Nous étions les hommes
- Автор: Legardinier Gilles
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Editions Pocket
- ISBN: 978-2266220354
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
— Négociez. Dites-leur qui vous êtes. Racontez que je vous ai traîné ici de force et essayez de vous sortir de là.
— Si c’est pour dire des trucs pareils, fermez-la. Je ne suis pas un spécialiste, mais ils n’avaient pas l’air prêts à négocier.
Avec précaution, Kinross releva les vêtements de son comparse. Il avait été touché à l’abdomen.
— Est-ce que vous avez du sang dans la bouche ?
— J’ai pas l’impression.
— Comment ça ? Vous en avez ou vous n’en avez pas ?
— J’en sais rien, j’ai tellement mal que je n’arrive pas à sentir.
— Faites un effort.
Kinross attrapa son sac à dos et fouilla pour trouver la pharmacie.
— On ne va pas pouvoir faire grand-chose avec le peu qu’on a emporté.
— Docteur, écoutez-moi.
— Je vais me servir de votre couteau pour découper vos vêtements. J’ai besoin d’y voir clair. Je dois savoir où la balle est logée.
Hold fit un effort et insista :
— Scott, vous avez une chance de vous en sortir. Il le faut.
Kinross trancha le tissu jusqu’à la poitrine.
— La plaie est nette. Vous perdez beaucoup de sang. J’espère qu’aucun organe vital n’est touché.
— Tu parles d’un diagnostic…
De sa main ensanglantée, David agrippa le poignet du médecin et l’obligea à écouter :
— Je vais vous expliquer comment échanger votre vie contre cette salle. Prenez mon détonateur et le badge qui commande l’autodestruction. Avec ça, ils vous prendront au sérieux. Si vous les tenez à la main en menaçant de tout faire sauter, ils vous laisseront partir.
— Vous racontez n’importe quoi.
— Ils sont sûrement de l’autre côté à se demander comment nous faire la peau.
— Vous croyez que je ne le sais pas ? Ils n’ont qu’à couper l’arrivée d’air et attendre. Ils nous ramasseront d’ici deux ou trois jours, comme des rats crevés.
— Alors, écoutez-moi et saisissez votre dernière chance.
Kinross changea de ton :
— Non. Vous, écoutez. Vous m’avez dit un jour que mon job était de réparer les catastrophes alors que le vôtre était de les empêcher. Au vu de la situation, nous n’en sommes plus à prévenir, c’est donc à moi de jouer.
— Ne gâchez pas tout.
— C’est vous qui êtes en train de tout gâcher, David. Pour le moment, on a réussi à retarder l’échéance. Je suis formé à ne jamais renoncer à la vie.
— Je vais crever ici. Autant que ce soit utile.
— Je ne sais pas ce que vous cherchez à prouver, mais c’est inutile. À nous deux, nous ne gagnerons pas contre Brestlow. Il faut sauver notre peau et on verra ensuite. On peut y arriver si vous m’aidez.
— Je n’en ai pas la force.
— David, si vous renoncez maintenant, Brestlow aura gagné.
— Les gens comme lui sont intouchables, ils contrôlent notre monde.
— Tout puissant qu’il est, il n’a pas réussi à me tuer et nous sommes parvenus à nous introduire chez lui, grâce à vous.
— Je vous ai jeté dans la gueule du loup.
— Ça suffit maintenant, vous ne me laissez pas le choix. Au diable le secret médical. Je vais vous confier un petit secret, David. Je sais exactement pourquoi vous êtes là. Je sais précisément pourquoi vous en voulez tellement à Brestlow. Je la connais, votre bonne raison. C’est votre père que Brestlow a tenté de tuer, et c’est pour cela que vous voulez tellement lui faire la peau.
Hold se figea.
— De quoi parlez-vous ?
— C’est moi qui étais présent lorsque William Greenholm a repris connaissance. Il a mis longtemps avant de retrouver la maîtrise de ses propos. Ses premiers mots n’ont pas été pour demander après sa femme, mais après son fils. Je n’ai pas été long à comprendre…
David fut pris d’un frisson. Kinross le redressa contre lui.
— Votre masque doit être lourd, monsieur Hold, et j’ignore quelles raisons vous obligent à le porter, mais il est grand temps de vous en débarrasser.
Hold leva les yeux :
— Je suis heureux que vous soyez le premier à savoir. Lorsque j’ai raté mes études d’ingénieur, mon père a eu peur que je ne sois pas capable de gérer l’héritage, alors il m’a envoyé en voyage. J’ai fait beaucoup de métiers, jusqu’à l’armée. Quand il m’a pris avec lui, comme il ne voulait pas que ses collaborateurs me voient comme le fils du patron, il m’a caché. Et nous sommes tous devenus prisonniers de ces rôles. C’est le seul point de discorde qu’il y ait jamais eu entre lui et Mary… ma mère.
David s’allégeait d’un poids qui l’étouffait depuis des années. Il toussa et ajouta :
— Vous direz à mon père que je ne lui en veux pas.
— Vous le lui direz vous-même. On va sortir de là, David, je vais reprendre mes recherches et vous allez enfin vivre votre vie.
89
Lorsque la porte blindée s’ouvrit à nouveau, les hommes de Brestlow se disaient prêts à une ultime négociation, mais Scott et David savaient que pour avoir une chance de revoir la lumière du jour, ils n’avaient plus qu’une seule carte à jouer et qu’elle n’avait rien d’un marchandage.
À peine l’ouverture fut-elle assez large que Kinross jeta sa grenade en direction de l’ascenseur. Il se réfugia aussitôt dans la chambre forte en fermant les yeux et en se bouchant les oreilles. Il y eut quelques cris aussitôt couverts par la déflagration.
Kinross secoua la tête comme un chien pour se remettre les idées en place. Il ramassa la bombe que Hold avait bricolée avec ce qu’il leur restait d’explosifs. Cette explosion-là risquait d’être beaucoup plus destructrice. Il dirigea cette fois l’attaque vers la gauche. Il eut à peine le temps de se remettre à l’abri que la déflagration balaya le couloir. Le souffle fut si puissant qu’il fit osciller la porte de plusieurs tonnes. L’air était saturé de fumée et d’une odeur de ciment broyé.
Hold se tenait le ventre ; ses vêtements étaient imbibés de sang. Scott passa devant Hold et chassa l’air enfumé de sa main pour repérer l’armoire d’alerte. Il glissa le badge de Keener et enfonça le déclencheur. Un minuscule voyant rouge se mit à clignoter.
— Vous êtes aussi malade que lui, grogna Scott. Si vous vous êtes trompé sur la temporisation…
— Taisez-vous et suivez-moi.
Le couloir n’était qu’un chaos jonché de gravats et de corps déchiquetés. Kinross ne broncha même pas devant cette vision d’apocalypse. La porte de l’escalier avait été arrachée de ses gonds. Hold enjamba les obstacles et la franchit rapidement. Il descendit les marches aussi vite qu’il le pouvait. Kinross le suivait en tenant maladroitement son arme et le sac à dos rempli de dossiers. Parvenu à l’étage des chambres, Hold fit une pause pour reprendre son souffle. Il grelottait, son front perlait de sueur et sa vue se brouillait. Poussé par l’idée que l’autodestruction pouvait se déclencher trop rapidement, il trouva le courage de se remettre en route. Lorsqu’un homme fit irruption au détour du couloir, Kinross ne put se résoudre à tirer. Hold réussit à faire feu par trois fois. Ils enjambèrent le corps et remontèrent jusqu’à la chambre au passage.
Hold arracha le drapeau et l’enroula autour de son abdomen. Il perdait toujours beaucoup de sang. Kinross l’aida à marcher jusqu’à la porte étanche par laquelle ils étaient arrivés et la referma aussitôt derrière eux.
— Comment vous sentez-vous ? demanda-t-il.
Il bloqua les verrous avec les barres que Fawkes avait laissées.
— Bien mieux que quand ça va péter.
Les deux hommes s’éloignèrent aussi vite que possible dans le labyrinthe souterrain. Hold avait du mal à tenir le rythme. Scott le soutenait dans les escaliers.