Un homme pour le Roi
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Игры в любовь и смерть #1
- Год: 1999
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Un homme pour le Roi». Краткое содержание книги:
Ce qui fut fait dans l'instant; après quoi Batz entra dans une profonde méditation d'où il ne sortit que pour prévenir Marie et sa maisonnée qu'il allait s'absenter quelques jours. Comme la jeune femme s'inquiétait de l'endroit où il comptait se rendre :
- Ne vous tourmentez pas, répondit-il en l'embrassant. Je ne vais pas loin. Simplement, il est temps que le citoyen Agricol reparaisse dans ses cabarets préférés et chez son amie Lalie.
S'enveloppant d'une épaisse houppelande - à cause du froid et surtout parce qu'elle déguisait parfaitement sa silhouette -, il prit sa canne et partit au pas de promenade dans le jour gris de décembre. De sa fenêtre, Marie le regarda s'éloigner. Elle savait où il allait.
En quelques minutes, Batz eut franchi la barrière sans éveiller l'attention des préposés occupés à commenter la gazette en buvant du vin chaud pour se réchauffer. Un peu plus loin, dans la rue de Charonne déserte à cette heure, se dressait, de part et d'autre du chemin, la masse noire de vastes bâtiments conventuels abandonnés comme tous leurs semblables. C'était, sur la droite, le couvent de Notre-Dame-de-Bon-Secours avec, juste en face, ceux des Filles de la Croix et de la Madeleine de Traisnel. Ce fut dans ce dernier que Batz pénétra et gagna, sans le secours de la moindre lanterne, la sacristie, pillée bien entendu et vidée de ses vases sacrés mais dont quelques armoires étaient encore en bon état. C'est là qu'il avait établi ce qu'il appelait sa " loge de théâtre ", l'endroit où il opérait en toute tranquillité ses changements de personnages. S'il avait choisi la Madeleine plutôt que ses voisins plus importants, c'était par une sorte de coquetterie jointe à une marque d'attachement à sa terre natale : l'avant-dernière prieure était de sa paren-tèle. Elle se nommait Luce de Montesquieu d'Arta-gnan et elle avait établi, dans les dépendances de la maison, une distillerie d'eau de lavande dont elle faisait venir les fleurs de son lointain pays d'Armagnac. Les sans-culottes avaient détruit les alambics comme engins de sorcellerie et, pendant longtemps, tout le quartier sentit la lavande brûlée. Il en restait encore un vague parfum qui, curieusement, faisait fuir les éventuels curieux. Le couvent passait, en effet, pour hanté. Des esprits craintifs juraient y avoir aperçu des fantômes de dames, celui de la reine Anne d'Autriche, la fondatrice, et celui de sa plus fidèle suivante, Marie de Haute-fort, duchesse de Schoenberg, morte à la Madeleine où elle s'était retirée et où elle avait été enterrée. Batz et Marie - elle était la seule à connaître cette cachette où son art de la scène avait rendu de grands services à son amant - avaient fait en sorte d'amplifier ces bruits en y ajoutant un petit supplément de malédiction, qui englobait le voisin immédiat, le couvent des Filles de la Croix, où plusieurs moniales avaient été tuées. Un endroit idéal, en vérité, pour qui voulait se cacher, d'autant plus qu'il était doté de nombreuses issues.
Une heure plus tard, le citoyen Agricol équipé comme on sait, armé de sa pipe et de son bâton noueux, la houppelande en plus et ayant seulement troqué ses sabots contre de gros brodequins en raison du froid, sortait discrètement et poursuivait le chemin entamé par le baron de Batz en direction de la Bastille ou de ce qu'il en restait... Lalie ne devait manquer aucune séance de la Convention et il fallait qu'il sache tout ce qui s'y passait.
A juridiction exceptionnelle, procès exceptionnel. Celui du Roi se déroulait de façon tout à fait inhabituelle. Après avoir conduit Louis XVI devant la Convention dans les conditions que l'on sait, après lui avoir refusé la permission de se raser avant la séance comme il en avait l'habitude - mais ne lui avait-on pas ôté tout instrument tranchant ? -, on l'avait ramené au Temple où il était désormais seul : le petit Dauphin avait été conduit chez sa mère et le Roi déchu n'avait plus aucune communication avec sa famille. Cela lui était plus cruel que toutes les humiliations dont on ne cessait de l'accabler. Les jours suivants, ce fut dans son appartement de la Tour qu'il répondit aux interrogatoires des envoyés de la Convention. Il reçut également ses avocats qui avaient l'autorisation de s'entretenir avec lui deux heures chaque soir.
La veille de Noël, Batz rentra chez lui avec Pitou et Devaux. Il était fatigué, sale avec une barbe de plusieurs jours mais son énergie était intacte :
- Quoi qu'on en puisse penser, la Convention n'est pas unanime sur le sort que l'on réserve au Roi. Une moitié environ est pour l'exil, mais il est bien évident qu'elle ne délibère pas dans le calme et la sérénité qui conviendraient. Outre les tribunes toujours pleines d'énergumènes qui hurlent à la mort à tout bout de champ, les députés ne peuvent entrer en séance sans passer au milieu d'une haie d'hommes brandissant des piques, la menace à la bouche, et de femmes plus hideuses et plus féroces encore.
- N'est-il pas possible d'en acheter quelques-uns de façon à nous assurer une majorité? dit Marie. Il suffirait d'une seule voix pour l'emporter...
- Je sais, mais nous ne pouvons plus compter sur l'argent espagnol. Certes, le gouvernement de Madrid a envoyé une protestation officielle à la Convention et la banque de Saint-Charles a prévenu Le Coulteux qu'elle ne le garantissait plus pour les deux millions qu'elle s'était engagée à rembourser. Quant à Ocariz, il a envoyé une belle lettre à l'Assemblée pour la rappeler au sens de la justice et de l'honneur, mais il me fuit comme la peste et d'ailleurs se cache. Son bon ami Chabot l'a dénoncé pour tentative de corruption dans le but de faire évader le Roi.
- Alors qu'il a touché 500 000 livres ? s'indigna Pitou.
- Il ne les a plus... tout au moins presque plus, fit Devaux. La chose a fait quelque bruit et certains de ses bons confrères lui ont fait comprendre que, s'il tenait à sa peau, mieux valait partager. Cela dit de quels moyens disposons-nous pour acheter les voix salvatrices ?
- D'une grande quantité d'assignats, soupira Batz, qui ne peuvent pas servir à grand-chose dans les circonstances actuelles. Pour ces gens-là il faut de l'or... et la plus grande partie de ma fortune est hors de France, chez des banquiers anglais, allemands ou hollandais.
- Il vous reste pourtant quelque chose, dit Laura d'une voix lente. Un magnifique objet pour lequel nous nous sommes donné bien du mal...
- La Toison d'Or que je souhaitais tellement rendre un jour à mon roi! Oui, je l'ai toujours... mais en admettant que je le veuille, elle est impossible à vendre en l'état. Il faudrait la démonter et en négocier les pierres à Londres ou à Amsterdam...
- En France c'est impossible?
- Le risque d'être dénoncé comme voleur des joyaux de la Couronne serait trop grand. C'était aussi le cas du Régent, le grand diamant rosé. On l'a retrouvé sous un tas de gravats aux Champs-Elysées. Les voleurs ont préféré s'en débarrasser, n'ayant sans doute aucune possibilité de le passer en Angleterre ou aux Pays-Bas.