écoute l’amour… l’amour!… Ah! quelle révolte la met debout! quel mépris dans ses yeux!… Et cette bouche de la femme adorée, cette bouche où je viens chercher un baiser… ah!…

Une main s’appesantit sur l’épaule du moine.

Il frissonna.

– L’heure terrible est venue! murmura-t-il.

Telle fut la prière du moine Panigarola, telle fut sa pensée suprême à l’instant où le comte de Marillac et Alice de Lux, les mains enlacées, l’âme ravie, pâles de bonheur, s’approchaient à pas lents et s’arrêtaient au pied de l’autel.

Catherine anxieuse, attentive, sans un geste de trop, concentrée dans l’attente, dit d’une voix calme:

– Voici celui qui va vous unir…

Les fiancés levèrent leur regard vers le moine qui lentement se redressait, rabattait son capuchon sur ses épaules et se tournait vers eux…

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