Le Livre des Baltimore
- Автор: Диккер Жоэль
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Éditions de Fallois
- ISBN: 978-2877069472
- Жанр: Современная русская и зарубежная проза
Электронная книга - «Le Livre des Baltimore». Краткое содержание книги:
Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.
Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d'une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012, il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman.
Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?
— Je n'y crois plus. Je n'ai plus envie.
— Qu'est-ce qui se passe, mon grand ? s'inquiéta Oncle Saul. Tu m'as l'air bien déprimé. Même si tu dois t'arrêter quelques mois, il y a toujours l'espoir qu'un club te recrute.
S'il nous avoua s'être blessé en s'entraînant au cours de l'été, Woody nous jura ne pas avoir pris de Talacen. Pourtant, les résultats des radios laissaient planer un doute sur sa capacité à avoir pu jouer sans antidouleur. Pour lui, la seule explication possible était que le médecin de l'équipe s'était mélangé les pinceaux en lui prescrivant des vitamines pour soigner son coup de froid.
— Son histoire ne tient pas debout, dis-je à Alexandra. Il peut à peine tenir sa fourchette à table. Je me demande vraiment s'il n'a pas pris du Talacen de son propre chef.
— Pourquoi nous mentirait-il ?
— Peut-être parce qu'il n'assume pas.
Elle eut une moue.
— J'en doute, dit-elle.
— Évidemment que tu en doutes ! Tu lui donnerais le bon Dieu sans confession ! T'arrêtes pas de le chouchouter !
— Est-ce que tu es jaloux de lui, Markie ? Je regrettais déjà ce que je venais de dire.
— Non, pas du tout, répondis-je d'un ton mal assuré.
— Markikette, je te promets que le jour où tu passeras à côté de 7 millions de dollars et d'une carrière de footballeur professionnel à cause d'un médecin maboul qui a confondu les médicaments, tu auras droit à une attention au moins aussi grande que celle que je porte à Woody.
Woody ne termina jamais ses études.
Pendant les vacances d'hiver qui suivirent son exclusion des Titans, Hillel et moi essayâmes de lui remonter le moral, sans beaucoup de succès. À la reprise des cours, déprimé, il se rendit à Madison sans parvenir à franchir les limites du campus. Il arrêta la voiture à l'approche des premiers bâtiments.
— Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda Hillel dans la voiture avec lui.
— Je ne peux pas…
— Tu ne peux pas quoi ?
— Tout ça… souffla-t-il en désignant de la main le Stade Saul Goldman qui se dressait devant eux. Il descendit de voiture.
— Vas-y déjà, dit-il à Hillel. Je te rejoins. J'ai besoin de marcher un peu.
Hillel obéit, sans bien comprendre. Woody ne le rejoignit jamais. Il avait envie d'amour et de tendresse : il marcha jusqu'à la station-essence et se réfugia auprès de Colleen.
Il ne la quitta plus. Il s'installa chez elle et occupa ses journées à travailler avec elle à la station-essence. Elle était désormais la raison de sa présence à Madison. Sinon, il y aurait longtemps qu'il se serait enfui, loin.
Hillel passait tous les jours le voir. Il lui apportait ses notes de cours et essayait de le pousser à ne pas tout abandonner si près du but.
— Woody, tu es à quelques mois de terminer tes études. Ne gâche pas cette chance…
— J'ai plus le courage, Hill'. Je ne crois plus en moi. Je ne crois plus en rien.
— Woody… est-ce que tu t'es dopé ?
— Non, Hillel. Je te le jure. C'est pour ça que je ne veux plus retourner dans cette université de menteurs. Je ne veux plus rien d'eux, ils m'ont détruit.
Quelques semaines plus tard, le jeudi 14 février 2002, Woody décida de se rendre une dernière fois à l'université de Madison pour récupérer ses affaires dans la chambre qu'il occupait avec Hillel.
Colleen lui prêta sa voiture et il se rendit sur le campus en début de soirée. Il avait essayé de joindre Hillel, mais sans succès. Sans doute était-il en train de réviser à la bibliothèque.
Il frappa à la porte de leur chambre. Aucune réponse. Il avait gardé la clé : il la sortit de sa poche, la tourna dans la serrure et ouvrit. La chambre était déserte.
Il se sentit soudain nostalgique. Il s'assit sur son lit un petit moment et contempla la pièce. Il ferma les yeux un instant : il se revit sur le campus, un jour de grand soleil, se promenant avec Hillel et Alexandra, attirant tous les regards. Après un moment de rêverie, il ouvrit le grand sac apporté avec lui et commença à y mettre ses effets personnels : quelques livres, des cadres photos, une lampe qu'il aimait et qu'il avait apportée d'Oak Park, ses baskets de sport avec lesquelles il avait tant couru. Puis il ouvrit l'armoire dans laquelle étaient rangés ses vêtements et ceux d'Hillel. Les trois rayonnages supérieurs étaient les siens. Il les vida. Puis il recula de quelques pas et regarda l'armoire ouverte, envahi par un sentiment de tristesse : c'était la première fois qu'il quittait volontairement Hillel.
À force de fixer les rayonnages, il lui sembla voir une forme au fond du dernier rayonnage appartenant à Hillel. Il s'approcha et remarqua un sac en papier dissimulé derrière des piles de vêtements. Il ne sut pas pourquoi, il eut envie de voir ce que c'était. Quelque chose l'attira. Il écarta les vêtements, attrapa le sac et l'ouvrit. Il blêmit et se sentit soudain vaciller.
28.
Oncle Saul n'est venu que deux fois chez mes parents, à Montclair. Je le sais, car pendant très longtemps ma mère se plaignit qu'il n'avait jamais mis les pieds chez nous. Je l'entendais parfois s'emporter contre mon père à ce sujet, surtout lorsqu'il était question d'organiser des fêtes de famille.
— Tout de même, Nathan, ton frère n'a jamais mis les pieds ici ! Ça ne te choque pas ? Il ne sait pas comment est notre maison.
— Je lui ai montré des photos, tempérait mon père.
— Ne fais pas l'imbécile avec moi, s'il te plaît !
— Deborah, tu sais pourquoi il ne vient pas.
— Je le sais et ça m'énerve encore plus ! Vous êtes vraiment insupportables avec vos histoires de famille stupides !
Longtemps je ne sus pas à quoi ma mère faisait référence. Il m'était arrivé de m'immiscer dans leur conversation.
— Pourquoi Oncle Saul ne veut pas venir ici ?
— Ce n'est pas important, me répondait à chaque fois ma mère. Ce sont des idioties.
La première fois, ce fut en juin 2001, à la mort de Grand-père. Quand Grand-mère avait téléphoné pour annoncer son décès, il était spontanément venu jusque chez nous.
La seconde fois fut le jeudi 14 février 2002, après que Tante Anita l'eut quitté.
Ce jour-là, j'arrivai à Montclair en fin d'après-midi. C'était la Saint-Valentin et j'étais en route depuis mon université pour passer la soirée et la nuit à New York avec Alexandra. Comme il y avait quelque temps que je n'avais pas vu mes parents, j'avais fait le détour par Montclair pour les embrasser et passer un petit moment avec eux.
À mon arrivée, je vis la voiture de mon oncle garée dans notre allée. Je me précipitai à l'intérieur de la maison et ma mère m'intercepta dans l'entrée.
— Qu'est-ce qu'Oncle Saul fait ici ? demandai-je, inquiet.
— Markie chéri, ne va pas dans la cuisine.
— Mais qu'est-ce qui se passe enfin ?
— C'est ta tante Anita…
— Quoi, Tante Anita ?
— Elle a quitté ton oncle. Elle est partie.
— Partie ? Comment ça, partie ?
Je voulus téléphoner à Hillel, mais ma mère m'en dissuada.
— Ne mêle pas Hillel à ça pour le moment, me dit-elle.
— Mais que s'est-il passé ?
— Je t'expliquerai tout, Markie, je te le promets. Ton oncle va rester pour le week-end, il prendra ta chambre, si tu es d'accord.
Je voulus aller l'embrasser, mais au moment d'entrer dans la cuisine je le vis, par la porte entrebâillée, en larmes. Le grand, l'immense, le tout-puissant Saul Goldman pleurait.