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Les consultations du docteur Noir

Электронная книга - «Les consultations du docteur Noir». Краткое содержание книги:

C'est un entretien entre le poète Stello et le docteur Noir, qui lui enseigne que le poète est condamné par la société.
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– Par le ciel, qu'ont dit de plus les Evêques chrétiens, nos anciens amis? s'écria Jean Chrysostome.

– Regarde, dit Basile, en montrant sur la muraille un papyrus très long qui y était déroulé; Libanius a copié de sa main cet édit immortel que tu as écrit pour les temples."

Libanius roulait une boule d'ambre dans sa main et d'abord ne parlait pas; mais, regardant Basile avec ironie:

"Vraiment, dit-il, tu m'as pris en flagrant délit d'admiration et presque de flatterie pour notre cher Julien, et la confusion que cela me cause n'est pas loin de me faire oublier que les pures maximes, les institutions vertueuses, les lois prudentes ne se conservent pas si elles ne sont à l'abri d'un dogme religieux, et que, si Julien les a enfantées, c'est que sans doute il était rempli de la Divinité et s'est senti assez fort pour établir le sentiment de sa foi de manière à la rendre universelle."

Et, comme Julien hésitait à répondre, il continua après avoir attendu un instant:

"Et ce ne peut être à l'ancien Olympe d'Homère qu'il ait foi, car, dans sa Satire des Césars, dont nous parlait Paul de Larisse, notre enfant, j'ai bien peur qu'il n'ait fait la satire des Dieux. Silène et Bacchus n'y sont guère moins ridicules que les Césars faiseurs de poupées (je ne veux pas parler de Claude son aïeul, que Julien a bien traité pour ce motif très naturel qu'il est de son sang); mais les Dieux y sont fort petits auprès de Marc-Aurèle qui leur parle de l'idée, vraie ou fausse, qu'ils sont nourris de la fumée des sacrifices. Il a fait, de la mollesse et de la débauche, des déesses dont la dernière est chrétienne et offre le baptême à Constantin et à tous les meurtriers. Tu me pardonneras donc, Basile, j'en suis sûr, de ne pas croire qu'il ait pour le vieil Olympe une grande vénération et une sincère croyance dont le sentiment puisse être universel."

Julien rougit; aucun de nous ne vit cette rougeur avec indifférence, et je compris alors combien il fallait que Libanius eût une intelligence sûre, inébranlable et pénétrante, et quelle force il sentait en lui, pour se résoudre à pousser à bout celui en qui reposaient les destinées du monde. Jean Chrysostome regardait Libanius comme pour demander grâce, Basile avec une tristesse croissante, et Paul de Larisse avec une douleur inexprimable.

Julien avait penché sa tête sur sa main, et son coude était négligemment étendu sur la table. Il rêva, puis il sourit, puis il dit en attachant ses yeux sur les constellations brillantes qui tremblaient derrière les feuilles sombres des cyprès, des lauriers et des cèdres:

"Si le délire est divin et s'il est permis de le regarder comme tel, n'est-ce pas lorsque la mémoire des choses divines que notre âme a connues avant la naissance devient en nous si vive qu'il nous semble être rentrés dans le sein de la Divinité même? N'avons-nous pas reconnu que le raisonnement est une arme aussi bonne pour l'erreur que pour la vérité? Nous ne pouvons donc nous attester élevés jusqu'au sentiment du Vrai, du Beau et du Bien que dans ces rares moments où notre âme, se souvenant de la Beauté céleste, prend ses ailes pour retourner en sa présence et la voir clairement devant elle, autour d'elle, se sent pénétrée de son amour, et ne voit rien dans l'univers qui ne soit tout illuminé des splendeurs de la Divinité. C'est dans ces moments, auxquels les prières nous conduisent, que nous pouvons vraiment dire avoir retrouvé ce que la naissance et la vie périssable nous ôtent, et ce sont ces vérités retrouvées que les hommes osent appeler célestes inventions, oubliant que toute vertu et toute science n'est qu'une réminiscence de la vie première et de l'existence inaltérable.

Pour moi, je puis le dire, j'ai passé ma vie entière à supplier le Dieu souverain et tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, de diriger par des inspirations intimes le cours difficile de ma vie et, souvent, j'ai reçu de lui des visions qui ne m'ont laissé aucun doute sur l'existence des divinités secondaires qui président à nos destinées. Le monde dans son ensemble n'est autre chose qu'un Etre animé, formé d'âme et d'intelligence; mais, entre Dieu et lui, un autre Etre intermédiaire préside à nos destinées, c'est le Soleil-Roi que j'adorai dès mes premiers ans et dont mes yeux ne pouvaient se détacher. Sa présence est notre vie, son absence notre mort; sa nature est simple, pure et sans mélange; il provient d'un seul Dieu, du Dieu créateur, qui est le monde intelligent, et il est le milieu des êtres intellectuels intermédiaires, destiné à les présider, et propre à réunir les deux extrémités de la vaste chaîne par sa qualité conciliante et amie, par sa substance fécondante. Le plus grand, parmi les biens qu'il produit, est la création des Anges solaires. L'un d'eux m'est apparu clairement sous ma tente et dans mon palais pour m'annoncer mes destins, et c'est lui qui est le Génie de l'Empire. Il était pâle et faible avant que l'on ne m'eût nommé Auguste; il est grand et puissant aujourd'hui. Je l'ai vu, il m'a parlé, et jamais ses prédictions n'ont failli. Je les ai annoncées, on les a vues s'accomplir au jour marqué. Que le sourire que je vois errer sur tes lèvres en ce moment interprète ces récits comme des visions mystiques, je le comprends et je le pardonne. Mais je déclare que, lors même que ce ne seraient là que visions nocturnes et rêveries extatiques, je ne les croirais pas moins venues du ciel pour me récompenser de quelques vertus dont j'aurai pu donner l'exemple. Cette vue certaine que j'ai obtenue à force de sacrifices, d'études théurgiques et théologiques, de prières et d'adorations exaltées, m'a conduit à connaître et enseigner la vraie nature des Dieux secondaires qui adoptent les nations et dirigent leurs fortunes diverses, faisant connaître l'avenir à ceux des hommes qui cherchent à leur ressembler et atteignent quelque chose de leurs perfections. Ces Anges solaires qui vivent à présent avec le bienheureux Platon ne cessent de monter et descendre du Soleil à nous et, suivant sa lumière, pénètrent l'âme à travers les corps ranimés par elle. Qu'on les nomme Cérès-Dêo ou Minerve Pronoée, ils viennent du Soleil-Roi, emblème visible du Démiurgos, du Logos, du Verbe incréé et très pur.

– Mon cher Julien, répondit Libanius, le nombre est infini des Chrétiens qui, depuis ton règne, et au moindre signe venu de toi en passant par des milliers de petits pouvoirs nés du tien, ont quitté leur christianisme. Ils l'ont quitté par indifférence, et n'étaient tombés dans cette indifférence que parce que les deux cents sectes et plus encore qui les divisent avaient soumis la nature de leurs Divinités au même creuset où tu viens de faire passer celles de l'Olympe. Toi qui t'es diverti publiquement en faisant venir chez toi les Ariens, les Novatiens, les Donatistes et autres, pour les faire disputer jusques à perdre haleine, te crois-tu bien loin de leur Homoousion, de leur Consubstantialité? Je te crois, en vérité, plutôt possédé à ton insu du sentiment qui t'a fait écrire l'autre jour dans le Misopogon: Je chanterai pour les Muses et pour moi.

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