Orchéron
- Автор: Бордаж Пьер
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Atalante
- ISBN: 2-84172-153-1
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Orchéron». Краткое содержание книги:
Un ensemble de communautés sont nées sur le continent du Triangle, autour de grands domaines agricoles matriarcaux gérés par les mathelles : les chasseurs lakchas qui traquent les troupeaux de yonks ; les djemales, disciples de Qval Djema, à la recherche de l' « éternel présent » ; les ventresecs, nomades des plaines jaunes. Fragile équilibre que celui de cette colonie entre tradition et ignorance.
Les umbres, mystérieux et terribles prédateurs volants, font peser une menace permanente sur sa survie. Des hommes masqués, les protecteurs des sentiers, ont entrepris d'instaurer la terreur au nom d'un dieu oublié de l'arche des origines ; ils ont juré d'éteindre les « lignées maudites ».
Orchéron, fils adoptif d'une mathelle, devenu leur proie désignée, se lance dans une fuite éperdue au bout de laquelle le rejoindront Alma, la jeune djemale boiteuse, et Ankrel l'apprenti chasseur.
Orchéron fait suite au roman Abzalon.
Je me demande d’ailleurs si nous ne devrions pas abandonner tout de suite nos mathelles et nous rendre dans les plaines sans attendre l’attaque des couilles-à-masques. Les ventresecs parviennent à survivre sur les étendues sauvages du Triangle pendant les deux ou trois mois d’hivernage, pourquoi n’y réussirions-nous pas ? Cette solution n’offrirait que des avantages : en premier, nous couperions à toute attaque surprise et nous éviterions de nouveaux massacres, un intérêt qui se suffit à lui-même, vous ne croyez pas ? En deuxième, nous pourrions nous rassembler dans un même lieu, dans l’une de ces nombreuses cavités dont les plaines sont truffées – ou, pourquoi pas ? à l’intérieur du conventuel de Chaudeterre, probablement déserté par les protecteurs des sentiers après leur sordide « victoire » -, regrouper nos provisions, notre eau, nos forces. En troisième, nous aurions l’opportunité de réfléchir tous ensembles à la meilleure manière d’éradiquer du nouveau monde le fléau des frères de Maran.
Je me suis déjà préparée à l’exode, tenant compte en cela des visions de ma fille Zephra. J’ai demandé à mes permanents d’établir des réserves de manne, de viande et de fruits secs. D’ajouter également des toits résistants aux chariots et aux attelages afin que nous disposions de refuges en cas d’averse de cristaux. Ce n’est pas de gaieté de cœur, vous vous en doutez, que j’abandonnerai mon mathelle, l’œuvre de ma vie, le bout de nouveau monde arrosé de ma sueur et de mon sang. Mais mon départ est peut-être aussi la meilleure façon de le protéger, de lui épargner la colère des couilles-à-masques. Certaines d’entre vous ne manqueront pas de me reprocher cette fuite, moi l’initiatrice du regroupement face aux protecteurs des sentiers, moi qui ai porté la responsabilité de la résistance sur mes modestes épaules. Je vous assure, chères amies, que cette fuite ne relève pas de la lâcheté – il me semble avoir déjà prouvé que je n’appartenais pas à l’engeance détestable des couardes – mais de la stratégie. La fureur des couilles-à-masques tombera comme un vent de la saison sèche à l’intérieur d’un domaine vidé de ses habitants et de ses ressources. Ils s’y installeront peut-être pour s’y reposer, et après ? Qu’ils utilisent nos lits, nos tables et nos baignoires si le cœur leur en dit, qu’ils profitent de notre toit, de notre feu et de notre eau, ils finiront par s’en aller, par chercher un autre endroit où évacuer leur fureur.
Faites en sorte que ce ne soit pas votre mathelle, mes amies.
Je me donne encore six jours avant de décider. Six jours qui vous laissent largement le temps de me répondre, de préparer au besoin votre propre exode. J’envisage de me diriger vers le nord, de monter d’abord au conventuel de Chaudeterre (mon incorrigible optimisme m’incite à penser que j’y trouverai peut-être des survivantes), de m’y installer si les conditions le permettent, ou de pousser encore un peu plus vers le nord si les couilles-à-masques ont réduit les bâtiments en cendres, de trouver une grotte avec une source chaude et une autre potable, d’y passer l’amaya au chaud, délivrée provisoirement de la menace de nos fanatiques adversaires.
Les visions de Zephra sont un peu plus précises pour ce qui concerne les batailles dans les trames plus obscures. Elle voit une ancienne djemale (aurais-je raison de croire que des sœurs ont survécu à l’agression ?) et un homme aux ascendances douloureuses, liées d’une manière ou d’une autre à la fondation des protecteurs des sentiers. Notre chère Halane ne pourra jamais nous entretenir de ses recherches dans l’histoire de nos ennemis, et je verse des larmes intarissables, car je pleure une amie sincère, véritable, mais il semble que les visions de Zephra aillent désormais dans le sens d’une plongée dans le passé. Puissent-elles découvrir de nouveaux éléments qui nous permettraient de mettre fin à cette absurde barbarie.
Les choses évoluant très vite désormais, ne tardez pas à me répondre, au moins celles qui seraient partantes pour l’exode, pour une nouvelle et, j’espère, exaltante aventure.
Je vous embrasse du fond du cœur.