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Les consultations du docteur Noir

Электронная книга - «Les consultations du docteur Noir». Краткое содержание книги:

C'est un entretien entre le poète Stello et le docteur Noir, qui lui enseigne que le poète est condamné par la société.
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Libanius, après avoir achevé cette lettre qu'il me donna, demeura ainsi que nous tous plongé dans un silence profond. Il fut contraint de s'asseoir parce que ses genoux tremblaient. Comme ses yeux étaient fermés et répandaient quelques larmes, je craignis pour lui et m'avançai pour le soutenir, mais il me fit signe de m'éloigner.

"Voici la réponse de Julien, dit-il; il a senti que mes yeux, tout vieux qu'ils soient, avaient vu la lumière véritable. Il ne lui était plus possible de se laisser entraîner sans honte par ce torrent chrétien qu'il avait fait reculer, il s'est retranché lui-même comme on détruit une digue dont l'usage est reconnu pernicieux après une épreuve. Je vivrai pour défendre sa mémoire; et je mourrai dans le culte extérieur des Dieux, qui est vieux comme moi et qui donne encore des Pénates à la moitié du monde. Pour vous, Jean et Basile, soyez chrétiens."

Jean Chrysostome s'inclina et dit:

"O maître, je serai chrétien.

– Je le suis déjà, dit Basile en rougissant légèrement."

En même temps chacun d'eux baisa l'une des mains tremblantes de Libanius et, comme je sentais que je ne devais plus être témoin de leur douleur et que je ne pouvais parler comme eux de ces idolâtries desquelles Moïse nous a préservés, je les laissai et me retirai timidement derrière les colonnes du vestibule, ne pouvant m'empêcher de regarder comme plus grands que des hommes ces glorieux amis, dociles comme des enfants à la voix de leur éloquent et paternel instituteur, et forts comme des géants contre les cris des hommes vulgaires.

Je marchais depuis quelque temps sous les cyprès lorsque tout d'un coup j'entendis des chants lointains que je reconnus pour ceux des Chrétiens. C'étaient des voix d'enfants qui s'élevaient en choeur, et puis de longs silences, puis, après, de fortes voix d'hommes basses et sombres comme devaient être les voix des cadavres ranimés dont Ezéchiel entendit les secrets entretiens. De longs silences encore me permirent de distinguer sur le sable les pas d'une grande foule. Puis les voix des enfants reprirent encore un chant mystérieux, triste, caressant comme celui d'une mère qui charme le berceau d'un fils mourant avec une chanson interrompue par des soupirs, des larmes et des sanglots. Je m'approchai par une allée détournée et je vis une longue suite de moines qui marchaient rangés sur deux files, au milieu d'eux des enfants, puis les vierges, puis les femmes et après elles les hommes, la tête nue et les yeux baissés. En avant de cette longue procession, quatre hommes portaient le corps de Babylas le martyr, qu'ils rapportaient à son tombeau.

La procession passait devant le temple de Daphné, le petit temple de marbre blanc, plus parfait que le Parthénon d'Athènes, et caché au milieu d'une touffe de lauriers. Les portes en étaient fermées et, sur le péristyle, j'aperçus un jeune homme pâle, vêtu de blanc, que je reconnus pour l'esclave chéri de l'Empereur, celui même dont nous venions de lire la lettre, le stoïcien Paul de Larisse. Le choeur des moines d'Antioche ayant chanté le verset de notre psaume: Que Dieu se lève et que ses ennemis soient dissipés, Paul tourna le dos à la procession et s'écria, tendant les bras vers le temple:»Apollon, Apollon; Soleil-Roi, tu as reçu Julien parmi les Dieux, à la droite de Marc-Aurèle!»

Les jeunes filles qui marchaient les premières s'arrêtèrent effrayées, mais, au regard et au geste d'un évêque, elles reprirent leur marche en silence, les moines ne cessaient de marcher les mains jointes et sans lever les yeux. Les cantiques recommencèrent. Dans un long intervalle entre les chants, Paul de Larisse voyant que les enfants étaient déjà loin, à la suite du corps, s'écria d'une voix claire, distincte, au moment où venaient les hommes d'Antioche:

"Julien, le grand Julien est mort pour nous. C'est lui qu'il faut pleurer!»

Ceux-là passèrent encore après l'avoir considéré attentivement, mais avec indifférence, et passèrent en parlant entre eux.

Paul leur cria:

"Allez adorer Sérapis et Jésus, et ce soir vos danseurs!»

A ce mot ils murmurèrent, mais ils passèrent, haussant les épaules, et quelques-uns rirent avec de grands éclats. Ces hommes d'Antioche marchaient avec mollesse, et plusieurs d'entre eux conduisaient leurs soeurs adoptives pompeusement parées et chargées d'ornements païens et chrétiens, portant dans leurs cheveux la croix d'or et la gerbe d'or de Cérès-Dêo, indifféremment mêlées.

Vinrent après eux les Barbares nouvellement chrétiens, attroupés en grand nombre. Ceux-là tenaient élevée une lourde et grande croix de bois qu'ils venaient baiser tour à tour en marchant, et s'arrachaient les reliques de saint Babylas, en se partageant son manteau. Une animation extraordinaire brillait dans leurs yeux; ils versaient de véritables larmes et se frappaient la poitrine avec violence en déplorant à haute voix la passion de Jésus comme si elle était d'hier, et célébrant en paroles confuses le martyre de Babylas qu'ils nommaient une Passion secondaire, une Rédemption diminuée; ils obéissaient, en poussant de grands élans de piété, à un moine de petite taille, caché et comme enseveli au milieu d'eux, et répétaient à grands cris ses paroles. Leurs figures étaient stupides et féroces; leurs yeux à demi fermés, relevés et comme endormis et alourdis par un sourire imbécile, regardaient cependant de toutes parts comme pour chercher des ennemis; leurs longs cheveux roux, jaunes et chargés d'huile et de poussière, couvraient leurs épaules et les rendaient semblables à ces statues d'Egypte qui ont le corps d'un homme et la tête d'un lion. Une secrète horreur me saisit en voyant cette foule robuste survenir, et je sentis à leur odeur le même frisson qui se fait sentir à tous les êtres créés lorsque viennent les bêtes du désert. Paul de Larisse frappa des mains, comme saisi de joie à leur vue. Il embrassa une des colonnes blanches du Temple et cria:

"Apollon Conducteur, Apollon, tu les amènes pour moi!»

Puis il ouvrit sa tunique blanche, s'avança au grand jour, découvrit sa poitrine à la lumière du soleil et, debout sur la plus haute des marches du temple, il leur dit:

"Vous voilà donc enfin, je vous trouve donc, ô vous les vrais Chrétiens, vous les plus ignorants, les plus grossiers des hommes et les plus aveugles, vous les Barbares! Réjouissez-vous donc, car le plus pieux des Empereurs, le plus religieux des hommes, Julien est mort!»

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