Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta». Краткое содержание книги:
– Madame, balbutia Centurion agenouillé, si vous faites ce que vous dites, je serai votre esclave!
– Je le ferai, dit Fausta résolument. Tu auras tes lettres de noblesse en bonne et due forme et d’une authenticité indiscutable; je t’élèverai au-dessus de ceux qui t’écrasent de leur mépris aujourd’hui. Et quant à ta fortune, ce que tu as déjà reçu de moi n’est rien comparé à ce que je te donnerai. Mais, tu l’as dit, tu seras mon esclave.
– Parlez… ordonnez… haleta Centurion, jamais chien fidèle ne vous sera aussi dévoué que je le suis.
Fausta était à demi allongée dans un fauteuil monumental. Ses pieds, chaussés de mules de satin blanc, croisés l’un sur l’autre, étaient posés sur un coussin de soie brochée, placé lui-même sur un large tabouret de tapisserie, haut comme une marche. Ainsi posés, ses pieds croisés dépassaient le bord du coussin. Centurion s’était prosterné, et comme pour bien marquer qu’elle était pour lui une divinité, pour prouver qu’il entendait rester, au pied de la lettre, le chien soumis dont il avait parlé, il franchit en rampant la distance qui le séparait de Fausta et posa dévotement ses lèvres sur la pointe du soulier.
Il y avait certes, dans ce geste imprévu, une intention d’hommage religieux comme on en avait rendu souvent à Fausta alors qu’elle pouvait se croire papesse.
Mais Centurion avait exagéré le geste qui avait on ne sait quoi de vil et de répugnant dans sa bassesse outrée.
Cependant Fausta avait sans doute un plan bien arrêté à l’égard de Centurion car, et bien qu’elle eût un geste de répulsion, elle ne retira pas son pied. Au contraire, elle le pencha sur lui et, posant sa main blanche et fine sur la tête du bravo prosterné, elle le maintint un inappréciable instant les lèvres collées sur la semelle, puis retirant son pied, brusquement, elle le lui posa sur la tête, appuyant fortement dessus, sans ménagement, et le tenant ainsi écrasé dans cette pose plus qu’humiliée, elle dit de sa voix chaude et douce comme une caresse:
– J’accepte ton hommage. Sois fidèle et soumis comme un chien fidèle et je te serai bon maître.
Ayant dit elle retira son pied.
Centurion redressa son front courbé mais resta agenouillé.
– Debout! dit-elle, d’une voix soudain changée.
Et sur un ton de souveraine autorité:
– S’il est juste que vous vous humiliez devant moi qui suis votre maître, il est juste aussi que vous appreniez à vous redresser et à regarder les plus grands, car bientôt vous serez leur égal!
Centurion se releva, ivre de joie et d’orgueil. Il exultait, le sacripant! Enfin, il allait donc pouvoir donner sa mesure, maintenant qu’il avait enfin trouvé le maître puissant de ses rêves. Il allait enfin être quelqu’un avec qui l’on compte. Il allait donc dominer à son tour. Ah! certes, il lui serait fidèle, à celle qui le tirait du néant pour faire de lui un homme redoutable et puissant.
Et, comme si elle eût deviné ce qui se passait dans sa tête, Fausta reprit d’une voix calme, mais où perçait cependant une sourde menace:
– Oui, il faudra m’être fidèle, c’est ton intérêt… D’ailleurs, n’oublie pas que j’en sais assez sur ton compte pour faire tomber ta tête rien qu’en levant un doigt.
Et comme il pâlissait sous la menace, qu’il savait on ne peut plus sérieuse, elle ajouta:
– On ne me trahit pas, moi, maître Centurion, ne perdez jamais ceci de vue.
Centurion la regarda en face, et d’une voix basse, ardente:
– Madame, dit-il, vous avez le droit de douter de ma fidélité, puisque j’ai trahi pour vous. Je vous jure cependant que je suis sincère en vous disant que je vous appartiens corps et âme et que vous pouvez disposer de moi comme vous l’entendrez. À défaut de cette sincérité, vous l’avez dit vous-même, mon intérêt vous répond de moi. Je sais trop en effet que nul au monde ne fera pour moi ce que vous avez résolu de faire… je trahirais Dieu lui-même, madame, avant que de trahir la princesse Fausta, parce que la trahir serait me trahir moi-même, et je ne suis pas mon propre ennemi à ce point.
– Bien, dit gravement Fausta, vous parlez un langage que je comprends. Passons maintenant à nos affaires. Voici le bon de vingt mille livres promis pour la capture du sire de Pardaillan. Voici de plus un bon de dix mille livres pour récompenser les braves qui vous ont aidé.
Centurion, frémissant, saisit les deux bons et les fit disparaître vivement en songeant à part lui:
«Dix mille livres pour ces drôles!… Halte-là, madame Fausta, ceci c’est du gaspillage… Avec mille livres, ils seront contents comme des rois, et je réaliserai, moi, un honnête bénéfice de neuf mille livres.»
Malheureusement pour lui, Centurion ne connaissait pas encore bien Fausta. Elle se chargea incontinent de lui prouver que s’il avait cherché en elle un maître, ce maître enfin trouvé avait une poigne robuste, et qu’il lui faudrait marcher droit avec lui s’il ne voulait pas se faire casser à gages.
En effet, Fausta, comme si elle avait lu à livre ouvert dans sa pensée, lui dit, sans manifester ni colère ni mécontentement:
– Il faudra perdre ces habitudes de prévarication. La part que je vous fais est assez belle pour que vous laissiez à chacun, sans regrets ni envie, ce que je lui alloue. La princesse Fausta n’admet à son service que des gens sur la probité desquels elle puisse absolument compter. Si vous tenez à rester à mon service, il faudra devenir scrupuleusement honnête. Si ces raisons ne vous ont pas suffisamment convaincu, dites-vous qu’un maître tel que moi a l’œil à tout et partout. Sachez qu’une heure après que vous aurez fait votre distribution, je saurai exactement quelle somme vous aurez remise à chacun, et si vous avez soustrait seulement un denier, je vous briserai impitoyablement.
Honteux, Centurion rougit, ce dont il fut bien étonné lui-même, et se courbant:
– Vous êtes bien, je le vois, celle que Dieu a envoyée, puisqu’il vous a donné le pouvoir de lire dans les consciences. Désormais, madame, je vous le jure, je n’aurai plus de telles idées.
– Bien vous ferez, dit froidement Fausta, qui reprit:
– Faites entrer cet enfant, ce nain.
Centurion sortit et revint presque aussitôt, accompagné d’El Chico.
Nous ne saurions dire si le petit homme fut ébloui par les richesses entassées dans la pièce, ni s’il fut impressionné par la beauté et la majesté de la grande dame devant qui on venait de l’introduire. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il se montra indifférent, en apparence. Il se campa devant Fausta, dans cette attitude fière, qui ne manquait pas d’une certaine grâce sauvage et qui lui était particulière, et respectueux sans humilité, il attendit, dressé sur ses ergots, ne perdant pas une ligne de sa petite taille.
Fausta le fouilla un instant de son œil d’aigle, et voilant l’éclat du regard, adoucissant sa voix si douce et si harmonieuse:
– C’est vous, dit-elle, qui avez conduit ici le Français et ses amis?
El Chico, on l’a peut-être remarqué, n’était pas très bavard et il n’avait, cela va sans dire, que de très vagues notions d’étiquette, si tant est qu’il connût la signification de ce mot.
Il se contenta de répondre d’un signe de tête affirmatif.