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Le vicomte de Bragelonne Tome II

Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome II». Краткое содержание книги:

Dernière page de l'histoire des quatre amis, d'Artagnan, Athos, Porthos et Aramis… Le règne de Louis XIV commence, chacun a vieilli et évolué, mais conserve sa personnalité d'autrefois. Dans ce livre, le héros est le vicomte de Bragelonne, qui n'est autre que le fils d'Athos, mais les anciens mousquetaires ne sont jamais loin quand il s'agit d'intrigues et d'aventures…
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– Ah! dit-elle en grinçant des dents, c’était bien une lettre de M. Fouquet qu’elle lisait quand je suis arrivée!

Et elle s’élança, à son tour, hors de la chambre.

Pendant ce temps, la marquise, arrivée derrière le rempart de sa porte, sentait qu’elle était au bout de ses forces; un instant elle resta roide, pâle et immobile comme une statue; puis, comme une statue qu’un vent d’orage ébranle sur sa base, elle chancela et tomba inanimée sur le tapis.

Le bruit de sa chute retentit en même temps que retentissait le roulement de la voiture de Marguerite sortant de l’hôtel.

Chapitre CI – L’argenterie de Mme de Bellière

Le coup avait été d’autant plus douloureux qu’il était inattendu; la marquise fut donc quelque temps à se remettre; mais, une fois remise, elle se prit aussitôt à réfléchir sur les événements tels qu’ils s’annonçaient.

Alors elle reprit, dût sa vue se briser encore en chemin, cette ligne d’idées que lui avait fait suivre son implacable amie.

Trahison, puis noires menaces voilées sous un semblant d’intérêt public, voilà pour les manœuvres de Colbert.

Joie odieuse d’une chute prochaine, efforts incessants pour arriver à ce but, séductions non moins coupables que le crime lui-même: voilà ce que Marguerite mettait en œuvre.

Les atomes crochus de Descartes triomphaient; à l’homme sans entrailles s’était unie la femme sans cœur.

La marquise vit avec tristesse, encore plus qu’avec indignation, que le roi trempât dans un complot qui décelait la duplicité de Louis XIII déjà vieux, et l’avarice de Mazarin lorsqu’il n’avait pas encore eu le temps de se gorger de l’or français. Mais bientôt l’esprit de cette courageuse femme reprit toute son énergie et cessa de s’arrêter aux spéculations rétrogrades de la compassion.

La marquise n’était point de ceux qui pleurent quand il faut agir et qui s’amusent à plaindre un malheur qu’ils ont moyen de soulager.

Elle appuya, pendant dix minutes à peu près, son front dans ses mains glacées; puis, relevant le front, elle sonna ses femmes d’une main ferme et avec un geste plein d’énergie.

Sa résolution était prise.

– A-t-on tout préparé pour mon départ? demanda-t-elle à une de ses femmes qui entrait.

– Oui, madame; mais on ne comptait pas que Madame la marquise dût partir pour Bellière avant trois jours.

– Cependant tout ce qui est parures et valeurs est en caisse?

– Oui, madame; mais nous avons l’habitude de laisser tout cela à Paris; Madame, ordinairement, n’emporte pas ses pierreries à la campagne.

– Et tout cela est rangé, dites-vous?

– Dans le cabinet de Madame.

– Et l’orfèvrerie?

– Dans les coffres.

– Et l’argenterie?

– Dans la grande armoire de chêne.

La marquise se tut; puis, d’une voix tranquille:

– Que l’on fasse venir mon orfèvre, dit-elle.

Les femmes disparurent pour exécuter l’ordre.

Cependant la marquise était entrée dans son cabinet, et, avec le plus grand soin, considérait ses écrins.

Jamais elle n’avait donné pareille attention à ces richesses qui font l’orgueil d’une femme; jamais elle n’avait regardé ces parures que pour les choisir selon leurs montures ou leurs couleurs. Aujourd’hui elle admirait la grosseur des rubis et la limpidité des diamants; elle se désolait d’une tache, d’un défaut; elle trouvait l’or trop faible et les pierres misérables.

L’orfèvre la surprit dans cette occupation lorsqu’il arriva.

– Monsieur Faucheux, dit-elle, vous m’avez fourni mon orfèvrerie, je crois?

– Oui, madame la marquise.

– Je ne me souviens plus à combien se montait la note.

– De la nouvelle, madame, ou de celle que M. de Bellière vous donna en vous épousant? Car j’ai fourni les deux.

– Eh bien! de la nouvelle, d’abord.

– Madame, les aiguières, les gobelets et les plats avec leurs étuis, le surtout et les mortiers à glace, les bassins à confitures et les fontaines ont coûté à Madame la marquise soixante mille livres.

– Rien que cela, mon Dieu?

– Madame trouva ma note bien chère…

– C’est vrai! c’est vrai! Je me souviens qu’en effet c’était cher; le travail, n’est-ce pas?

– Oui, madame: gravures, ciselures, formes nouvelles.

– Le travail entre pour combien dans le prix? N’hésitez pas.

– Un tiers de la valeur, madame. Mais…

– Nous avons encore l’autre service, le vieux, celui de mon mari?

– Oh! madame, il est moins ouvré que celui dont je vous parle. Il ne vaut que trente mille livres, valeur intrinsèque.

– Soixante-dix! murmura la marquise. Mais, monsieur Faucheux, il y a encore l’argenterie de ma mère; vous savez, tout ce massif dont je n’ai pas voulu me défaire à cause du souvenir?

– Ah! madame, par exemple, c’est là une fameuse ressource pour des gens qui, comme Madame la marquise, ne seraient pas libres de garder leur vaisselle. En ce temps, madame, on ne travaillait pas léger comme aujourd’hui. On travaillait dans des lingots. Mais cette vaisselle n’est plus présentable; seulement, elle pèse.

– Voilà tout, voilà tout ce qu’il faut. Combien pèse-t-elle?

– Cinquante mille livres, au moins. Je ne parle pas des énormes vases de buffet qui, seuls, pèsent cinq mille livres d’argent: soit dix mille livres les deux.

– Cent trente! murmura la marquise. Vous êtes sûr de ces chiffres, monsieur Faucheux?

– Sûr, madame. D’ailleurs, ce n’est pas difficile à peser.

– Les quantités sont écrites sur mes livres.

– Oh! vous êtes une femme d’ordre, madame la marquise.

– Passons à autre chose, dit Mme de Bellière.

Et elle ouvrit un écrin.

– Je reconnais ces émeraudes, dit le marchand, c’est moi qui les ai fait monter; ce sont les plus belles de la cour; c’est-à-dire, non: les plus belles sont à Mme de Châtillon; elles lui viennent de MM. de Guise; mais les vôtres, madame, sont les secondes.

– Elles valent?

– Montées?

– Non; supposez qu’on voulût les vendre.

– Je sais bien qui les achèterait! s’écria M. Faucheux.

– Voilà précisément ce que je vous demande. On les achèterait donc?

– On achèterait toutes vos pierreries, madame; on sait que vous avez le plus bel écrin de Paris. Vous n’êtes pas de ces femmes qui changent; quand vous achetez, c’est du beau; lorsque vous possédez, vous gardez.

– Donc, on paierait ces émeraudes?

– Cent trente mille livres.

La marquise écrivit sur des tablettes, avec un crayon, le chiffre cité par l’orfèvre.

– Ce collier de rubis? dit-elle.

– Des rubis balais?

– Les voici.

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