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Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre II – L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:

Le 24 août 1572, jour de la Saint Barthélemy, Jean de Pardaillan et son père Honoré vont permettre à Loïse et à sa mère Jeanne de Piennes de retrouver François de Montmorency après 17 ans de séparation. Catherine de Médicis, ayant persuadé son fils Charles IX de déclencher le massacre des huguenots, Paris se retrouve à feu et à sang. Nos héros vont alors tout tenter pour traverser la ville et fuir la vengeance de Henry de Montmorency, maréchal de Damville et frère de François…
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– Catho! Catho! s’écrièrent quelques truands.

– Mais Catho a raison! C’est la faute à Jehanne!

La grosse fille fit amende honorable et assura qu’elle avait voulu plaisanter en parlant de dénoncer la Roussotte et Pâquette. La paix se rétablit. Deux truands se chargèrent d’emporter le cadavre au loin, afin d’écarter tout soupçon du cabaret des Deux morts qui parlent. Puis, la société se dispersa.

Au moment où Paquette et La Roussotte allaient s’éloigner à leur tour Catho les retint:

– Restez, je veux vous parler, dit-elle.

L’auberge fut fermée; les lumières s’éteignirent.

Catho conduisit ses deux amies jusqu’à une chambre, et là elle leur dit:

– Alors, ce n’est pas vous qui avez tué la vieille?

– Catho! est-il possible que tu nous soupçonnes… Non, ce n’est pas nous…

– Eh bien, moi, dit Catho, je crois que c’est vous! Ne criez pas, ne pleurez pas, c’est inutile. Je crois que c’est vous. Et quand même ce ne serait pas vous, tout vous dénonce. Il y a des témoins pour prouver que vous avez tué la vieille… Vous avez entendu Jehanne? Silence, donc! pas de pleurnicheries, nous allons nous entendre… Écoutez-moi.

Paquette joignit les mains. La Roussotte baissa la tête. Elles tremblaient de terreur.

– Écoutez-moi, reprit Catho, si vous m’obéissez, je ne dis rien. Si vous ne m’obéissez pas, je vous dénonce. Choisissez.

– Commande! dirent-elles en claquant les dents.

– Voilà. Je vous demande cinq jours d’obéissance, pas une heure de plus; c’est facile.

– Que faut-il faire?

– Je vous le dirai au moment voulu. Mais pour le moment, vous allez coucher ici. De cinq jours vous ne sortirez pas de chez moi. N’ayez pas peur, vous savez qu’on y dort bien et qu’on y mange mieux. Bref, pour cinq jours, vous êtes mes prisonnières… Que voulez-vous, une lubie que j’ai…

– On t’obéira, Catho. On sera sages et on ne se montrera pas.

– C’est tout ce qu’il faut. Mais songez-y! Si l’une de vous me quitte d’ici samedi soir, je cours chez le Grand prévôt.

– Et samedi soir, qu’arrivera-t-il?…

– Eh bien, samedi soir, je vous rends la liberté; je vous habille comme des filles de bourgeoises, et tout simplement, vous vous rendez au Temple.

XXI LA DERNIÈRE FARCE DE L’ONCLE GILLES

Pendant que ces choses se passaient à l’auberge des Deux morts qui parlent, une scène grotesque et macabre se déroulait à l’hôtel de Mesmes. Et comme les événements se pressent, comme ils marchent de front, nous sommes bien obligé de conduire le lecteur qui, pas plus que nous, n’a le don d’ubiquité, successivement sur tous les théâtres où se jouent des actes divers du présent drame.

Ainsi, trois points de Paris, en cette soirée qui suivit le mariage d’Henri de Béarn et de Margot, en cette nuit où se déchaîna le violent orage que nous avons signalé, trois points disons-nous, sollicitent notre curiosité – sans parler du Louvre où éclatait le faste d’une fête dont les annales du temps parlent comme d’un événement magnifique; sans parler de l’hôtel de Montmorency où la disparition inexpliquée des deux Pardaillan avait jeté le trouble, la crainte et la douleur; sans parler des recoins obscurs où grouillaient des ombres préparant on ne sait quel cataclysme…

Ces trois points, ce sont: l’auberge de Catho que nous venons de quitter; l’église Saint-Germain-l’Auxerrois où nous devons revenir sur le coup de minuit; et enfin, l’hôtel de Mesmes.

L’hôtel du duc de Damville était désert: toute la maison du maréchal s’était transportée rue des Fossés-Montmartre. Il y avait à cela un double motif. Le premier, le plus important peut-être, c’est qu’Henri de Montmorency redoutait une attaque de son frère; la visite du vieux Pardaillan n’avait fait qu’exaspérer cette crainte.

– Prévenu à temps, se disait Damville, j’ai pu attendre cet homme de pied ferme et m’emparer de lui; mais qui sait si François, dans un coup de désespoir, ne viendra pas lui-même à la tête de ses gentilshommes? Et qui peut prévoir l’issue d’une pareille bataille!… Ou même qui sait s’il ne m’enverra pas quelque nouveau spadassin qui, cette fois, pourrait bien réussir?

Le deuxième motif, c’est que le maréchal ayant obtenu la surveillance de toutes les portes de Paris, en avait profité pour placer des hommes à lui à la porte Montmartre. Qu’une catastrophe se produisît, que Catherine de Médicis fût informée de la conspiration de Guise, comme Maurevert le laissait entendre, que Paris fût envahi par les troupes des provinces en marche, et il n’avait qu’un bond à faire pour fuir par la porte Montmartre.

L’hôtel de Mesmes était donc abandonné.

Cependant, ce soir-là, deux hommes s’y étaient introduits, et vers neuf heures, ils achevaient de souper dans l’office, en devisant entre eux: c’étaient Gilles, le digne intendant de Damville, et son neveu Gillot.

– Encore un bon coup de ce vieux vin, disait Gilles au moment où nous pénétrons auprès des deux compères.

Et il remplit le gobelet de Gillot. Le gobelet se trouva vide à l’instant même.

– Jamais je n’ai bu de vin pareil, fit Gillot d’une voix pâteuse.

Il avait la figure enluminée et les yeux brillants. Il était dans cet état de bienheureuse ébriété où l’on voit la vie en beau, mais qui précède immédiatement l’ivresse complète qui, si souvent, la fait paraître en laid.

– Tiens, mon enfant, va donc prendre ce flacon, là, dans cette armoire ouverte, et tu en boiras du meilleur.

Gillot se leva et obéit sans trop trébucher.

– Il n’est pas encore à point, murmura Gilles qui l’examinait.

Et il versa à son neveu une nouvelle rasade.

– Ainsi, reprit-il, tu ne veux plus retourner à l’hôtel Montmorency?

– Retourner là-bas! s’écria Gillot en levant les bras au ciel. Vous n’y pensez pas, mon oncle! Savez-vous que la maison est sens dessus dessous depuis la disparition du vieux coupeur de langues.

– Coupeur de langues? interrogea Gilles.

– Oui… le damné Pardaillan!… Il m’avait menacé de me couper la langue si je le trahissais!… Ah! ah!…

Gillot, renversé sur le dossier de son fauteuil se mit à rire aux éclats. Gilles fit chorus. Mais son rire, à lui, grinçait comme une vieille girouette et eût donné le frisson au neveu, si le neveu n’eût été occupé à ses agréables pensées.

– Or, continua Gillot, tout le monde, là-bas, se méfiait de moi. On devait soupçonner que j’étais pour quelque chose dans cette bonne farce; je vous le dis, mon oncle, il était temps que je m’en allasse… j’y eusse laissé ma tête… et je tiens à ma tête, moi… même depuis que vous l’avez privée… de ses plus beaux ornements… soit dit sans reproche, mon oncle!

Au souvenir de la mutilation qu’il avait subie, Gillot porta les deux mains à sa tête, soit pour s’assurer que cette tête était bien toujours à sa place, soit en signe d’adieu à ses oreilles défuntes. Il frissonna et parut se dégriser.

L’oncle se hâta de remplir son gobelet.

– Pour une farce, reprit Gillot après avoir bu, c’est une bonne farce! Le Pardaillan avait en moi une confiance! J’en ris encore… Et quand je lui ai assuré qu’il trouverait monseigneur tout seul… que j’en étais sûr… il a failli m’embrasser… oui, mon oncle… Pauvre diable! Je le plains… c’était un brave homme, tout de même!

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