L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
« Quoique je ne voie pas pourquoi Dieu viendrait pas en personne sur le tube catholique du moment que le Général y vient, lui. »
Il se tait et s'apaise.
— Ton idée est bath, comme toutes tes idées, ma Grosse Brioche, seulement, si le Bon Dieu apparaissait, les téléspectateurs penseraient que c'est un truquage. Crois-moi : le Seigneur a bien raison de réserver ses miracles aux petites filles ; c'est encore la manière la plus adroite de les faire accepter par les incrédules.
Le Yé-yé bâille démesurément, ce qui me permet une vue panoramique absolument imprenable sur ses poumons, son pancréas, son gros côlon et son intestin grêle.
— Pour en revenir à Louis XV, fait-il, compliment. T'as su nous le faire aimer. C'était un gars bien. Tu dis que la Pompadour était frigidaire, mais ça n'a rien d'étonnant vu qu'elle s'appelait poisson !
Il me flanque un coup de coude et s'esclaffe.
— Et puis c'est peut-être pas vrai. Le roi faisait courir ce bruit pour pas qu'on la lui chourave ; intelligent comme je m'en doute, y'aurait rien eu d'étonnant.
— A propos de Louis XV, je crois avoir omis de te dire qu'un fanatique a voulu l'assassiner. Un certain Damiens. Ce dernier l'a frappé d'un coup de canif au moment où le monarque montait en carrosse.
— Qu'est-ce qui lui a passé par la tranche, à cet hurlu-berlu ?
— Le peuple commençait à faire des bulles, Gros.
— Et ça été grave ce coup de cure-dents ?
— Une simple égratignure, mais on n'en a pas moins exécuté Damiens et si je te parle de cet attentat c'est pour te citer une phrase du condamné car c'est l'une des plus belles de l'Histoire. Comme on lui annonçait qu'il aurait la main droite brûlée au soufre, qu'il serait dépecé, écartelé, etc., Damiens a hoché la tête et a simplement répondu « La journée sera rude ».
— Pas mal, convint Béru.
Il regarde l'heure.
— Faut que j'allasse, dit-il.
— Où ça, Ignominie en blue-jean ?
— A mon enquête. Un jeunot a fait un n'holdupe hier dans une hostellerie du Bois. Il avait une cagoule et y se déplaçait à bord d'une petite Triomphe rouge à bandes blanches. Je m'ai fait dresser la liste des Triomphes immatriculées dans la Seine et la Seine-et-Oise biscotte je pense que c'est quelque fils à papa de la région qui a joué les Al Capote pour se donner des sensations. Alors je commence ma petite tournanche de prospection, tu viens avec moi ?
Il me désigne la fenêtre pleine de beau temps.
— Y a du soleil, ça te donnera des couleurs.
— O.K., Fils.
Le démon de l'enquête me tenaille déjà. Je ne suis pas mécontent de repiquer un peu au truc, car cette période d'inaction commence à me peser.
— Montre un peu ta liste !
II me la tend. J'y trouve une bonne centaine de noms.
— Dis voir, Gros, le petit gangster à cagoule, il l'a peut-être volée, la Triumph, pour faire son coup ?
— Aucun vol de Triomphe n'a été signalé depuis plus de deux mois !
Je parcours le répertoire. Il y a huit voitures rouges sur le lot, mais aucune n'est mentionnée comme ayant des bandes blanches et je conseille à mon subordonné de commencer par visiter néanmoins les propriétaires de celles-ci.
Nous partons.
Direction Neuilly.
En cours de route, Sa Majesté ignominieuse me tanne pour avoir la suite de l'Histoire. Vu que j'ai entrepris cette œuvre de salubrité publique, je me dois de la poursuivre.
— J'ai peut-être un peu gazé sur Louis XV, fils. Il y avait encore beaucoup de choses à dire à son propos. Ses guerres, par exemple, bien que je n'aime pas parler de ça… Sais-tu qu'il a remporté la victoire de Fontenoy ?
— Non, rétorque loyalement Son Ampleur, et je m'en fous.
— C'est toujours le même topo : On en veut à Louis XV dans les manuels et on cherche à le diminuer, poursuis-je malgré tout. Encore une fois, grâces soient rendues à la courageuse Régie des Tabacs qui vient de créer une nouvelle marque de cigarettes baptisées « Fontenoy ». Elle n'a pas peur de prendre ses responsabilités, cette marchande de fumée. Fontenoy ! Le Maréchal de Saxe y battit les Anglais. Alors, si tu le veux bien : un coup de bitos ému au passage. J'aurais dû aussi te parler du chevalier d'Eon.
— Là, ça me dit quelque chose, fronce-les-sourcils-t-il.
— D'Eon : un beau chevalier blond qui se déguisait en nana au point qu'on le prenait pour une gerce. Louis XV voulut se le faire, c'est te dire s'il y avait gourance !
— Un travesti, quoi ?
— Certains assurent qu'il était vraiment homme, d'autres jurent qu'il était femme. Je pense qu'on pourrait trouver un dénominateur commun en affirmant que ça devait être une aimable fiote à voile et à vapeur. Le roi qui ne pouvait en faire sa maîtresse en fit son espion.
Eon accomplit des missions en Russie et en Angleterre. Avec le Masque de fer, il fait partie de ces points d'interrogation de l'Histoire qui sont la providence des historiens.
Mais passons. Oui, passons pour arriver à Louis XVI.
— Fin de section ! rigole l'Obèse.
— Non, disons plutôt section halte ! Au sujet de ce pauvre garçon, une chose saute aux yeux.
— Sa tête ? ironise Béni.
Je hoche la mienne.
— Eh bien voilà, si tu dresses la liste des rois, tu t'aperçois que tous les Louis ont été gratifiés d'un qualificatif… Ça démarre par Louis Ier le Débonnaire et Louis II le Bègue, et ça se termine par Louis XII le Père du Peuple, Louis XIII le Juste, Louis XIV le Grand et Louis XV le Bien-Aimé en passant par Louis VI le Gros, Louis VII le Jeune ou Louis VIII le Lion. Or, Louis XVI n'est que Louis XVI. C'est si j'ose dire, Louis XVI tout court ; on aurait pu l'appeler le Sectionné ou le Malchanceux ; mais non : on l'a laissé seul avec son fatidique numéro et sa tête sous le bras.
— Tu sais, fait l'Important, Ça se passe de commentaires. Dès que tu dis Louis XVI on pense à la bicyclette à Chariot. Un roi qui y va du cigare, c'est pas fréquent tout de même !
— Non, Béru, ça n'est pas courant, aussi le jour où le couperet lui a dégringolé sur la nuque, ça n'est pas seulement un roi qui a été décapité, mais des millénaires de préjugés. On a coupé la tête à toute la monarchie, et maintenant les derniers rois de ce monde ont la tranche juste posée sur les épaules. Il suffit d'un courant d'air, ou d'une bousculade pour qu'elle roule dans la poussière. Cela fait songer à la blague du bourreau chinois qui tranchait les têtes avec une dextérité telle qu'un jour, un supplicié qui se trouvait au bout d'une file de condamnés lui demanda : « Pourquoi ne m'avez-vous pas coupé la tête à moi ? »