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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Oh! pardonnez-moi, pardonnez-moi, Louise! J’étais fou de jalousie.

– Sire, la jalousie est une mauvaise pensée, qui venait comme l’ivraie quand on l’a coupée. Vous serez encore jaloux, et vous achèverez de me tuer. Ayez la pitié de me laisser mourir.

– Encore un mot comme celui-là, mademoiselle, et vous me verrez expirer à vos pieds.

– Non, non, Sire, je sais mieux ce que je vaux. Croyez-moi, et vous ne vous perdrez pas pour une malheureuse que tout le monde méprise.

– Oh! nommez-moi donc ceux-là que vous accusez, nommez-les-moi!

– Je n’ai de plaintes à faire contre personne, Sire; je n’accuse que moi. Adieu, Sire! Vous vous compromettez en me parlant ainsi.

– Prenez garde, Louise; en me parlant ainsi, vous me réduisez au désespoir; prenez garde!

– Oh! Sire! Sire! laissez-moi avec Dieu, je vous en supplie!

– Je vous arracherai à Dieu même!

– Mais, auparavant, s’écria la pauvre enfant, arrachez-moi donc à ces ennemis féroces qui en veulent à ma vie et à mon honneur. Si vous avez assez de force pour aimer, ayez donc assez de pouvoir pour me défendre; mais non, celle que vous dites aimer, on l’insulte, on la raille, on la chasse.

Et l’inoffensive enfant, forcée par sa douleur d’accuser, se tordait les bras avec des sanglots.

– On vous a chassée! s’écria le roi. Voilà la seconde fois que j’entends ce mot.

– Ignominieusement, Sire. Vous le voyez bien, je n’ai plus d’autre protecteur que Dieu, d’autre consolation que la prière, d’autre asile que le cloître.

– Vous aurez mon palais, vous aurez ma Cour. Oh! ne craignez plus rien, Louise; ceux-là ou plutôt celles-là qui vous ont chassée hier trembleront demain devant vous; que dis-je, demain? ce matin j’ai déjà grondé, menacé. Je puis laisser échapper la foudre que je retiens encore. Louise! Louise! vous serez cruellement vengée. Des larmes de sang paieront vos larmes. Nommez-moi seulement vos ennemis.

– Jamais! jamais!

– Comment voulez-vous que je frappe alors?

– Sire, ceux qu’il faudrait frapper feraient reculer votre main.

– Oh! vous ne me connaissez point! s’écria Louis exaspéré. Plutôt que de reculer, je brûlerais mon royaume et je maudirais ma famille. Oui, je frapperais jusqu’à ce bras, si ce bras était assez lâche pour ne pas anéantir tout ce qui s’est fait l’ennemi de la plus douce des créatures.

Et, en effet, en disant ces mots, Louis frappa violemment du poing sur la cloison de chêne, qui rendit un lugubre murmure.

La Vallière s’épouvanta. La colère de ce jeune homme tout-puissant avait quelque chose d’imposant et de sinistre, parce que, comme celle de la tempête, elle pouvait être mortelle.

Elle, dont la douleur croyait n’avoir pas d’égale, fut vaincue par cette douleur qui se faisait jour par la menace et par la violence.

– Sire, dit-elle, une dernière fois, éloignez-vous, je vous en supplie; déjà le calme de cette retraite m’a fortifiée: je me sens plus calme sous la main de Dieu. Dieu est un protecteur devant qui tombent toutes les petites méchancetés humaines. Sire, encore une fois, laissez-moi avec Dieu.

– Alors, s’écria Louis, dites franchement que vous ne m’avez jamais aimé, dites que mon humilité, dites que mon repentir flattent votre orgueil, mais que vous ne vous affligez pas de ma douleur. Dites que le roi de France n’est plus pour vous un amant dont la tendresse pouvait faire votre bonheur, mais un despote dont le caprice a brisé dans votre cœur jusqu’à la dernière fibre de la sensibilité. Ne dites pas que vous cherchez Dieu, dites que vous fuyez le roi. Non, Dieu n’est pas complice des résolutions inflexibles. Dieu admet la pénitence et le remords: il pardonne, il veut qu’on aime.

Louise se tordait de souffrance en entendant ces paroles, qui faisaient couler la flamme jusqu’au plus profond de ses veines.

– Mais vous n’avez donc pas entendu? dit-elle.

– Quoi?

– Vous n’avez donc pas entendu que je suis chassée, méprisée, méprisable?

– Je vous ferai la plus respectée, la plus adorée, la plus enviée à ma cour.

– Prouvez-moi que vous n’avez pas cessé de m’aimer.

– Comment cela?

– Fuyez-moi.

– Je vous le prouverai en ne vous quittant plus.

– Mais croyez-vous donc que je souffrirai cela, Sire? Croyez-vous que je vous laisserai déclarer la guerre à toute votre famille? Croyez-vous que je vous laisserai repousser pour moi mère, femme et sœur?

– Ah! vous les avez donc nommées, enfin; ce sont donc elles qui ont fait le mal? Par le Dieu tout-puissant! je les punirai!

– Et moi, voilà pourquoi l’avenir m’effraie, voilà pourquoi je refuse tout, voilà pourquoi je ne veux pas que vous me vengiez. Assez de larmes, mon Dieu! assez de douleurs, assez de plaintes comme cela. Oh! jamais, je ne coûterai plaintes, douleurs, ni larmes à qui que ce soit. J’ai trop gémi, j’ai trop pleuré, j’ai trop souffert!

– Et mes larmes à moi, mes douleurs à moi, mes plaintes à moi, les comptez-vous donc pour rien?

– Ne me parlez pas ainsi, Sire, au nom du Ciel! Au nom du Ciel! ne me parlez pas ainsi. J’ai besoin de tout mon courage pour accomplir le sacrifice.

– Louise, Louise, je t’en supplie! Commande, ordonne, venge-toi ou pardonne, mais ne m’abandonne pas!

– Hélas! il faut que nous nous séparions, Sire.

– Mais tu ne m’aimes donc point?

– Oh! Dieu le sait!

– Mensonge! Mensonge!

– Oh! si je ne vous aimais pas, Sire, mais je vous laisserais faire, je me laisserais venger, j’accepterais, en échange de l’insulte que l’on m’a faite, ce doux triomphe de l’orgueil que vous me proposez! Tandis que, vous le voyez bien, je ne veux pas même de la douce compensation de votre amour, de votre amour qui est ma vie, cependant, puisque j’ai voulu mourir, croyant que vous ne m’aimiez plus.

– Eh bien! oui, oui, je le sais maintenant, je le reconnais à cette heure: vous êtes la plus sainte, la plus vénérable des femmes. Nulle n’est digne, comme vous, non seulement de mon amour et de mon respect, mais encore de l’amour et du respect de tous; aussi, nulle ne sera aimée comme vous, Louise! nulle n’aura sur moi l’empire que vous avez. Oui, je vous le jure, je briserais en ce moment le monde comme du verre, si le monde me gênait. Vous m’ordonnez de me calmer, de pardonner? Soit, je me calmerai. Vous voulez régner par la douceur et par la clémence? Je serai clément et doux. Dictez-moi seulement ma conduite, j’obéirai.

– Ah! mon Dieu! que suis-je, moi, pauvre fille, pour dicter une syllabe à un roi tel que vous?

– Vous êtes ma vie et mon âme! N’est-ce pas l’âme qui régit le corps?

– Oh! vous m’aimez donc, mon cher Sire?

– À deux genoux, les mains jointes, de toutes les forces que Dieu a mises en moi. Je vous aime assez pour vous donner ma vie en souriant si vous dites un mot!

– Vous m’aimez?

– Oh! oui.

– Alors, je n’ai plus rien à désirer au monde… Votre main, Sire, et disons nous adieu! J’ai eu dans cette vie tout le bonheur qui m’était échu.

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