Les Habits Noirs Tome I
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome I». Краткое содержание книги:
La bande criminelle les «Habits Noirs», dirigée par Lecoq, le bras droit du colonel Bozzo-Corona, le «Maître à tous», organise le vol de la caisse du banquier Bancelle, en 1825, tout en montant une machination compliquée destinée à égarer la justice sur un faux coupable (manoeuvre que les Habits noirs appellent «payer la loi», et qu'ils renouvelleront à chaque épisode). Ce faux coupable est André Maynotte, sur lequel Lecoq satisfait ainsi une ancienne vengeance. André Maynotte est condamné, mais réussit à s'enfuir…
– Mon œuvre; un mari pour notre Blanche! Idée!
Mme Schwartz eut un de ses beaux sourires, et regarda Michel attentivement pour la première fois peut-être; Edmée entendit; elle entendait tout ce qui se disait de Michel. Elle devint plus pâle qu’une morte.
XIII La baronne Schwartz
Michel eut trois cents francs d’appointements par mois pour commencer, et une chambre à l’hôtel. On habitait maintenant le second hôtel, déjà un palais.
En thèse générale, M. Schwartz professait l’opinion que les jeunes gens doivent être tenus en bride et sevrés d’argent, car l’argent, c’est le grand danger de Paris. Mais Michel était le dauphin de sa royauté industrielle; il se mirait en Michel; il lui eût semblé malséant que Michel ne fit pas quelque gentille folie.
Michel fit des folies, parbleu! Tout le monde l’y aida. Au bout de deux mois, il avait des dettes. C’était sa seizième année: le printemps d’autrefois.
Michel, notre héros, fut un instant célèbre dans le Tout-Paris; il eut de bonnes fortunes posantes et un duel, je crois, ou deux duels, pour de bons motifs. S’il avait eu goût à la chose, les chroniqueurs du «monde élégant» l’auraient rendu célèbre parmi les modistes. M. Schwartz était bien content de lui. La gloire de Michel rejaillissait sur sa maison, qui augmentait loyalement ses appointements. M. Lecoq fit le reste.
Nous connaissons M. Lecoq de longue date et nous gardons conscience de n’avoir jamais prononcé son nom sans l’entourer du respect qu’il mérite. On ne saurait trop connaître les gens comme M. Lecoq. Ils ressemblent au latin qu’on ne sait jamais assez, même après huit ans de collège.
M. Lecoq avait rempli en sa vie beaucoup de fonctions honorables. Nous l’avons rencontré jadis sous la brillante espèce du commis voyageur. Il était jeune alors. En voyageant pour le commerce, on fait parfois son stage diplomatique, et ce n’est pas le premier venu qui aurait pu placer comme lui les fameuses caisses à défense et à secret de la maison Berthier et Cie.
Son âge mûr tenait toutes les promesses de son début; il ne voyageait plus, sinon dans Paris, centre des civilisations; il avait sa maison à lui; c’était un personnage bien plus important que M. Schwartz lui-même. Le gibier s’en va de partout; Paris seul garde un riche stock de bonnes bêtes à tirer, à courre ou à tendre. M. Lecoq avait, sans bourse délier, la ferme des chasses dans Paris.
Ce n’était pas un usurier, fi donc! Il ne tenait pas une fabrique de mariage, non! Il n’avait pas cette industrie mal famée qui s’appelle un bureau de placement; il ne faisait pas l’exportation; il ne vendait point de jeunes soldats; il ne favorisait pas l’émigration allemande; il ne se livrait pas même à l’élève des ténors. Non. Du moins aucune de ces jolies choses n’était l’objet particulier de sa patente.
Que faisait-il donc? Il gérait une agence.
Qu’est-ce qu’une agence? Je suppose qu’il y a des agences qui se peuvent définir, en y mettant le soin et le temps. On fait ceci ou cela dans telle agence; chez M. Lecoq, on faisait tout. Les gens bien informés, cependant, prétendaient que ce tout n’était qu’un prétexte pour couvrir une singulière industrie qui allait florissant sous le règne de Louis-Philippe: la petite police. Il y a tant de curieux! La petite police, qui fut pratiquée à cette époque par un illustre coquin converti et fait ermite, était à la préfecture ce que sont les tripots clandestins aux maisons de jeu autorisées: elle attirait à la fois les timides et les trop hardis.
Des gens mieux informés encore allaient plus loin et disaient que ce commerce de petite police était lui-même un prétexte pour cacher… Mais où descendrons-nous, de prétexte en prétexte? Le fait est que M. Lecoq avait de très belles relations et qu’il gagnait de l’argent tant qu’il voulait. Il prêtait en gentleman, refusant billets et lettres de change; Michel lui dut jusqu’à deux mille écus que M. Schwartz paya sans broncher. Il cimentait çà et là quelque union entre personnes comme il faut; il retrouvait les objets perdus sans magnétisme. Quatre pages de prospectus ne suffiraient pas à nombrer ses talents.
M. Lecoq était notoirement un sorcier. Le baron Schwartz ne s’avouait pas encore qu’il voulait employer la sorcellerie pour pénétrer le secret de sa femme.
Ce sont même, généralement, ces choses-là qu’on fait le mieux. M. Lecoq était reçu chez M. Schwartz, qui l’accueillait fort bien; il y avait entre eux je ne sais quels petits mystères qui n’étonnaient personne, car tout million militant a besoin de son Lecoq.
La chose singulière, c’est que Mme la baronne Schwartz aussi semblait prendre goût à la sorcellerie.
Un matin, M. Schwartz s’éveilla de mauvaise humeur; cela n’arrivait pas souvent; c’était un homme heureux et d’excellent caractère. Il y avait à peu près un an que Michel était sorti de l’école, et sa faveur touchait à son apogée. Il menait de front en effet les plaisirs et les affaires; c’était sans contredit le plus brillant de ces sous-lieutenants de finances qui ont dans la poche de leur paletot un bâton de maréchal. La première personne qui vint voir M. Schwartz, ce matin-là, lui apprit en riant que Mlle Mirabel était éprise follement de Michel, qui lui tenait rigueur. M. le baron fut triste; ce n’était pas qu’il aimât Mlle Mirabel; il n’aimait que sa femme. C’était qu’il passait la quarantaine et qu’après quarante ans, on ne rit plus si aisément à ces comédies. Il y avait en outre les rigueurs de Michel envers Mlle Mirabel. Michel lui rendait des points: humiliation double.
Au déjeuner, Mme la baronne lui parut si belle qu’il eut un coup au cœur. La baronne, ce jour-là, ressemblait à une femme qui s’éveille d’un long repos d’indifférence. Il y avait des années que le baron ne lui avait vu ce sourire vivant et divin. Ou plutôt, l’avait-il jamais vu! Il avait beau chercher, il ne s’en souvenait pas. Parfois, ces transfigurations sont dans l’œil même de celui qui regarde; on voit mieux tout à coup, ou du moins on voit autrement; mais l’humeur de M. Schwartz teignait ce matin en noir tout ce qui n’était pas sa femme; pourquoi ces rayons, alors, qui faisaient une auréole à la beauté de sa femme?
Elle parlait peu. Edmée déjeunait auprès de Blanche, le babil des deux enfants lui donnait des sourires distraits. Je ne sais par quelle bizarre association d’idées M. Schwartz, ce matin, souhaita passionnément de la voir un jour jalouse. Je sais encore moins par suite de quel singulier travail mental l’injure qui lui venait de cette jolie Mlle Mirabel le frappa du côté de sa femme. Ce sont des nuances difficiles à exprimer: sa tristesse redoubla, par rapport à la défection de Mlle Mirabel, à cause de sa femme.
On prononça le nom de Michel, par hasard, les beaux yeux de la baronne brillèrent.
Par hasard aussi, c’était vraisemblable, car Mme la baronne n’avait jamais pu prendre au sérieux la haute fortune de notre héros. Elle laissait faire et c’était tout.
Pourtant, M. Schwartz ferma aujourd’hui la porte de son cabinet, sous prétexte de gros calculs. Il était désolé sans savoir pourquoi; il avait bel et bien le spleen, comme s’il se fût appelé Black au lieu de Schwartz. Il n’y avait point de consigne pour Michel; Michel vint; M. Schwartz eut soudain l’idée de lui donner une mission pour New York. Nous affirmons que Mlle Mirabel n’était pour rien là-dedans.