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Sans parler du chien

Электронная книга - «Sans parler du chien». Краткое содержание книги:

Au XXIe siècle, le professeur Dunworthy dmge une équipe d'historiens qui utilisent des transmetteurs temporels pour aller assister aux événements qui ont modifié l'avenir de l'humanité. Ned Henry est l'un d'eux. Dans le cadre d'un projet de reconstruction de la cathédrale de Coventry, il doit effectuer d'incessantes navettes vers le passé pour récolter un maximum d'informations sur cet édifice détruit par un raid aérien nazi en 1940. Toutefois, quand Dunworthy lui propose d'aller se reposer dans l'Angleterre de la fin du XIXe siècle, ce havre de tranquillité où rien n'est plus épuisant que de canoter sur la Tamise et de jouer au croquet, c'est avec empressement qu'il accepte. Mais Henry n'a pas entendu le professeur préciser qu'il devra en profiter pour corriger un paradoxe temporel provoqué par une de ses collègues qui a sauvé un chat de la noyade en 1988... et l'a ramené par inadvertance avec elle dans le futur. Et quand ce matou voyageur rencontre un chien victorien, cette incongruité spatio-temporelle pourrait bien remettre en cause... la survie de l'humanité !
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Elle soupira.

— Dommage. Placetne, magistra ? lui a-t-il demandé, et elle a répondu, Placet. Comme s’ils étaient des professeurs d’Oxford. J’ai dû chercher dans un dictionnaire. J’ai horreur de ça, quand l’auteur place un truc dans une langue étrangère et ne se donne pas la peine d’en préciser le sens. Savez-vous ce que m’a déclaré le professeur Peddick, hier ? Raram facit misturam cum sapientia forma. Je n’ai pas la moindre idée de ce que ça veut dire. Un truc au sujet d’un Dessein supérieur, je présume. Vous y croyez, Ned ?

— Nous en reparlerons plus tard. Pour l’instant, allongez-vous.

Je tapotai l’oreiller et elle se plia à mes désirs.

— Mais c’était si romantique, faire sa déclaration en latin. Tout ça, c’est à cause du chapeau. Elle le regardait dormir et il était follement séduisant, avec son canotier. Sans parler de sa moustache. Savez-vous que la vôtre est un peu de travers ?

— Oui. Reposez-vous, à présent.

Je retirai mon blazer et en couvris ses épaules.

— Vous me regarderez dormir ?

— Je vous regarderai dormir.

— Parfait…

Elle ferma les yeux et quelques minutes s’écoulèrent.

— Pourriez-vous enlever votre chapeau ? me demanda-t-elle d’une voix pâteuse.

Je souris.

— Bien volontiers.

Je posai le canotier à côté de moi, sur le siège. Elle se recroquevilla sur le flanc, les mains jointes sous sa joue, et referma les paupières.

— Ça ne me facilitait pas les choses, avoua-t-elle.

Cyril s’installa au fond du bateau. La Princesse Arjumand vint se percher sur mon épaule, tel un perroquet, et se mit aussitôt à ronronner.

Conformément à ses instructions, je regardais Verity. Les cernes qu’elle avait sous les yeux m’indiquaient qu’elle n’avait pas dû dormir plus que moi, ces derniers jours. Elle avait fait Dieu sait combien de sauts et passé de nombreuses heures à Oxford pour s’informer sur les descendants de Terence et les découvertes de la graphologue. La pauvre enfant.

Cyril et la Princesse Arjumand s’étaient également assoupis. Je me penchai pour caler ma joue sur ma main, mon coude sur mon genou.

Et contempler Verity.

C’était presque aussi reposant qu’un bon somme. Le canot se balançait doucement et, entre les feuilles, le soleil dessinait des motifs papillotants d’ombre et de lumière. Elle avait les traits détendus par ce repos réparateur.

Je devais l’admettre. Même au terme d’une longue cure de sommeil je n’aurais pas cessé de l’assimiler à une naïade. Allongée là avec les yeux clos et la bouche entrouverte, bavant un peu sur le coussin moisi, elle était toujours la plus belle des femmes qu’il m’avait été donné de voir.

— Elle avait un ravissant minois, murmurai-je.

Et, contrairement à Terence, j’estimai qu’il n’était pas utile d’en dire plus.

Je dus finalement somnoler à mon tour, car mon coude glissa de mon genou et je me redressai en sursaut.

La Princesse Arjumand miaula, sauta de mes épaules et s’assit sur le siège à côté de moi.

Verity et Cyril n’avaient pas interrompu leur sieste. La chatte bâilla et s’étira, puis alla regarder les flots. Elle se dressa sur le plat-bord et trempa une patte blanche dans la Tamise.

La clarté indécise du soleil qui filtrait entre les branches était plus oblique et dorée. Je sortis ma montre de gousset et l’ouvris. III et demi. Nous avions intérêt à rentrer avant qu’on ne remarque notre absence, si ce n’était pas chose faite.

Mais je ne pouvais me résoudre à réveiller Verity, tant elle dormait paisiblement. Un sourire s’était esquissé sur ses lèvres, comme si elle faisait un songe agréable.

— Verity, murmurai-je en effleurant son épaule.

J’entendis un plouf qui m’incita à plonger vers le côté du canot.

— Princesse Arjumand !

Mon cri éveilla Cyril qui s’assit, l’air surpris.

Il n’y avait plus aucune trace du chat. Je me penchai et roulai ma manche.

— Princesse Arjumand !

J’enfonçai la main loin sous les flots.

— Je t’interdis de te noyer ! Pas après que nous avons mis tout l’Univers en péril pour te sauver !

Et je la vis remonter à la surface et nager vers le canot, ses poils trempés collés à sa tête.

Je l’attrapai par la peau du cou et la hissai à bord. Elle avait tout d’un rat. Cyril approcha, intéressé et, pensai-je, content.

Je pris mon mouchoir et l’essuyai. C’était insuffisant. Je cherchai une couverture ou un tapis, mais il n’y avait rien. Je devrais utiliser mon blazer.

Je le soulevai doucement des épaules de Verity et en enveloppai la Princesse, avant de la frotter pour la sécher.

— Les chats n’ont que neuf vies et, pour autant que je sache, il ne t’en reste que trois, l’avertis-je. Le poisson sera ta perte, il est encore plus dangereux pour ta santé que le tabac.

Elle commença à se débattre, mais je poursuivis ma friction vigoureuse.

— Tu n’es pas encore sèche.

Une minute plus tard, je la lâchai. Elle passa devant Cyril, humide mais digne, et s’assit au milieu du siège pour se lécher.

J’étalai mon blazer sur la proue et consultai ma montre. IV moins le quart. Il fallait que je réveille Verity, qui devait être totalement coupée du monde étant donné qu’elle n’avait pas bronché pendant toutes ces péripéties. Je refermai le boîtier, qui cliqueta.

Et Verity rouvrit les yeux.

— Ned, fit-elle d’une voix pâteuse. Me suis-je endormie ?

— Oui. Vous sentez-vous mieux ?

Elle s’assit.

— Mieux ? Je… que s’est-il passé ? Je me rappelle être revenue et…

Elle sursauta.

— J’étais déphasée, n’est-ce pas ? Tous ces sauts en mai et août.

Elle leva la main à son front.

— C’était sérieux ?

Je souris.

— Vous ne pourriez imaginer à quel point. Vous ne vous souvenez de rien ?

— Tout est confus, avec en fond sonore des bruits de sirènes…

— Une fin d’alerte.

— Oui, et des sifflements et ronflements…

— Cyril.

— Où sommes-nous ?

Elle avait remarqué l’eau et le dais de saules.

— À environ un demi-mile en amont de Muchings End. Je ne voulais pas qu’ils puissent vous voir dans cet état. Ça va mieux, maintenant ?

Elle s’étira.

— Hmm… Pourquoi la Princesse Arjumand est-elle toute mouillée ?

— Elle est tombée à l’eau lors d’une partie de pêche.

— Oh ?

Elle bâilla.

— Êtes-vous certaine que ça va mieux ?

— Oui. Bien mieux.

— Parfait. Alors, rentrons. C’est presque l’heure du thé.

Je débouclai l’amarre, pris les avirons et nous fis sortir de l’abri.

— Merci. Je n’ai rien dit de ridicule, au moins ?

— Seulement que Napoléon avait perdu à Waterloo à cause de ses hémorroïdes. Une théorie que je vous déconseille d’exposer au professeur et au colonel.

Elle rit.

— Je ne m’étonne pas que vous m’ayez enlevée. Vous ai-je précisé ce que fait T.J. à Waterloo ?

— Pas vraiment.

— Il simule des incongruités s’appliquant à cette bataille. Elle a été analysée dans ses moindres détails et une sim très précise a été effectuée au XXe siècle. Il a repris ce modèle en y introduisant des choses qui auraient pu modifier les événements. Que se serait-il passé si Napoléon avait envoyé à Ney un message lisible, au lieu de ce machin incompréhensible ? Ou si D’Erlon avait été blessé ?

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