La Chartreuse De Parme
- Автор: Стендаль Фредерик
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Chartreuse De Parme». Краткое содержание книги:
Découvrir cet hymne au bonheur, cette cavalcade énergique et passionnée à travers la vie, ne tient-t-il pas en effet du privilège?
– Il faut du secret avant tout, lui cria le prince sans le saluer, et le traitant tout à fait comme un cuistre, lui qui était si poli avec tout le monde. De quand votre sentence est-elle datée?
– Altesse Sérénissime, d’hier matin.
– De combien de juges est-elle signée?
– De tous les cinq.
– Et la peine?
– Vingt ans de forteresse, comme Votre Altesse Sérénissime me l’avait dit.
– La peine de mort eût révolté, dit le prince comme se parlant à soi-même, c’est dommage! Quel effet sur cette femme! Mais c’est un del Dongo, et ce nom est révéré dans Parme, à cause des trois archevêques presque successifs… Vous me dites vingt ans de forteresse?
– Oui, Altesse Sérénissime, reprit le fiscal Rassi toujours debout et plié en deux, avec, au préalable, excuse publique devant le portrait de Son Altesse Sérénissime; de plus, jeûne au pain et à l’eau tous les vendredis et toutes les veilles des fêtes principales, le sujet étant d’une impiété notoire. Ceci pour l’avenir et pour casser le cou à sa fortune.
– Ecrivez, dit le prince:
Son Altesse Sérénissime ayant daigné écouter avec bonté les très humbles supplications de la marquise del Dongo, mère du coupable, et de la duchesse Sanseverina, sa tante, lesquelles ont représenté qu’à l’époque du crime leur fils et neveu était fort jeune et d’ailleurs égaré par une folle passion conçue pour la femme du malheureux Giletti, a bien voulu, malgré l’horreur inspirée par un tel meurtre, commuer la peine à laquelle Fabrice del Dongo a été condamné, en celle de douze années de forteresse.
«Donnez que je signe.
Le prince signa et data de la veille; puis, rendant la sentence à Rassi, il lui dit:
– Ecrivez immédiatement au-dessous de ma signature:
La duchesse Sanseverina s’étant derechef jetée aux genoux de Son Altesse, le prince a permis que tous les jeudis le coupable ait une heure de promenade sur la plate-forme de la tour carrée vulgairement appelée tour Farnèse.
«Signez cela, dit le prince, et surtout bouche close, quoi que vous puissiez entendre annoncer par la ville. Vous direz au conseiller De Capitani, qui a voté pour deux ans de forteresse et qui a même péroré en faveur de cette opinion ridicule, que je l’engage à relire les lois et règlements. Derechef, silence, et bonsoir.
Le fiscal Rassi fit, avec beaucoup de lenteur, trois profondes révérences que le prince ne regarda pas.
Ceci se passait à sept heures du matin. Quelques heures plus tard, la nouvelle de l’exil de la marquise Raversi se répandait dans la ville et dans les cafés, tout le monde parlait à la fois de ce grand événement. L’exil de la marquise chassa pour quelque temps de Parme cet implacable ennemi des petites villes et des petites cours, l’ennui. Le général Fabio Conti, qui s’était cru ministre, prétexta une attaque de goutte, et pendant plusieurs jours ne sortit point de sa forteresse. La bourgeoisie et par suite le petit peuple conclurent, de ce qui se passait, qu’il était clair que le prince avait résolu de donner l’archevêché de Parme à Monsignore del Dongo. Les fins politiques de café allèrent même jusqu’à prétendre qu’on avait engagé le père Landriani, l’archevêque actuel, à feindre une maladie et à présenter sa démission; on lui accorderait une grosse pension sur la ferme du tabac, ils en étaient sûrs: ce bruit vint jusqu’à l’archevêque qui s’en alarma fort, et pendant quelques jours son zèle pour notre héros en fut grandement paralysé. Deux mois après, cette belle nouvelle se trouvait dans les journaux de Paris, avec ce petit changement, que c’était le comte de Mosca, neveu de la duchesse de Sanseverina, qui allait être fait archevêque.
La marquise Raversi était furibonde dans son château de Velleja; ce n’était point une femmelette, de celles qui croient se venger en lançant des propos outrageants contre leurs ennemis. Dès le lendemain de sa disgrâce, le chevalier Riscara et trois autres de ses amis se présentèrent au prince par son ordre, et lui demandèrent la permission d’aller la voir à son château. L’Altesse reçut ces messieurs avec une grâce parfaite, et leur arrivée à Velleja fut une grande consolation pour la marquise. Avant la fin de la seconde semaine, elle avait trente personnes dans son château, tous ceux que le ministère libéral devait porter aux places. Chaque soir la marquise tenait un conseil régulier avec les mieux informés de ses amis. Un jour qu’elle avait reçu beaucoup de lettres de Parme et de Bologne, elle se retira de bonne heure: la femme de chambre favorite introduisit d’abord l’amant régnant, le comte Baldi, jeune homme d’une admirable figure et fort insignifiant; et plus tard, le chevalier Riscara son prédécesseur: celui-ci était un petit homme noir au physique et au moral, qui, ayant commencé par être répétiteur de géométrie au collège des nobles à Parme, se voyait maintenant conseiller d’Etat et chevalier de plusieurs ordres.
– J’ai la bonne habitude, dit la marquise à ces deux hommes, de ne détruire jamais aucun papier, et bien m’en prend; voici neuf lettres que la Sanseverina m’a écrites en différentes occasions. Vous allez partir tous les deux pour Gênes, vous chercherez parmi les galériens un ex-notaire nommé Burati, comme le grand poète de Venise, ou Durati. Vous, comte Baldi, placez-vous à mon bureau et écrivez ce que je vais vous dicter.
Une idée me vient et je t’écris ce mot. Je vais à ma chaumière près de Castelnovo; si tu veux venir passer douze heures avec moi, je serai bien heureuse: il n’y a, ce me semble, pas grand danger après ce qui vient de se passer; les nuages s’éclaircissent. Cependant arrête-toi avant d’entrer dans Castelnovo; tu trouveras sur la route un de mes gens, ils t’aiment tous à la folie. Tu garderas, bien entendu, le nom de Bossi pour ce petit voyage. On dit que tu as de la barbe comme le plus admirable capucin, et l’on ne t’a vu à Parme qu’avec la figure décente d’un grand vicaire.
– Comprends-tu, Riscara?
– Parfaitement; mais le voyage à Gênes est un luxe inutile; je connais un homme dans Parme qui, à la vérité, n’est pas encore aux galères, mais qui ne peut manquer d’y arriver. Il contrefera admirablement l’écriture de la Sanseverina.
A ces mots, le comte Baldi ouvrit démesurément ses yeux si beaux; il comprenait seulement.
– Si tu connais ce digne personnage de Parme, pour lequel tu espères de l’avancement, dit la marquise à Riscara, apparemment qu’il te connaît aussi; sa maîtresse, son confesseur, son ami peuvent être vendus à la Sanseverina; j’aime mieux différer cette petite plaisanterie de quelques jours, et ne m’exposer à aucun hasard. Partez dans deux heures comme de bons petits agneaux, ne voyez âme qui vive à Gênes et revenez bien vite.
Le chevalier Riscara s’enfuit en riant, et parlant du nez comme Polichinelle:Il faut préparer les paquets, disait-il en courant d’une façon burlesque. Il voulait laisser Baldi seul avec la dame. Cinq jours après, Riscara ramena à la marquise son comte Baldi tout écorché: pour abréger de six lieues, on lui avait fait passer une montagne à dos de mulet; il jurait qu’on ne le reprendrait plus à faire de grands voyages. Baldi remit à la marquise trois exemplaires de la lettre qu’elle lui avait dictée, et cinq ou six autres lettres de la même écriture, composées par Riscara, et dont on pourrait peut-être tirer parti par la suite. L’une de ces lettres contenait de fort jolies plaisanteries sur les pleurs que le prince avait la nuit, et sur la déplorable maigreur de la marquise Baldi, sa maîtresse, laquelle laissait, dit-on, la marque d’une pincette sur le coussin des bergères après s’y être assise un instant. On eût juré que toutes ces lettres étaient écrites de la main de Mme Sanseverina.