Le vicomte de Bragelonne Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:
– Ils sont beaux, ils sont superbes. Je ne vous connaissais pas ces pierres, madame.
– Estimez.
– Deux cent mille livres. Celui du milieu en vaut cent à lui seul.
– Oui, oui, c’est ce que je pensais, dit la marquise. Les diamants, les diamants! oh! j’en ai beaucoup: bagues, chaînes, pendants et girandoles, agrafes, ferrets! Estimez, monsieur Faucheux, estimez.
L’orfèvre prit sa loupe, ses balances, pesa, lorgna, et tout bas, faisant son addition:
– Voilà des pierres, dit-il, qui coûtent à Madame la marquise quarante mille livres de rente.
– Vous estimez huit cent mille livres?…
– À peu près.
– C’est bien ce que je pensais. Mais les montures sont à part.
– Comme toujours, madame, si j’étais appelé à vendre ou à acheter, je me contenterais, pour bénéfice, de l’or seul de ces montures; j’aurais encore vingt-cinq bonnes mille livres.
– C’est joli!
– Oui, madame, très joli.
– Acceptez-vous le bénéfice à la condition de faire argent comptant des pierreries?
– Mais, madame! s’écria l’orfèvre effaré, vous ne vendez pas vos diamants, je suppose?
– Silence, monsieur Faucheux, ne vous inquiétez pas de cela, rendez-moi seulement réponse. Vous êtes honnête homme, fournisseur de ma maison depuis trente ans, vous avez connu mon père et ma mère, que servaient votre père et votre mère. Je vous parle comme à un ami; acceptez-vous l’or des montures contre une somme comptant que vous verserez entre mes mains?
– Huit cent mille livres! mais c’est énorme!
– Je le sais.
– Impossible à trouver!
– Oh! que non.
– Mais madame, songez à l’effet que ferait, dans le monde, le bruit d’une vente de vos pierreries!
– Nul ne le saurait… Vous me ferez fabriquer autant de parures fausses semblables aux fines. Ne répondez rien je le veux. Vendez en détail, vendez seulement les pierres.
– Comme cela, c’est facile… Monsieur cherche des écrins, des pierres nues pour la toilette de Madame. Il y a concours. Je placerai facilement chez Monsieur pour six cent mille livres. Je suis sûr que les vôtres sont les plus belles.
– Quand cela?
– Sous trois jours.
– Eh bien! le reste, vous le placerez à des particuliers; pour le présent, faites-moi un contrat de vente garanti… paiement sous quatre jours.
– Madame, madame, réfléchissez, je vous en conjure… Vous perdrez là cent mille livres, si vous vous hâtez.
– J’en perdrai deux cent mille s’il le faut. Je veux que tout soit fait ce soir. Acceptez-vous?
– J’accepte, madame la marquise… Je ne dissimule pas que je gagnerai à cela cinq mille pistoles.
– Tant mieux! comment aurai-je l’argent?
– En or ou en billets de la Banque de Lyon, payables chez M. Colbert.
– J’accepte, dit vivement la marquise; retournez chez vous et apportez vite la somme en billets, entendez-vous?
– Oui, madame; mais, de grâce…
– Plus un mot, monsieur Faucheux. À propos, l’argenterie, que j’oubliais… Pour combien en ai-je?
– Cinquante mille livres, madame.
– C’est un million, se dit tout bas la marquise. Monsieur Faucheux, vous ferez prendre aussi l’orfèvrerie et l’argenterie avec toute la vaisselle. Je prétexte une refonte pour des modèles plus à mon goût… Fondez, dis-je, et rendez-moi la valeur en or… sur-le-champ.
– Bien, madame la marquise.
– Vous mettrez cet or dans un coffre; vous ferez accompagner cet or d’un de vos commis et sans que mes gens le voient; ce commis m’attendra dans un carrosse.
– Celui de Mme Faucheux? dit l’orfèvre.
– Si vous le voulez, je le prendrai chez vous.
– Oui, madame la marquise.
– Prenez trois de mes gens pour porter chez vous l’argenterie.
– Oui, madame.
La marquise sonna.
– Le fourgon, dit-elle, à la disposition de M. Faucheux.
L’orfèvre salua et sortit en commandant que le fourgon le suivit de près et en annonçant, lui-même, que la marquise faisait fondre sa vaisselle pour en avoir de plus nouvelle.
Trois heures après, elle se rendait chez M. Faucheux et recevait de lui huit cent mille livres en billets de la Banque de Lyon, deux cent cinquante mille livres en or, enfermées dans un coffre que portait péniblement un commis jusqu’à la voiture de Mme Faucheux.
Car Mme Faucheux avait un coche. Fille d’un président des comptes, elle avait apporté trente mille écus à son mari, syndic des orfèvres. Les trente mille écus avaient fructifié depuis vingt ans. L’orfèvre était millionnaire et modeste. Pour lui, il avait fait l’emplette d’un vénérable carrosse, fabriqué en 1648, dix années après la naissance du roi. Ce carrosse, ou plutôt cette maison roulante, faisait l’admiration du quartier; elle était couverte de peintures allégoriques et de nuages semés d’étoiles d’or et d’argent doré.
C’est dans cet équipage, un peu grotesque, que la noble femme monta, en regard du commis, qui dissimulait ses genoux de peur d’effleurer la robe de la marquise.
C’est ce même commis qui dit au cocher, fier de conduire une marquise: Route de Saint-Mandé!
Chapitre CII – La dot
Les chevaux de M. Faucheux étaient d’honnêtes chevaux du Perche, ayant de gros genoux et des jambes tant soit peu engorgées. Comme la voiture, ils dataient de l’autre moitié du siècle.
Ils ne couraient donc pas comme les chevaux anglais de M. Fouquet.
Aussi mirent-ils deux heures à se rendre à Saint-Mandé.
On peut dire qu’ils marchaient majestueusement.
La majesté exclut le mouvement.
La marquise s’arrêta devant une porte bien connue, quoiqu’elle ne l’eût vue qu’une fois, on se le rappelle, dans une circonstance non moins pénible que celle qui l’amenait cette fois encore.
Elle tira de sa poche une clef, l’introduisit de sa petite main blanche dans la serrure, poussa la porte qui céda sans bruit, et donna l’ordre au commis de monter le coffret au premier étage.
Mais le poids de ce coffret était tel, que le commis fut forcé de se faire aider par le cocher.
Le coffret fut déposé dans ce petit cabinet, antichambre ou plutôt boudoir, attenant au salon où nous avons vu M. Fouquet aux pieds de la marquise.
Mme de Bellière donna un louis au cocher, un sourire charmant au commis, et les congédia tous deux.
Derrière eux, elle referma la porte et attendit ainsi, seule et barricadée. Nul domestique n’apparaissait à l’intérieur.
Mais toute chose était apprêtée comme si un génie invisible eût deviné les besoins et les désirs de l’hôte ou plutôt de l’hôtesse qui était attendue.
Le feu préparé, les bougies aux candélabres, les rafraîchissements sur l’étagère, les livres sur les tables, les fleurs fraîches dans les vases du Japon.
On eût dit une maison enchantée.
La marquise alluma les candélabres, respira le parfum des fleurs, s’assit et tomba bientôt dans une profonde rêverie.