Psychopathologie de la vie quotidienne
- Автор: Фрейд Зигмунд
- Год: 22
- Язык: французский
- Жанр: Психология
Электронная книга - «Psychopathologie de la vie quotidienne». Краткое содержание книги:
VI. Depuis nos considérations sur les lapsus de la parole, nous nous sommes contentés de montrer que les actes manqués ont une motivation cachée, et nous nous sommes servis de la psychanalyse pour nous frayer une voie vers la connaissance de cette motivation. Quant à la nature générale et aux particularités des facteurs psychiques qui s'expriment dans les actes manqués, nous ne nous en sommes guère occupés jusqu'à présent ou, du moins, nous n'avons pas essayé de les définir de plus près de et rechercher les lois auxquelles elles obéissent. Nous ne nous proposons pas d'épuiser ici le sujet, car les premiers pas que nous ferions dans cette voie nous montreraient qu'il doit être abordé par un autre côté. On peut, à ce propos, formuler plusieurs questions que je me bornerai à citer en en montrant la portée:
1° Quel est le contenu et quelle est l'origine des idées ct tendances qui s'expriment dans les actes accidentels et symptomatiques?
2° Quelles sont les conditions nécessaires pour qu'une idée ou une tendance soit obligée de recourir, pour s'exprimer, à cet expédient?
3° Peut-on établir des rapports constants et univoques entre le genre de l'acte manqué et les qualités de l'idée ou de la tendance qui s'exprime dans cet acte?
Je commencerai par citer quelques matériaux susceptibles de fournir les éléments d'une réponse à la troisième de ces questions. En discutant les exemples de lapsus de la parole, nous avons jugé nécessaire de dépasser le contenu du discours intentionnel et de chercher la cause du trouble de la parole en dehors de l'intention. Dans un certain nombre de cas la personne ayant commis le lapsus était parfaitement consciente de sa cause. Dans les cas en apparence les plus simples et les plus manifestes, c'était un autre concept, mais à peu près semblable au point de vue phonétique, qui était venu troubler l'expression, sans qu'on puisse savoir pourquoi le concept avait réussi à supplanter le premier (les «contaminations» de Meringer et Mayer). Dans un autre groupe de cas, l'élimination d'un concept étai, motivée par une considération qui n'avait cependant pas été assez forte pour rendre J'élimination complète (voir le lapsus: zum Vorschwein gekommen): ici encore la personne ayant commis le lapsus a conscience du concept refoulé. C'est seulement à propos des cas faisant partie du troisième groupe qu'on peut dire sans restriction que l'idée perturbatrice ne se confond pas avec l'idée intentionnelle et qu'on peut établir, entre l'un et J'autre, une distinction essentielle. Ou l'idée perturbatrice se rattache à l'idée troublée en vertu d'une association (trouble par contradiction interne), ou bien il n'existe, entre les deux idées, aucune affinité interne, le mot «troublée» étant rattaché à l'idée perturbatrice, souvent inconsciente, en vertu d'un- association extérieure, le plus souvent bizarre. Dans les exemples que j'ai cités et qui sont empruntés à ma pratique psychanalytique, tout le discours se trouvait sous l'influence d'une idée, devenue active au moment où le discours était prononcé, mais complètement inconsciente, et qui trahissait son existence soit par le trouble même qu'elle provoquait (KLAPPERschlange (serpent à sonnettes) – KLEOPATRA), soit par une influence indirecte, en permettant aux différentes parties du discours conscient et intentionnel de se troubler réciproquement (durch die ASE NATMEN au lieu de durch die NASE ATMEN (respirer par le nez); lapsus né à propos du nom d'une rue, HASENAUERstrasse, et en association avec le souvenir relatif à une Française). Les idées réprimées ou inconscientes pouvant donner naissance à un lapsus ont les origines les plus diverses. Cette rapide revue ne nous permet de formuler aucune conclusion générale sur cette question.
L'examen comparé des exemples d'erreurs de lecture et de lapsus calami aboutit aux mêmes résultats. Dans certains cas l'erreur semble résulter, comme les lapsus de la parole, d'un travail de condensation dont les motifs nous échappent. Mais il serait très intéressant de savoir si certaines conditions ne doivent pas être remplies pour qu'une pareille condensation, qui est de règle dans le travail du rêve, mais qui n'est jamais complète dans l'état de veille, se produise. Les exemples que nous connaissons ne nous fournissent là-dessus aucune indication. Mais je m'inscris d'avance en faux contre la conclusion d'après laquelle il n'y aurait pas de conditions de ce genre, sauf un certain relâchement de l'attention consciente; je sais en effet d'une autre source que ce sont précisément les actes automatiques qui se distinguent par leur correction et leur sûreté. Je suis plutôt enclin à croire qu'ici, comme cela arrive souvent en biologie, les phénomènes normaux et se rapprochant de la normale représentent des objets d'étude moins favorables que les phénomènes anormaux. Ce qui reste obscur, lorsqu'on essaie d'expliquer ces troubles, qui sont les plus légers, doit, à mon avis, s'éclairer grâce à l'étude de troubles plus graves.
Même en ce qui concerne les erreurs de lecture et d'écriture, les exemples ne manquent pas où une motivation éloignée et compliquée paraît probable. «En tonneau à travers l'Europe» est une erreur de lecture qui s'explique par l'influence d'une idée éloignée, n'ayant rien de commun avec la lecture comme telle, une idée ayant son origine dans un sentiment d'ambition et de jalousie et utilisant le double sens du mot Beförderung (moyen de transport, avancement) pour se rattacher aux choses indifférentes et anodines qui faisaient l'objet de la lecture. Dans le cas Burckhard, c'est le nom lui-même qui résulte d'une pareille substitution de sens.
Il est incontestable que les troubles de la parole se produisent plus facilement et exigent l'intervention de forces perturbatrices dans une mesure moindre que les troubles des autres fonctions psychiques.
On se trouve placé sur un terrain différent, lorsqu'on analyse les oublis au sens propre du mot, c'est-à-dire les oublis portant sur des événements passés (on pourrait, à la rigueur, ranger à part l'oubli de noms propres et de mots étrangers, sous la rubrique d' «insuffisances momentanées de la mémoire»; et l'oubli de projets, sous la rubrique d' «omissions»). Les conditions fondamentales du processus normal qui aboutit à l'oubli sont inconnues [100]. Il est bon qu'on sache aussi que tout ce qu'on considère comme oublié ne l'est pas. Notre explication ne se rapporte qu'aux cas où 1'oubli suscite notre étonnement, puisqu'il enfreint la règle d'après laquelle seul ce qui est dépourvu d'importance peut être oublié, tandis que ce qui est important subsiste dans la mémoire. L'analyse des cas d'oubli qui nous semblent requérir une explication spéciale révèle toujours et dans tous les cas que le motif de l'oubli consiste dans une répugnance à se souvenir de quelque chose qui est susceptible d'éveiller une sensation pénible. Nous en arrivons ainsi à soupçonner que ce motif cherche à s'affirmer d'une façon générale dans la vie psychique, mais qu'il lui est souvent empêché de s'exprimer, à cause des forces opposées auxquelles il se heurte. L'étendue et l'importance de ce manque d'empressement à se souvenir d'impressions pénibles méritent un examen psychologique approfondi; et il est impossible d'envisager indépendamment de cet ensemble plus vaste la question de savoir quelles sont les conditions particulières qui, dans chaque cas donné, favorisent la réalisation de la tendance générale à l'oubli.
Dans l'oubli de projets, c'est un autre facteur qui vient occuper le premier plan. Le conflit, que nous soupçonnons seulement, tant qu'il s'agit du refoulement de souvenirs pénibles, devient ici manifeste, et l'analyse révèle toujours l'existence d'une contre-volonté qui s'oppose au sujet, sans le supprimer. Comme dans les actes manqués dont il a été question plus haut, on reconnaît ici deux genres de processus psychiques: la contre-volonté peut se dresser directement contre le projet (lorsqu'il s'agit de desseins de quelque importance), ou bien (comme c'est le cas des projets indifférents) elle ne présente aucune affinité avec le projet comme tel, auquel elle ne se rattache qu'en vertu d'une association purement extérieure.