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Le vicomte de Bragelonne Tome III

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Et c’est vrai, ce que vous dites là? fit le roi se retournant vers le mousquetaire.

– Vrai comme la vérité.

Le roi ferma les poings et pâlit.

– Vous avez encore ajouté quelque chose, monsieur d’Artagnan, dit-il.

– Je ne sais plus, Sire.

– Vous avez ajouté que Mlle de La Vallière avait été chassée de la Cour.

– Oui, Sire.

– Et c’est encore vrai, cela?

– Informez-vous, Sire.

– Et par qui?

– Oh! fit d’Artagnan en homme qui se récuse.

Le roi bondit, laissant de côté ambassadeurs, ministres, courtisans et politiques.

La reine mère se leva: elle avait tout entendu, ou ce qu’elle n’avait pas entendu, elle l’avait deviné.

Madame, défaillante de colère et de peur, essaya de se lever aussi comme la reine mère; mais elle retomba sur son fauteuil, que, par un mouvement instinctif, elle fit rouler en arrière.

– Messieurs, dit le roi, l’audience est finie; je ferai savoir ma réponse, ou plutôt ma volonté, à l’Espagne et à la Hollande.

Et, d’un geste impérieux, il congédia les ambassadeurs.

– Prenez garde, mon fils, dit la reine mère avec indignation, prenez garde; vous n’êtes guère maître de vous, ce me semble.

– Ah! madame, rugit le jeune lion avec un geste effrayant, si je ne suis pas maître de moi, je le serai, je vous en réponds, de ceux qui m’outragent. Venez avec moi, monsieur d’Artagnan, venez.

Et il quitta la salle au milieu de la stupéfaction et de la terreur de tous.

Le roi descendit l’escalier et s’apprêta à traverser la cour.

– Sire, dit d’Artagnan, Votre Majesté se trompe de chemin.

– Non, je vais aux écuries.

– Inutile, Sire, j’ai des chevaux tout prêts pour Votre Majesté.

Le roi ne répondit à son serviteur que par un regard; mais ce regard promettait plus que l’ambition de trois d’Artagnan n’eût osé espérer.

Chapitre CLXVIII – Chaillot

Quoiqu’on ne les eût point appelés, Manicamp et Malicorne avaient suivi le roi et d’Artagnan.

C’étaient deux hommes fort intelligents; seulement, Malicorne arrivait souvent trop tôt par ambition; Manicamp arrivait souvent trop tard par paresse.

Cette fois, ils arrivèrent juste.

Cinq chevaux étaient préparés.

Deux furent accaparés par le roi et d’Artagnan; deux par Manicamp et Malicorne. Un page des écuries monta le cinquième. Toute la cavalcade partit au galop.

D’Artagnan avait bien réellement choisi les chevaux lui-même; de véritables chevaux d’amants en peine; des chevaux qui ne couraient pas, qui volaient.

Dix minutes après le départ, la cavalcade, sous la forme d’un tourbillon de poussière, arrivait à Chaillot.

Le roi se jeta littéralement à bas de son cheval. Mais, si rapidement qu’il accomplît cette manœuvre, il trouva d’Artagnan à la bride de sa monture.

Le roi fit au mousquetaire un signe de remerciement, et jeta la bride au bras du page.

Puis il s’élança dans le vestibule, et, poussant violemment la porte, il entra dans le parloir.

Manicamp, Malicorne et le page demeurèrent dehors; d’Artagnan suivit son maître.

En entrant dans le parloir, le premier objet qui frappa le roi fut Louise, non pas à genoux, mais couchée au pied d’un grand crucifix de pierre.

La jeune fille était étendue sur la dalle humide, et à peine visible, dans l’ombre de cette salle, qui ne recevait le jour que par une étroite fenêtre grillée et toute voilée par des plantes grimpantes.

Elle était seule, inanimée, froide comme la pierre sur laquelle reposait son corps.

En l’apercevant ainsi, le roi la crut morte, et poussa un cri terrible qui fit accourir d’Artagnan.

Le roi avait déjà passé un bras autour de son corps. D’Artagnan aida le roi à soulever la pauvre femme, que l’engourdissement de la mort avait déjà saisie.

Le roi la prit entièrement dans ses bras, réchauffa de ses baisers ses mains et ses tempes glacées.

D’Artagnan se pendit à la cloche de la tour.

Alors accoururent les sœurs carmélites.

Les saintes filles poussèrent des cris de scandale à la vue de ces hommes tenant une femme dans leurs bras.

La supérieure accourut aussi.

Mais, femme plus mondaine que les femmes de la Cour, malgré toute son austérité, du premier coup d’œil, elle reconnut le roi au respect que lui témoignaient les assistants, comme aussi à l’air de maître avec lequel il bouleversait toute la communauté.

À la vue du roi, elle s’était retirée chez elle; ce qui était un moyen de ne pas compromettre sa dignité.

Mais elle envoya par les religieuses toutes sortes de cordiaux, d’eaux de la reine de Hongrie, de mélisse, etc., etc., ordonnant, en outre, que les portes fussent fermées.

Il était temps: la douleur du roi devenait bruyante et désespérée.

Le roi paraissait décidé à envoyer chercher son médecin, lorsque La Vallière revint à la vie.

En rouvrant les yeux, la première chose qu’elle aperçut fut le roi, à ses pieds. Sans doute elle ne le reconnut point, car elle poussa un douloureux soupir.

Louis la couvait d’un regard avide.

Enfin, ses yeux errants se fixèrent sur le roi. Elle le reconnut, et fit un effort pour s’arracher de ses bras.

– Eh quoi! murmura-t-elle, le sacrifice n’est donc pas encore accompli?

– Oh! non, non! s’écria le roi, et il ne s’accomplira pas, c’est moi qui vous le jure.

Elle se releva faible et toute brisée qu’elle était.

– Il le faut cependant, dit-elle; il le faut, ne m’arrêtez plus.

– Je vous laisserais vous sacrifier, moi? s’écria Louis. Jamais! jamais!

– Bon! murmura d’Artagnan, il est temps de sortir. Du moment qu’ils commencent à parler, épargnons-leur les oreilles.

D’Artagnan sortit, les deux amants demeurèrent seuls.

– Sire, continua La Vallière, pas un mot de plus, je vous en supplie. Ne perdez pas le seul avenir que j’espère, c’est-à-dire mon salut; tout le vôtre, c’est-à-dire votre gloire, pour un caprice.

– Un caprice? s’écria le roi.

– Oh! maintenant, dit La Vallière, maintenant, Sire, je vois clair dans votre cœur.

– Vous, Louise?

– Oh! oui, moi!

– Expliquez-vous.

– Un entraînement incompréhensible, déraisonnable, peut vous paraître momentanément une excuse suffisante; mais vous avez des devoirs qui sont incompatibles avec votre amour pour une pauvre fille. Oubliez-moi.

– Moi, vous oublier?

– C’est déjà fait.

– Plutôt mourir!

– Sire, vous ne pouvez aimer celle que vous avez consenti à tuer cette nuit aussi cruellement que vous l’avez fait.

– Que me dites-vous? Voyons, expliquez-vous.

– Que m’avez-vous demandé hier au matin, dites, de vous aimer? Que m’avez-vous promis en échange. De ne jamais passer minuit sans m’offrir une réconciliation, quand vous auriez eu de la colère contre moi.

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