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Les lauriers de flammes (2ième partie)

Электронная книга - «Les lauriers de flammes (2ième partie)». Краткое содержание книги:

Les dés sont jetés. A la tête de la Grande Armée, inconscient des trahisons et des dangers qui menacent ses arrières, l'Empereur se dirige vers Moscou. Malgré ses rêves de bonheur et de liberté dans les bras de Jason retrouvé, Marianne ne peut rester inactive. Napoléon doit savoir ce qui l'attend à son retour. Pour Marianne aussi, la campagne de Russie a commencé. Devant elle, l'immensité de la steppe et des milliers de kilomètres à parcourir. Au bout de sa route, le Kremlin en flammes et son conquérant désemparé. Pour celle qui lui a toujours tout donné, est-ce le début d'une nouvelle vie ?
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— Vous savez bien que non. Mon rôle de secrétaire s’achevait ici et je n’ai aucune envie d’affronter quelques centaines de lieues, seule femme avec Barbe au milieu d’un bon millier d’hommes pratiquement retournés à l’état sauvage. Demandez donc à Barbe ce qu’elle en pense : même elle, s’y refuse.

— C’est insensé et stupide ! Vous savez très bien que Mourier vous protégerait...

— Qu’en savez-vous ? Et à quelles conditions ? Non, mon ami, ne venez pas me parler de chevalerie, de galanterie et de tout ce fatras de salon qui n’a plus cours dans une situation comme celle-ci. En un mot comme en cent, je n’ai aucune envie d’être violée je ne sais combien de fois avant d’atteindre les régions civilisées. En outre, avez-vous oublié vos promesses ? A Moscou, vous assuriez qu’une fois arrivés ici, il vous serait facile de m’aider à continuer mon voyage.

Il explosa littéralement.

— Comment voulez-vous que je fasse ? Vous avez vu ce qu’il reste de cette ville sur laquelle, tous, nous fondions tant d’espoirs ? Pas de garnison ou si peu, pas d’approvisionnement, pas de coordination avec les autres villes, une population hostile qui ne demande qu’un encouragement pour nous tomber dessus.

— Vous deviez tout de même vous attendre à tout cela !

— Absolument pas ! Smolensk représentait nos plus grands magasins de réserves mais, depuis que le maréchal Victor l’a quittée, il semble que ces réserves se soient envolées mystérieusement. Quant à ce que j’ai demandé à Mohilev ou à Vitebsk, il n’est presque rien arrivé. Et je n’ai rien su, rien ! On m’a laissé venir ici sans m’avertir. Ce pauvre Villeblanche était à demi mort de peur en recevant mes lettres et n’osait pas prévenir. Mais j’avoue que maintenant je partage sa peur et son désespoir. Savez-vous que nous avons seulement quelques quintaux de farine, un peu de riz, de sarrasin, quelques poignées de foin et d’avoine, une montagne de choux, quelques dizaines de poulets maigres et... ah oui ! de pleins tonneaux d’eau-de-vie, pour nourrir environ cent mille hommes qui vont nous tomber dessus avant deux semaines ! Alors comment voulez-vous que je trouve le temps et les moyens de m’occuper de vous quand je suis à deux doigts de devenir fou ?

— Près de cent mille hommes ? Que voulez-vous dire ?

Il eut un sourire amer.

— Qu’au lieu du titre de baron que j’avais modestement espéré en récompense de mon labeur, je risque de récolter une disgrâce aussi totale qu’irrémédiable ! Jamais l’Empereur ne me pardonnera... ni le comte Dumas ni mon cousin Daru. Je suis un homme fini, déshonoré.

— Oh ! cessez de gémir ! s’impatienta la jeune femme et expliquez-vous plus clairement. Où prenez-vous vos cent mille hommes ?

— Autour de l’Empereur ! Une estafette est arrivée tout à l’heure, à pied car son cheval s’est rompu le cou en descendant le ravin gelé ! Sa Majesté se replie sur nous.

Le ton morne employé disait assez la joie qu’il éprouvait de cette arrivée prochaine. En vrac, comme on se libère d’un fardeau, il lâcha tout son paquet de nouvelles. Le 24 octobre précédent, le prince Eugène avait battu, à Malo-Yaroslavetz, les troupes du général russe Dokhtourov mais cette victoire, d’ailleurs incomplète, avait fait comprendre à Napoléon que derrière Dokhtourov l’armée russe se reformait dans des dimensions impossibles à calculer. Les siennes propres étant réduites, il avait choisi de revenir à la route normale et quand l’estafette avait quitté le quartier général, l’armée française campait à Borovsk.

Les ordres impériaux étaient formels : il fallait tout préparer à Smolensk pour recevoir les quel que cent mille hommes de troupe qui restaient à l’Empereur, plus les quelques milliers de civils qui avaient quitté Moscou à la suite de l’armée.

— Mais ce n’est pas tout ! continua Beyle de plus en plus nerveux. L’Empereur s’attend à trouver ici de puissants renforts, ceux du 9e Corps... qui sont partis aider Gouvion-Saint-Cyr en difficulté. Le maréchal est blessé, il a dû abandonner la ligne de la Dvina. Quant au 2e Corps d’Oudinot qui comportait entre autres quatre solides régiments suisses, il a subi de lourdes pertes. En conséquence, Victor ne pourra pas revenir de sitôt à Smolensk s’il veut continuer à garder la route de Wilna... et, sans lui, il n’est pas sûr que Napoléon puisse résister efficacement à une grande concentration russe s’il prend fantaisie à Koutousov de se lancer sur ses traces...

Marianne l’écoutait, horrifiée, vaguement gênée par cette voix lugubre et plate. On aurait dit que Beyle récitait une leçon... une leçon qu’il ne savait pas très bien. Puis, tout à coup, son visage s’empourpra sous la poussée d’une violente colère et il se mit à hurler.

— Alors, ce n’est plus le moment de me parler de vos délicatesses et de vos états d’âme ! Comprenez donc que vous n’avez pas le choix, Marianne ! Si vous ne voulez pas partir avec le convoi, vous tomberez avant peu dans les mains de l’Empereur. Aussi, que cela vous plaise ou non, j’ai décidé que vous alliez partir avec les blessés.

Tout de suite, elle se cabra, offensée par ce ton coléreux.

— Vous avez... décidé, dites-vous ?

— Exactement ! Demain à l’aube, Mourier viendra vous chercher avec une voiture... car j’ai encore pu réaliser pour vous ce miracle-là ! Vous n’irez pas à pied ! Vous devriez me remercier !

— Vous remercier ? Qui vous a donné permission de me donner des ordres ?

La colère commençait à s’emparer d’elle. De quel droit ce garçon qui, à tout prendre, ne lui était rien, osait-il se permettre ce ton de maître ? Il s’était occupé d’elle au moment de l’incendie mais ne lui avait-elle pas rendu ses soins au centuple ? S’efforçant de rester calme, elle articula, détachant bien les paroles.

— Il n’est pas question un seul instant que j’en passe par vos ukases, mon ami ! J’ai dit que je ne partirai pas et vous me permettrez de m’en tenir là.

— Et moi, je vous dis que vous partirez parce que je le veux. Il se peut que vous choisissiez maintenant d’affronter Napoléon. Après tout, vos amours passées avec lui peuvent vous donner l’espoir de fléchir sa colère, mais il n’en sera pas de même pour moi et je ne me soucie pas d’aggraver mon cas. Si, au moment précis où je vais devoir avouer mon impuissance à fournir ces sacrés approvisionnements de réserve, il découvre en même temps que je vous ai cachée, aidée, soustraite à sa colère, ma situation va devenir intenable ! C’est la prison... peut-être le peloton.

— Ne dites pas de sottises ! Pourquoi donc l’Empereur découvrirait-il tout cela maintenant ? Nous n’habitons plus ensemble, que je sache ? Et je ne vois pas bien l’Empereur venant prendre logis dans une maison juive. Le convoi parti, nul ne saura plus que vous m’avez aidée puisque Mourier seul a découvert que j’étais une femme...

— Et ceux d’ici ? Ceux de l’intendance pour qui votre déguisement a été, croyez-moi, fort transparent ? Et il y a aussi ces gens qui vous hébergent ?

— Justement ! Que cela vous étonne ou non, je sais n’avoir rien à craindre d’eux, au contraire. Rien ne m’empêche de demeurer cachée dans cette maison jusqu’à ce qu’il me soit possible de partir enfin.

Beyle haussa furieusement les épaules.

— Vous cacher ici pendant des mois ? Pour le coup, vous êtes folle ! Rien n’est moins sûr, aux jours que nous vivons, que la maison d’un juif. Admettez que les Russes reprennent Smolensk ! Ces gens qui vous plaisent tant vous jetteront de hors à la plus petite approche du danger... et je vous parie que vous ne resteriez pas longtemps s’ils apprenaient en quels termes vous êtes avec Napoléon ! Si l’on vous trouvait chez eux, ils pourraient avoir de sérieux comptes à rendre. Mais en voilà assez ! Demain à l’aube, on viendra vous chercher... et vous partirez, car j’obtiendrai du gouverneur, dès ce soir, un arrêt d’expulsion. Les prétextes ne manqueront pas. Et la maison sera fouillée de fond en comble si vous ne vous présentez pas. Avez-vous compris maintenant ?

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